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L'éternelle heure du thé

Textes, théâtre et poésie de L.H.C. (Tous droits réservés)

Éloge de la folie, NIHIL DELIRIUM

L'homme est seul au milieu de la scène, à genoux, tête baissée, tandis que son âme, un fou, tourne autour de lui en hurlant et susurrant son texte.

 

 

- J'ai une question à te poser! Réponds-moi!

Tu dois savoir...

Tu le sais forcément, c'est là, caché au fond de ton âme. Et ton âme? c'est moi! Je suis ton âme, puisque, je me suis auto-proclamé ton âme. Tu as une chance folle, pauvre fou, celle de voir et parler avec ton âme. Imagine, devine, le nombre de gens qui souhaiteraient parler à leur âme. Prendre le thé avec elle, manger des petits gâteaux...

Tu m'entends! Tu m'écoutes? Non, tu es déjà loin, tu fais semblant d'être loin. Tu voudrais fuir. Échapper à la réalité, échapper à ta réalité! Mais je suis là, moi ton âme, devant toi, et je t'hurle de m'écouter. Tu entends? Tu dois m'entendre. Je suis ton âme et je suis là, à t'en percer les tympans, à te rendre sourd... je suis ton âme et je le proclame.

Et maintenant que tu le sais bien, que tu le sais très bien, moi, ton âme, je vais te poser une question, une seule - pour l'instant - et tu devras y répondre, sinon, je hanterais la caverne creuse de ton corps, ton être-cavité jusqu'à ce que tu deviennes fou. Mais comment pourrais-je l'oublier? Tu es déjà fou.

Tu es comme moi, tu es fou! Ah, c'est merveilleux, tu ne trouves pas?

Nous sommes semblables toi et moi, c'est pour cela que nous nous entendons si bien! Je suis, en quelque sorte, comme qui dirait... ton Âme Sœur!

Et maintenant réponds! Ton âme a une question à te poser...

Ton âme a une question à te poser! Réponds-moi!

Tu refuses de répondre? Tu ne veux pas répondre? À moi, ton âme!

Mais que c'est vilain de vouloir cacher des choses à son âme...

Et où alors les planques-tu tous ces vilains petits secrets...

Où? Où! Réponds! Petite larve! Chien de Sodome, proie des oiseaux et des chiens de pâture...

Tu n'es rien sans moi!

J'ai tout pouvoir sur toi!

Je suis ton maître, je te domine!

Tu es mon esclave! Lèche-moi! Mets-toi à genoux, supplie-moi, implore-moi!

Tu n'est rien sans moi. Rien, tu entends? Rien!

Je suis ton âme, ton maître, tu me dois tout, tout ce que tu es de ton corps à ton sexe...

Tout, entends-tu? Tout.

Je suis ton tout...

Ton poison, ton cauchemar...

Tu ne peux pas m'échapper, tu ne peux rien sans moi.

Un fou, imaginez un peu, un fou sans âme!

Déjà que tu es fou, alors si tu veux me fuir...

Mais je te retrouverai, je t'aurai, je t'attraperai et je te le ferrai payer...

Tu ne veux toujours pas répondre à ma question?

 

*****

- Je suis seul sur la barque des messagers. Mon vaisseau avance paisible marée. Les étoiles mes voiles me perdent dans les limbes de mes pensées. Et c'est à la mer que je cueille les bouquets que j'espère, je désespère quand Esper guide mes voiles.

Je suis flotte, je suis navire, je me porte, et je vais bien. Je suis les marées qui espèrent, désemparées, démontées, qui espèrent. Et dans mes mers l'alcool je me noie.

Je suis un vaisseau, je suis une coque. Je flotte à la surface de moi. Je suis une noix, de mon cerveau à mon sexe; je jouis de broyer du noir. Le sombre est mon oubli. Mon corps entier est un organe à jouir, un orgue de plaisir. Éjaculation précaire, ambiguïté cosmique, je suis l'espace et le néant. Je suis tout et je suis vide quand je/tu me pénètre(s).

Je suis un corps avide, de toi, de moi, de tes caresses, de mes carences, du soin de toi, du sein de moi. Amoindri par l'étendue du néant, je perds le souffle, je suffoque, je suffoque, j'annihile le néant, plus rien n'est rien, plus rien n'est vide, je suis moi-même vide.

