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L'éternelle heure du thé

Textes, théâtre et poésie de L.H.C. (Tous droits réservés)

Le Retour d'Ulysse

Le Retour d'Ulysse, Léna h. Coms, restitution d'installation plastique et théâtre audio pour l'exposition Mythologies Contemporaines, mai 2019 (32 minutes)

 

Que fais-tu ici, à me surprendre comme ça, je ne suis même pas préparée ? Tu aurais dû me prévenir que tu allais arriver, que je me prépare, que je me poudre, que je me parfume, que je m’habille convenablement pour te retrouver. De quoi ai-je l’air, vêtue ainsi, les cheveux en désordre ? Tu aurais pu envoyer un messager, pour que je ne te reçoive pas ainsi, confuse et honteuse. Et peut-être changée, mais toi, je te reconnais, tu as si peu changé, du moins, en apparence. C’est comme un vase cassé, on croit que les morceaux peuvent s’assembler, alors que les dommages du temps sont irréparables.

Ulysse, je t’ai attendu toute la journée, j’ai passé ma journée à tisser, à broder, à mentir. Je ne savais pas si tu allais revenir. Je leur ai dit que tu allais revenir, et pourtant je ne savais pas. En vérité, cela fait des jours que je t’attends. Mes mains ont dû vieillir, je ne sais pas trop. Mes cheveux étaient bruns autrefois, je n’ai pas trop fait attention, mais ils doivent être moins doux ; peut-être même sont-ils déjà gris. C’est le prix à payer pour une trop longue absence. Je ne suis pas sûre moi-même que mes mains sachent encore te caresser, je ne sais pas si je pourrais encore te plaire. Le temps a passé, tu sais. J'ai peut-être changé moi aussi. En fait d’une journée, c’est vingt ans qui ont passé. En vingt ans, on peut changer, tu sais. Je ne suis peut-être plus tout à fait la même que dans tes souvenirs ; et toutes ces aventures ont bien dû te changer aussi. Mais tu es et là, après avoir goûté toutes ces peaux, tu reviens à la première. Elles ne t'ont donc pas suffit, toutes ces sorcières ? Ni leurs bras, ni leurs caresses, ne t'ont retenu. Elles t'ont perdu dans des labyrinthes, changé en porc, charmé tes oreilles, et tu reviens à moi ?

Je ne suis qu’une femme, Ulysse. Il fut un temps, c’est vrai, où tu me voyais comme une déesse. L’amour cesse quand une femme redevient ce qu’elle est. Les dieux sont hauts, et je suis sur terre, dans cette maison où tu me vois ; cette maison, qu’il y a un temps, nous pensions être la nôtre. Cette maison, j’y ai vécu sans toi, peuplant ces espaces vides de visions et de fantômes de toi. Au fond, que tu sois ici, ne me surprend même plus.

Il était bien long le voyage, et pourtant j’ai l’impression que c’était hier. Je me souviens encore des jours que nous avions passé avant ton départ. Ce furent des jours heureux. Je ne crois pas que nous puissions en refaire autant. Nous ferions semblant. Et pourtant, tous les jours, je n’ai pensé qu’à toi, à ton retour. Ce que je dirais en te voyant, comment je me préparerais; tu vois, cette robe suspendue au mur, c’est la tenue que je voulais porter pour toi ; il y a longtemps qu’elle est là et t’attend. Je la contemple chaque jour en pensant à toi. Et voilà que tu es là, et que je dis n’importe quoi, que mes mains tremblent, et que je ne sais que faire pour t’accueillir ; et je ne suis même plus sûre d’être heureuse de te voir ici. À force d’attendre si longtemps quelque chose, il est parfois plus agréable que cela n’arrive jamais.

Maintenant, Ulysse ; maintenant je ne t’en veux plus. Chaque jour, je te pardonnais et t’excusais, maintenant que tu es là, quelque chose en moi veut te faire payer comme une dette toutes ces années d’absence à mes côtés.

Sois tranquille, je ne t’ai pas trompé, ils étaient nombreux, pourtant, les hommes à ma fenêtre. Et même encore aujourd’hui, alors que je ne suis plus la même que dans tes souvenirs, il y en a encore à qui je plais, à qui je pourrais plaire. Non, je ne t’ai pas trompé, eux dans mes bras, c’est encore à toi que je pensais; attentionné et doux, c’est à l’absent que je me vouais. Pas un n’a su me détourner de toi ; mon corps las t’appartient, et tu n’en voulais pas. L’odeur de leurs peaux sur la mienne me dégoûtait, c’est la tienne que je cherchais. Leur corps contre le mien me rappelait combien j’aimais le tien, et le goût de leur langue dans ma bouche, langue si maladroite comparé à ta tendresse, était du poison dans ma bouche. Il fallait bien vivre pendant que tu n’étais pas là, le jour avec mes mains, la nuit avec le reste de mon corps. Pourtant ces mains que tu vois, Ulysse, n’aiment que toi et sont tiennes. Tu n’as pas le droit de m’en vouloir, Ulysse, on a pas le droit d’en vouloir à une femme qui nous aime et que l’on a quitté. Tu es là, et peut-être que le monstre à cent bras et cent jambes s’en ira en te voyant. Peut-être sauras-tu le faire fuir, sauras-tu tout faire pour le combattre ?

Et de ce monstre que je n’ai connu que par ton absence ? Avait-il mille jambes et mille bras lui aussi ? Te rappelait-il que j’étais ici, loin de toi ? Pensas-tu souvent à moi ? Comme tu dois être déçu de voir ce que je suis devenue sans toi. Peut-être si tu étais resté à mes côtés n’aurais-tu vu de différence, j’aurais vieilli aux tiens et nous n’aurions pas vu de différence. Mais le temps a coulé comme un fleuve entre nous. Est-il seulement possible de le traverser ? Sais-tu nager, Ulysse ? Pour toi, je crois que je saurais. Mais si nous traversons tous deux la moitié de ce fleuve, nous serons au milieu du courant ; ou bien l’un de nous doit traverser pour aller sur la rive de l’autre, alors cet autre pourra-t-il l’accepter ? Je ne parle pas tant de volonté que de capacité.

Et qu’adviendra-t-il de nous si tu restais après être revenu. Notre histoire est digne des légendes, et pourtant nous ne serions qu’un vieux couple passablement aigri et désuni, qui se contenterait l’un de l’autre après être allé voir s’il y avait mieux ailleurs. Un époux volage qui ne savait s’attacher au foyer, une épouse contrainte de se satisfaire d’autres corps à défaut d’avoir le tien. Beau tableau que le nôtre. Et il nous faudrait vivre ainsi, par défaut, parce qu’on a fait le tour ailleurs, que l’on commence à vieillir et que bientôt il n’y aura plus de monstre à combattre, la retraite, Ulysse, la retraite du monde, parce que plus rien d’autre ne veut de nous que nous. Parce que tes cheveux se font gris comme les miens, que les voyages te fatiguent et que nous n’avons plus qu’à attendre la mort.

J’ai été naïve, Ulysse, j’ai cru qu’à ton retour tout reprendrait comme avant, mais les années parcourues nous creusent et nous éloignent, on ne peut remonter le cours du temps comme si nous n’avions pas changé. Il vaut peut-être mieux que tu partes, Ulysse, sinon que diront les gens, que nous sommes une bien triste paire de vieillards qui attendons la mort ; c’est ça Ulysse, veux-tu attendre la mort avec moi ?

Si tu restais, nous serions risibles. On ne recolle pas les vases cassés.

Non, nous n’avons plus rien à faire ensemble, nous n’avons plus rien à nous dire et nous n’avons pas même l’envie de nous raconter nos périples. Il vaut mieux que tu partes, Ulysse.

 

********************

 

Ça fait longtemps que je t’attends, Ulysse, je ne pensais plus que tu arriverais.

Il est déjà tard, tu sais, le temps passe vite quand on est oublieux, et il est lent pour ceux qui se souviennent. Combien de temps t’ai-je attendu, Ulysse, peut-être des mois, peut-être des années, j’aurais pu compter, mais je ne l’ai pas fait. Aurais-je dû ? Et si tu n’étais pas arrivé, à quoi cela aurait-il servi, à compter les jours qui me séparent de la mort depuis ton départ ?