Toi, cela fais longtemps que tu n'es plus, je t'ai dévoré. Je t'ai bouffé, éclaté, explosé en un feu d'artifice. Je t'ai vu partir de toutes les couleurs, dans toutes les directions, ton corps explosé en particules de l'univers. Je t'ai fait cosmos. Je t'ai donné naissance en te tuant, me pénétrant, te portant comme le monde en mon sein. Tu es explosion, de jouissance et de vomi, c'est la bile de ton corps que tu jouis. C'est le néant de tes profondeurs. C'est ta dernière heure que tu sais et que tu bénis.

Ainsi tu meurs par le cœur, du fond de tes tripes, tu te décomposes, tu gerbes de fleurs, tu pétales de cœurs...

Tu est néant et tu meurs.

Tu crèves. Tu rêves, tu grèves sur les ports et les quais. Les quais laqués que tu lèches de ta langue-vernie, vomi de venin. Tu crèves, tu vomis des injectives, c'est la Terre entière que tu exècres. Rien ne compte plus pour toi. Tu es roi, tu es roi, tu es RIEN!!!

C'est le froid que tu fais vivre dans tes deux sexes. Ceux des hommes, et ceux des femmes, et ceux encore de ceux qui ont refusé de choisir. Toi, tu as choisi de ne pas le faire, tu joues le néant, le rien, le vide, et dans ce vide, tu te fais plein, tu te fais plainte. C'est le temps que tu perds, tu es le temps, tu le tues.

Tu es l'Otan, tu la désarmes. C'est un ordre, une prière, il faut tuer le monde. Il faut tuer le monde, rien ne doit subsister. C'est la fin du monde, c'est ça que tu veux. Juste ça, et plus rien d'eux ni de toi.

 

*****

 

-Regarde le corps... Le corps!

- Quel corps?

- Celui que tu ne vois pas!

 

*****

 

- Le crâne, [c'est] ce que nous cachons à l'intérieur de nous.

 

*****

 

- Est-ce qu'on peut quelque chose contre ça?

- Pas toujours.

 

*****

 

-J'ai besoin de quelqu'un.

Veux-tu être mon quelqu'un?

 

*****

 

- Puisque la vie c'est n'importe quoi,

nous pouvons faire n'importe quoi.

 

Le temps c'est du vide.

 

*****

 

- Je suis un clown.

Je souris, c'est un masque.

Je suis un clown.

Je mets du rouge à lèvre, je suis un clown.

Je me fais femme, je suis un clown.

Je vis, on me dis que je fais mal,

il faut faire mieux, encore et encore...

Puisqu'ils le disent, ils doivent certainement le faire bien.

Je serais leur clown, et tandis qu'ils riront de moi, c'est d'eux qu'ils pleureront.

 

*****

 

- Je ne sais plus quoi faire.

Je ne sais plus que faire ;

de moi.

Je ne sais plus comment être heureuse.

Je ne sais plus pourquoi me lever le matin.

Je le fais mais je me fou(s) et je me force pour rien

car rien ne justifie de vivre.

On vit, c'est tout.

On est vivant et il n'y a nul but et nulle finalité,

l'industrie que l'on s'est créée autour n'est qu'une vaste mascarade ;

Aller à l'école, aller au travail, payer ses impôts, payer ses loyers, manger,

acheter ce que l'on mange, dormir, choisir où l'on dormira. Être en guerre, être en paix.

Tout cela n'a aucun sens, tout cela est absurde. Hors du système Nature.

 

*****

 

- Le terrible sens de la vie...

 

- Le terrible sens de la vie est qu'il n'y en a pas.

 

*****

 

- Je veux laver mon sang.

Je veux lasser mes sages.

 

*****

 

- On croit vivre et on se trompe.

Un havre mort.

 

La vie, la vie est un havre mort...

 

- Je veux la paix!

La paix!

Je vous en prie...

 

- Non, non, jamais vous n'aurez la paix!

(rire)

Le bleu de l'azur enlace mes blessures.

Sur ma peau, nulles traces de tes griffures.

 

*****

 

- Ma mort va venir vous embrasser.

 

- Vous êtes déjà là à me tuer.

Ma mort va venir vous embrasser.

J'ai décidé d'être vivante.

Combien ont cette chance, de décider d'être vivant?

Votre mort m'embrasse?

Quelle attende encore un peu, j'ai des affaires à régler.

J'ai décidé de vivre encore un peu.