 

********************

 

Toi ici ? C’est étrange, je ne t’attendais pas, je ne t’attendais plus. Que fais-tu ici ? Tu es revenu ? Tu es vraiment revenu ? C’est étrange, je te reconnais. Je ne savais pas si je te reconnaîtrais. Oui, c’est bien toi, un peu plus vieux, un peu plus changé, c’est normal, vingt ans, ça nous change. C’est bien toi. Tes cheveux ont un peu blanchi, le sel de la mer a un peu asséché ta peau, étiré tes traits. Mais oui, c’est bien toi. Tu es donc revenu, je n’arrive pas a y croire. Tu reviens donc dans ton foyer, retrouver la douceur de mes bras et la tendresse de mes lèvres. Viens mon ami, viens te loger dans mes bras, viens poser tes lèvres sur les miennes. Je t’accueille, je t’accepte de nouveau, je t’accepte encore. Peut-être même que je t’aime encore. Tu me raconteras ton périple, viens, la nuit est courte quand les récits sont longs et nos corps désireux.

 

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Je ne t’attendais pas. Je ne pensais pas que tu reviendrais. Je suis là, mes cheveux gris sont défaits. Suis-je comme tu espérais. Bien sûr, je ne suis pas qu’une image, tu n’étais pas le seul à vieillir, à changer. C’est comme ça, quand on est pas là, les gens changent. Et quand on part, on est pas sûr de les retrouver. Partir, c’est prendre le risque de perdre ce que l’on quitte. Partir, c’est quitter ce que l’on connaît sans être sûr de trouver mieux ailleurs. Combien en as-tu aimé ? combien de peaux as-tu touché ? As-tu pensé à moi parfois ? T’ai-je seulement manqué ? As-tu seulement regretté ?

Est-ce de la lâcheté ? Nous aurions pu vivre une vie tranquille à nous lacer paisiblement l’un de l’autre. Tu aurais été un prince ou tu aurais pêché le long des côtes qui longent la mer qui fait peur. Pourquoi préférer la mer à la tendresse d’une épouse. Combien de naufragé auraient échangé leur îlot contre les bras d’une femme. Tu n’es donc pas de ceux-là ? Toi, tu as préféré l’immensité de la mer, ses aventures et ses naufrages à la tendre fidélité d’une compagne. Aurais-je pu être la mer ? Je me serais faite différente chaque jour, je me serais faite sorcière, sirène, île déserte, ville à conquérir, cheval de bois pour pénétrer ton cœur... Mais tu n’étais pas là. Où étais-tu ? Viens assieds-toi près de moi, oublie mon air défait et regarde-moi comme une reine ; viens, assieds-toi près de moi et raconte-moi, je t'écoute.

 

 

Odysseus et les sirènes. Intarsia 19e siècle. Musée Correale di Terranova, Sorrento.

 

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Ulysse ? Est-ce toi ici que j’aperçois à l’ombre de la porte. Et qu’est-ce que signifie tout ce sang et ces cadavres à tes pieds ? Crois-tu que je souhaite comme trophée la mort de mes prétendants ? Ils ne t'ont rien fait. Ne sais-tu pas que les absents ont toujours tort ? Car si tu ne le sais pas, je t’apprends que tu as été absent onze longues années. Les voyages font passer vite le temps, les nuits d’amour aussi quand l’amante et douce et habile. Ainsi, tu arrives après onze ans d’absence et tu te montres jaloux et possessif. Ainsi tu es parti et il fallait que rien n’ai changé pendant tout ce temps. Non, Ulysse, cela ne se passe pas comme ça, mon corps a vieilli, je ne suis plus la même femme. Je suis une femme qui t’aime et qui ne sais pas si notre amour peut encore être possible. Pourrons-nous reprendre là où nous nous sommes arrêté, comme si rien n’était arrivé entre deux ?

J’ai peur que les gestes que je fais pour nous envoler, tombent comme des pierres sur ton épaule. Et c’est ce que j’ai fais ; les gestes que j’ai fais pour nous envoler tombaient comme des pierres sur ton épaule.

Si tu n’es pas là, qui te remplacera. Où retrouverais-je ton odeur, ton corps élancé, le touché de tes muscles, ton sourire quand il illumine ton visage… Tes goûts. Tes défauts… Qui mordillera le bout de mes seins, qui griffera mon dos, mes cuisses ? Viens mon ami, viens te loger dans mes bras, viens poser tes lèvres sur les miennes. Ne peut-on faire cela quand on est ami ? Viens jouir dans mon corps, dans mes creux, viens combler mes vides…

Viens me faire hurler ton nom, voir si je le sais encore.

 

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C’est toi Ulysse ? Tu es rentré ? Comme tu as l’air fatigué. Assieds-toi et repose-toi, il y a du vin que tu aimes et des figues fraîches…

Mais peut-être que tu n’aimes plus les vins d’avant et que les figues te dégoûtent ? Peut-être ne trouveras-tu pas naturel de t’asseoir à ta place comme autrefois, peut-être aussi que le sol ferme d’une demeure te semblera trop calme ? Veux-tu bien que je sois ta mer ? Je me ferais houle s’il le faut, je me ferais océan et profonde, ma peau sera salée et ma voix le chant des sirènes. Celui-là, voudras-tu l’entendre ? Voudras-tu rester à mes côtés sans t’attacher de force ou t’obstruer les oreilles ?

Mais il est peut-être trop tard mon ami. J’ai peur que tous les efforts que je puisse faire soient perdus d’avance. C’est à toi maintenant, Ulysse, de me conquérir comme ta nouvelle et dernière terre, veux-tu bien que je sois ton dernier voyage ?

 

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Ulysse ? Est-ce toi ou ton fantôme ? Je t’ai tellement imaginé que je ne saurais dire si c’est toi ou une apparition. Mais, à bien te regarder, ta barbe est un peu grise et ta peau un peu ridée… Est-ce bien là ta présence ? Je crois rêver. J’ai rêvé que tu étais là tant de jours, qu’aujourd’hui tu es là et je crois rêver. Es-tu un fantôme revenu des enfers ou du paradis ? Es-tu là pour m’entraîner dans mon dernier voyage, dans un sentier de flamme ou la douceur de tes bras ? Quoi que tu sois, je me réjouis de ta présence. Si tu es démon, je te veux, viens réveiller les flammes qui se sont assoupies en moi, si tu es ange, viens m’offrir ta bienveillance, comme un chat veille sur son foyer. Ulysse, quoi que tu sois, qui que tu sois, je suis heureuse que tu sois là. Je suis heureuse que tu sois.

 

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Ulysse ? Est-ce toi ou ton fantôme ? Je t’ai tellement imaginé que je ne saurais dire si c’est toi ou une apparition. Mais, à bien te regarder, ta barbe est un peu grise et ta peau un peu ridée… Est-ce bien là ta présence ? Je crois rêver. J’ai rêvé que tu étais là tant de jours, qu’aujourd’hui tu es là et je crois rêver. Es-tu un fantôme revenu des enfers ou du paradis ? Es-tu là pour m’entraîner dans mon dernier voyage, dans un sentier de flamme ou la douceur de tes bras ? Quoi que tu sois, je me réjouis de ta présence. Si tu es démon, je te veux, viens réveiller les flammes qui se sont assoupies en moi, si tu es ange, viens m’offrir ta bienveillance, comme un chat veille sur son foyer. Ulysse, quoi que tu sois, qui que tu sois, je suis heureuse que tu sois là. Tel Hamlet je te prends, tu es l’apparition du cavalier sur les remparts. Être ou ne pas être, cela fait vingt ans que j'attends, maintenant, je ne sais plus.

 

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Du sang a coulé de mon corps, depuis ses profondeurs.

Et chaque mois d’attente de toi se payait par le sang. Chaque fois que mon corps saignait, mes entrailles vides, c’est ton absence qui se rappelait à moi, plus matérielle qu’un spectre, plus présent que la lune. La demeure se couvrait de sang, nos draps, mes robes.

Pendant qu’eux se plaisaient à vider les reste de vie que tu avais laissé chez toi, sans même payer de leur vie. Ils pillaient la vie, ils pillaient tes terres, ils pillaient le sang, sans jamais rien apporter en échange.

On aurait appelé ça des vampires, ils buvaient le sang. Ils le buvaient comme un nourrisson boit aux mamelles de sa génitrice. Sauf que je n’étais pas leur mère. J’étais ta femme. J’étais ton épouse. Ton amie. Ton ombre.