Elle m'arracherait un baiser de force?

Qu'elle vienne, je l'attends. Comme la passion, l'amour fatal.

Si peu de gens savent encore aimer.

Le sait-elle seulement?

Sait-elle seulement.

je veux bien d'elle si elle sait aimer comme personne.

Mais on m'a dit que c'était une coureuse, tous les jupons lui sont bons.

Non, moi je veux une mort fidèle qui n'aime que moi.

Qu'elle vienne, quand elle les aura tous embrassés et qu'il ne restera que ma bouche.

Alors seulement, je voudrais aussi d'elle.

 

- Ma mort vous embrasse!

 

*****

 

- Adam et Eve, parmi les damnés, la vermine au pied.

Adam et Eve, sur les bords du Tibre parmi les damnés, des vers grouillants sous les pieds.

Virgile et Dante les aperçoivent mais ne les reconnaissent pas parmi leurs semblables.

Les épaves d'un nouveau monde.

L'éternité pour soi,

l'Enfer pour les autres.

Tu ne veux pas te lever, tu ne veux pas voir le jour qui se lève, tu veux rester dans l'obscurité des enfers.

 

*****

 

- Je suis à la fenêtre de mon âme; je la supplie.

 

Elle ne m'entend pas. Elle fait semblant de ne pas m'entendre.

Elle se joue de moi.

Elle me tourmente. Elle est comme un bourreau qui planterait des griffes, doucement, très doucement, afin que cela dure le plus longtemps, le plus longtemps possible. L'éternité.

Me retenir dans l'éternité de la torture.

Je sens ses piques, comme des fils d'acier plantés dans moi, ma chair, mon crâne et mon sexe sont traversés par ces lianes d'argent.

Je suis un voleur.

Je suis un voleur...

 

*****

 

Le fou, de plus en plus fort:

- Je veux, pour composer chastement mes églogues,

Coucher auprès du ciel, comme les astrologues!

Je veux, pour composer chastement mes églogues,

Coucher auprès du ciel, comme les astrologues!

Je veux, pour composer chastement mes églogues,

Coucher auprès du ciel, comme les astrologues!

 

- Mais taisez-vous! Taisez-vous!

Je veux un peu de silence!

Ce n'est pas possible un peu de silence!

 

- Mais Baudelaire, c'est du silence?

 

- Non, je veux du silence, du vrai silence, je veux entendre le silence! Le bruit du silence, le cliquetis infiniment sourd du silence...

 

- Je veux, pour composer chastement mes églogues,

Coucher auprès du ciel, comme les astrologues!

 

- Taisez-vous! Fermez-là! Crevez! Crevez sur place!

 

- Vous avez commis l'erreur fatale, on ne demande jamais rien à sa folie.

Supplier, c'est perdre d'avance..

 

*****

 

- Je peux te tuer comme ça. Regarde, je tire, et tu es mort. Il suffit d'un instant. Je tire, et ta vie - qu'est-ce que c'est? En une seconde, il n'y a plus rien. Personne ne se souviendra de toi.

 

Qu'est-ce qu'une vie mesurée à l'aune de sa fugacité? Rien. Tu es un souffle et tu t'éteins en un souffle. Les neuf mois de souffrance de ta mère, les années de ta vie... Tout ça, rien... Disparaître aussi facilement, c'est n'être rien.

 

*****

 