Et quand mon corps n’aura plus de sang, qu’ils auront dévoré jusqu’au dernier de tes moutons, épuisés tes troupeaux, que le sang de mes draps aura séché depuis longtemps et que tes terres seront devenues des champs stériles, des déserts, ils partiront piller ailleurs. Mais avant ils se fâcheront. Parce que désormais, ils croient leur ta maison, ils croient leur mon corps, ils croient leur mon sang. Et comme des enfants qui auront épuisé le lait de la mère, ils se rebelleront contre elle prêt à la tuer, de colère. Et tu ne seras pas là.

Mais tu es revenu, et c’est trop tard. Il n’y a plus rien pour toi. Je suis vide.

 

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Désormais ton ombre est revenue se poser contre les murs. J’ai peine à la reconnaître. Je n’y crois pas. Je n’y crois plus. Je ne veux plus y croire. Mon corps est vide et n’a plus rien à t’offrir. Mon corps est désormais une ombre. Il est comme le tien était. Nous sommes deux ombres désormais, deux vieux. Deux petits vieux. Risible. Deux petits vieux risibles. Et l’on rit de nous, de nous voir nous coller l’un à l’autre comme deux âmes affolées devant la mort, croyant qu’elle sera moins terrifiante si l’on est deux. Les autres s’émerveillent devant la beauté de notre couple. Ce n’est qu’une parade. Un masque devant l’infortune et la dernière heure qui ne tardera plus. Un couple âgé certes, mais un couple terrifié. Et quel mérite d’avoir atteint ces limites quand l’un a été absent à l’autre si longtemps. Es-tu seulement présent malgré la présence de ton corps ? Ton âme est-elle avec moi ?

Deux âmes affolées devant la mort, voilà ce que nous sommes.

 

Car c’est pour cela que tu es revenu, n’est-ce pas ?

 

C’est parce que tu ne voulais pas avoir peur tout seul ? C’est ça ? Dis-moi que c’est ça ?

 

Je suis un prétexte, un mensonge, un meuble dans ta maison, un ornement bien à sa place qui te rassure, et qui comme toi, prend la poussière et les outrages du temps.

 

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Nous sommes redevenus un couple de légende. Mais que sont les légendes ? Des paroles ? Des mots ? Du papier ? Une réalité enjolivée, déformée par la salive malsaine des gens qui veulent rêver sur notre compte parce qu’ils n’ont pas de rêve d’eux-mêmes. Des vampires encore une fois, des suceurs de sang, des pilleurs. Ceux qui viennent dans ta maison prendre du rêve et du bon temps, se voilant la face sur la mécanique, la machine-monstre nécessaire à l’illusion. Que cette machine est bien laide, partout des fils usés, de la fumée nauséabonde, de la vapeur sombre, des bras d’acier qui vous torde le cœur… Et nous aussi qui essayons d’y croire en trébuchant sur les engrenages… Nous nous disons que cela produit une bien belle vie. Illusion. Illusion.

Va-t’en Ulysse, il en est encore temps, tu es parti pour ne pas voir les rouages.

Pars, si tu restes tu les apercevras ; et alors il sera trop tard, plus jamais tu ne te feras d’illusions.

 

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Maintenant, Ulysse ; maintenant je t’en veux plus. Chaque jour, je te pardonnais et t’excusais, maintenant que tu es là… Je ne t’en veux plus mais je ne te veux plus.

 

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Ulysse ? est-ce toi. Avant que tu ne franchises le seuil de cette maison, cette maison qui était la tienne et qui redeviendra bientôt tienne, je tiens à te dire…

Toi qui n’as pas de présent ici, qui n’a qu’un passé et qui aura un futur.

Toi qui n’avais pas de présent ici : sois tranquille. Je ne t’ai pas trompé, ils étaient nombreux, pourtant, les hommes à ma fenêtre. Et même encore aujourd’hui, alors que je ne suis plus la même que dans tes souvenirs, il y en a encore à qui je plais, à qui je pourrais plaire. Non, je ne t’ai pas trompé, eux dans mes bras, c’est encore à toi que je pensais ; attentionné et doux, c’est à l’absent que je me vouais. Pas un n’a su me détourner de toi ; mon corps las t’appartient, et tu n’en voulais pas. L’odeur de leurs peaux sur la mienne me dégoûtait, c’est la tienne que je cherchais. Leur corps contre le mien me rappelait combien j’aimais le tien, et le goût de leur langue dans ma bouche, langue si maladroite comparé à ta tendresse, était du poison dans ma bouche.

 

Un seul cœur, plusieurs corps.

 

Aimer un seul homme et le partager avec plusieurs corps n’est pas tromper.

 

Ainsi, nous ne nous sommes pas trompés. Ni toi, absent, plus fidèle à cent montre qu’à mon culte ; ni moi, close, ici, assaillie de toute par les prétendants au trône de tes draps…

Ainsi si ton cœur m’a été fidèle comme le mien l’a été pour toi, nous ne nous sommes pas trompés.

Mais peut-être ton cœur aussi m’a-t-il été infidèle ? Peut-être lui ai-je aussi été absent ?

 

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Ulysse ?

Ulysse ?

Ulysse, si c’est bien toi, avant que tu ne franchisses le seuil qui était le tiens, réponds-moi :

Te consoleras-tu de ma présence après tant d’aventure ?

Quand les monstres ne veulent même plus de ta chair vieilli et de ton âme endurcie.

 

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Je ne suis qu’une femme, Ulysse, et tu n’es qu’un homme.

Du moins si tu n’es pas une apparition, un mirage ou le fruit de mon imagination.

Car je vieillis Ulysse, et il se pourrait bien que mon esprit me joue des tours.

À force de t’imaginer, de t’espérer, de croire mille fois ton retour en vain.

Il se pourrait bien que tu ne sois qu’une illusion parmi d’autre.

Comment savoir Ulysse, si c’est toi, si c’est bien toi ?

Quelle preuve as-tu à m’offrir pour me prouver que tu n’es ni la maladie, ni la folie, ni la mort ?

Parce que j’ai peur, Ulysse, je suis seule, même si tu es là, que c’est toi, que c’est bien toi, là en face de moi. Tu as beau être là, nous ne sommes pas encore deux. Je suis seule face à toi où à ton spectre, et j’ai peur ; j’ai peur de devenir malade, folle, et de mourir. Tu me diras, c’est ça la vieillesse, à moins que la mort nous cueille avant, on n’y échappe pas.

Dis-moi Ulysse, est-ce que je suis une vieille folle toute seule qui parle à son ombre sur le mur ?

 

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Ulysse ? Attends, non, ne franchis pas ce seuil, pas tout de suite, pas encore, pas maintenant. Prends le temps de venir, de t’assurer que tu peux venir, que tout va bien, que tu es le bienvenu, que tout est favorable à ton accueil. Je suis peut-être malade… L’amour de toi, Ulysse, m’a rendu malade… Folle, peut-être. Car l’amour, n’est-ce pas une maladie ? Pathologique. Pathologique, c’est ça ? C’est comme ça que l’on dirait s’il existait des médecins pour cela ? des savants, de doctes Esculape… Mais rien de tout ça, il n’y a que des charlatans, des pilleurs, des menteurs, des gens grossiers, envahissant, ignobles et ignares…

Rien, et le fantasme de toi grandissait chaque jour, à tel point que je ne sais, si tu franchis le seuil de cette maison, si tu es bien encore Ulysse à mes yeux. Tu as vécu si différemment loin de moi, si longtemps, et je suis resté ici à t’attendre et à t’imaginer, que je crains… Nous nous sommes perdu, Ulysse. Trop longtemps l’un de l’autre, que nous sommes désormais l’un pour l’autre des inconnus, des étrangers. Nous nous sommes perdu, Ulysse, et nous sommes perdus.

 

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Va-t'en Ulysse ! Tu es un étranger pour moi. Nous sommes des étrangers l’un pour l’autre.