- Ne me parle plus! Je ne veux plus t'écouter! Je ne veux plus t'entendre!
Tais-toi!
Silence, tes mots arrachent des pleurs à mes oreilles!
Oui, tais-toi! Tu parles trop, toi spectateur, tu parles trop, toi, tous autant que tu es!
Retourne-toi! C'est ça retourne-toi!
Je ne veux plus te voir ; je ne veux plus voir ton visage.
Il est laid, il est bavard, il est là tapi dans le noir et pourtant on ne voit que lui!
Ta bouche se tait et pourtant on n'entend qu'elle!
Pas un silence, pas une minute de répit.
Tu es là de ta présence oubliée et je ne pense qu'à toi, impossible de faire autre chose que de penser à toi,
je ne peux même pas jouer, je n'arrive à rien.
Tu es là et je ne vois, n'entends, ne pense qu'à toi.
Tu es une présence obsédante, un poids, tu entends? Tu me pèses.
Je suis là-devant toi et mon dos léger porte un poids insurmontable, le tien,
celui de ton silence bavard.
Mon visage est crispé par ton regard, je suis aveuglé, je ne vois plus rien, je ne suis plus rien.
Ton pouls, c'est ça le battement que j'entends depuis tout à l'heure?
C'est le bruit de ton pouls?
Mais qu'il est laid lui aussi! On dirait un cafard, une horloge déréglée, un train qui déraille...
Tu vis? Mais que c'est laid, c'est si laid, c'est ignoble...
Allons, retourne-toi! J'ai dis retourne-toi!
Il ne faut plus voir ton visage. Il ne faut même plus voir ton ombre.
Ton ombre est sale, ton ombre est tache, elle obscurcit la lumière!
Ta bouche dit que je suis fou? Mais regarde-toi?
Qu'elle se regarde, ta bouche!
Elle est folle, c'est elle qui est folie!
Allons, sort, sort de ce lieu, de cette salle, de cet espace, de ce temps, que sais-je encore?
Sort de moi! De la présence de moi! Sort de mon espace!
Car vois-tu spectateur, tu es ici dans mon espace...
Ici, c'est chez moi, ce sont mes pas, mon ombre, mes mots...
Ce temps est le mien. Tu n'as sur lui aucun droit.
Tu ne peux rien! Rien tu entends?
Rien, entends-le!
Rien! Et pour que tu le comprennes bien , pour que tu l’entendes bien, je vais le redire encore:
Rien!
Rien, ça veut dire la négation du tout, c'est le presque vide, et pourtant c'est encore quelque chose...
C'est ça, c'est déjà trop, ce n'est pas le chaos.
Allons, dis-le après moi, répète-le!
Je veux que ce soit le dernier mot qui sorte de ta bouche avant le silence.
Rien! Encore, rien!
Tu vois, c'est facile à dire, tu as dit tant de merdes et de conneries, pour une fois que tu dis quelque chose avec intelligence...
Ou plutôt, sans intelligence, et sans bêtise, justement, sans rien.
Simplement rien, le roulement du vide, le rire du "i", l'achèvement du "e" et le poids du "n".
Tu vois, rien!
Je veux t'entendre dire ce dernier mot avant de t'achever...
Tu vois, tu entends? C'est beau...
C'est très beau ce rien...
C'est sublime, c'est puissant, c'est magnifique...
Répète encore une fois ce mot que je le savoure...
Tu entends? C'est toi!
Rien, ton dernier mot...
La dernière présence de toi...
Rien...
Ri-en!
Maintenant tais-toi! Ne dis plus jamais rien!
Sois ce mot, couche-toi au sol et disparaît!
N'aie pas peur, même si je crie, je suis calme!
Je ne tremble pas, regarde ma main, regarde mon bras, je ne tremble qu'à peine...
Non je ne suis pas nerveux, je suis très calme, je suis comme toi, je ne suis rien...
Nous tous, l'ensemble que vous êtes, vous et moi, ne sommes rien.
Tu vois, je me couche, comme toi, je suis au sol...
Je pose sur ma tempe le revolver que je braquai sur toi depuis tout à l'heure...
Je vais devenir le silence, comme toi.
Je vais m'éteindre, mais avant, je veux que toi le rien, tu me vois, tu me sentes partir.
Je veux que sans mots, sans cris, sans voir, sans trembler, tu me sentes partir  et à mon tour,
devenir rien. Je veux que tu me sentes partir sans voir, sans entendre, sans respirer, sans trembler...
Je veux que toi, parce que tu es désormais rien, tu sois mon témoin.
Je veux, et je sais que tu ne le fera probablement pas, toi mon disciple, rien...
Tu prennes ce revolver après moi et que comme moi, ton modèle, ta lumière, tu le glisses sur ta tempe et que tu tires, comme moi.
Que tu me suives, toi le rien dans le rien.
Si tu le fais, c'est que j'aurai gagné, et tu vois, je suis désintéressé, je ne le verrai même pas, je ne serai plus là pour le voir...
À moins... à moins que je ne me rate...
Mais c'est ainsi, c'est le jeu, tu as voulu venir, tu as payé et tu payeras encore, de ta personne.
Allons maintenant, c'est à moi de faire le "rien", je me tais, je répète encore une fois ce dernier mot afin de bien m'en imprégner,
de bien le devenir...
Rien...
Rien...
Rien...
Rien...

 

version du 26/02/2011
Fin

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