 

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Trois-cent-soixante-cinq jours fois vingt, Ulysse, ça fait sept mille trois-cent jours sans toi, Ulysse. Tu me dois sept mille trois-cent jours. Sept mille trois-cent-cinq, si l’on compte les années bissextiles… Combien de temps resteras-tu ici de nouveau ? Ne crains-tu pas que la mort t’emporte avant. Ce serait bien ma veine, moi épouse fidèle d’un absent, au bout de vingt ans, Ulysse, ça fait presque de moi une veuve. Mais voilà que tu es de retour, et que maintenant plus une chimère ne peut lutter contre moi, que je ne suis plus en compétition contre aucun monstre d’ici ou d’ailleurs… C’est la mort, Ulysse, c’est la mort qui devient ma pire ennemi. Elle est plus terrible encore que toutes les autres. Pour peu que ce soit moi qu’elle préfère à toi, tu resteras alors seul et désespéré car plus aucune diablesse ne voudra de toi, et je ne serais plus là, moi, la dernière qui voulait de toi. Image terrible du bel homme, idéal éphèbe, abandonné de toutes : la jeunesse, la beauté, les chimères et les femmes… Attendant seul la dernière maîtresse de sa vie, la mort.

Trois-cent-soixante-cinq jours fois vingt, sept mille trois-cent jours, rends-moi heureuse, Ulysse, car tu me dois bien ça.

Rends-moi heureuse si tu le peux.

Rends-moi heureuse sept mille trois-cent-cinq fois encore…

 

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Quels étaient leurs noms ? De toutes celles que tu as rencontré ? Et comment te souviens-tu encore de moi après tout ce temps ? Étaient-elles plus belles que moi, plus douces, plus rudes, plus sensuelles ? N’y avait-il pas un peu de moi dans chacune d’elles ?

Crois-tu qu’il est encore possible qu’il y ait encore un « nous », Ulysse ?

Après tout, je ne suis qu’une femme, tu t’es habitué à vivre isolé dans un univers d’homme, fumant le cigare, lisant le journal, jouant au golf, jurant, râlant après ce que nous sommes – les femmes- pour vous, te servant d’elle pour ce que tu croyais être le meilleur, les pressants comme des citrons où ouvrant le fruit juste pour voir sans même y prendre une goûte du jus précieux ?

Crois-tu qu’il est encore nécessaire que tu reviennes Ulysse ?

Crois-tu qu’il te faille vraiment franchir le seuil de cette porte ?

 

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Ulysse ? Ulysse ? Est-ce encore ton nom ? Sortant de ma bouche, effleurant mes lèvres, lèvres que tu as tant connu autrefois, que tu disais aimer, lèvre qui aimaient prononcer ce nom, ton nom Ulysse… Est-ce bien toi, toi qui réponds au doux nom d’Ulysse ? Le temps, la mer et les femmes ne l’ont-ils point trop changé ? N’est-il pas devenu avec le hasard ou le temps le synonyme de personne ?

Car toutes ces longues années, ces vingt ans, ce nom était personne… Et pourtant j’ai bien deux yeux Ulysse, et je ne suis pas sûr de te voir, si tu es de chair ou de ma folie.

Ouvre seulement la bouche et dis-moi ton nom. Que je puisse le répéter jusqu’à l’infini qui mènera à nos morts… Dis-moi seulement ton nom, celui de mon dieu, car tu es bel et bien une apparition, venu sur Terre après avoir touché le ciel et la mer. Dis-moi ton nom pour que je puisse enfin et de nouveau l’aimer et le chérir. Ton nom sera toi.

 

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Redis-le-moi encore et encore, redis-le-moi sept-mille-trois-cent-cinq fois encore… Et tous les jours pour le restant de nos vies. Je ne veux plus pour rivale que la mort.

 

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Ah, c’est toi ? Je n’étais pas sûre que tu reviennes. Comment être sûre que tu reviennes ?

C’est ici chez toi et tu n’y étais pas.

Dis-moi comment c’est quand on est plus chez soi ? Dis-moi comment c’était là-bas ?

 

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C’est toi Ulysse ? Tu es rentré ? Nettoie bien tes pieds sur le tapis, il pleut dehors, je ne veux pas tout nettoyer derrière toi. Si tu as faim, il y a du gâteau de miel dans le garde-manger, et du vin de Spartes dans les amphores. S’il en reste, car il y a des hommes qui se sont invités dans le salon et je n’ai pas eu d’arguments assez fort pour les faire partir. Mais toi, il te craigne et tu sais te faire respecter. Voilà une bonne chose de faite. Il manquait un homme à cette maison. Je te fais couler un bain. Combien de temps compteras-tu rester cette fois ? Resteras-tu ? Resteras-tu seulement vingt années ?

 

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Ulysse ? Me reconnais-tu ? C’est moi, Pénélope, ta femme, ton épouse chérie. Quel long voyage as-tu fait. Je mentirai en te disant que je n’ai pas vu le temps passer. Et le temps ne m’a pas épargné, il se voit sur moi, il me pèse comme ton absence m’a pesé. Peut-être le poids des années aurait-il moins pesé si tu avais été à mes côtés ?

 

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Ulysse, est-ce toi ? Mes mains chaque nuit se souviennent de tes gestes. Je les reconnaîtrais d’entre mille. Le pensé de ta main, l’effleurement, mille autres n’auraient sût faire de même. Ulysse est unique. Si c’est toi je le saurai. Viens ! Viens caresser mon corps de déesse déchue ! Viens, prouver que tu es toujours un héros, que les voyages ne t'ont pas fatigué, que les autres corps ne t'ont pas éprouvé, et que c’est mon corps de femme déchue, presque vieille, qui te dresse toujours autant… Autant que ces corps de sorcières…

Mon ami, je te prouverai que j’en suis une. Que j’en suis encore une et que c’est seulement maintenant que tu le sauras. Maintenant que tu m’auras choisis comme un dernier choix quand les autres ne voulaient plus de toi. Maintenant seulement, alors que les rides couvrent mon visage, que tu prendras le temps de découvrir ma vraie nature. Mais heureusement, mon corps a tellement attendu après le tien qu’il saura t’user comme il se doit… même si ce sont les restes de nos vies, même si ce sont les restes de nos désirs, ils sont pour moi comme une première flamme.

Viens, viens désormais que je te fasse l’amour comme j’en ai tant rêvé, viens t’éteindre dans mes bras. Si tant d’autres t'ont eu, que je ne jugerais pas, c’est à moi que reviendra cet honneur : te serrer dans mes bras une dernière fois.

 

 

********************

 

Sont-ce ces hommes qui ont frôlé mon corps du fait de ton absence ou bien est-ce mon désir ? Pourtant Ulysse je peux t’assurer qu’au travers de ces mille caresses, de ces mille baisers, ce sont les tiennes, les tiens que je cherchais.

Était-ce de la vengeance de te savoir si loin sans nouvelles avec d’autres femmes ? Était-ce l’envie de retrouver le goût de toi, mais pas un homme eut-il ton parfum, ne valait tes chevilles.

Aussi comme tout bon absent je te donne tort.

Aussi comme tout bon infidèle, je te condamne, parce que tu n’as plus voulu de l’éternité que je te proposais. Ailleurs est une éternité bien courte.

Aussi, tous ces corps que tu as embrassés, que tu as baissé, qui ont frôlé le tien, tous ces corps ne te rappelaient-ils pas le manque du mien ?

Tu y as pensés dis-tu ? Tous les jours ? Est-ce pour cela que tu as mis autant de temps ? Est-ce mon doux souvenir qui t’autorisait tant de liberté ?

Oui, j'ai goûté leur peau, mais c’était pour te retrouver, essayer. Et leur corps était du poison entre mes dents, entre mes lèvres… Toi le premier à partir sans restes.

Moi dans le désir de toi, chaque fois contre des murs, toi unique.

Toi ? Mais où te retrouver, si loin de mon île. Si loin de mes îles où tu me laisses seule, inconscient.

Je te hais pour cela autant que je t’aime si bien que je ne sais plus bien désormais si je t’aime, si je t'ai aimé jamais.

Va-t'en, retourne d’où tu viens, à tous ces corps qui ne veulent plus du tien…

Je ne sais plus si je veux encore de toi. J’ai trop désiré. Va-t’en.

Je ne sais si je te désire.

Allez chevalier je ne vous fais plus miens, je vous dédie de votre serment.

Pour nous il est trop tard.

********************

 

Le linceul que je fais, ce n’est pas pour mon père, que je fais et défais, c’est ta mort que je recule chaque jour. C’est l’espoir de te revoir qui se défile. Plus j’espérais, plus cela me désespérait…

 

********************

 

J’aime ta présence. Être avec toi, te sentir, te toucher… Entendre ta voix. Voir tes yeux lumineux quand nous faisons l’amour, toi qui préfères le plus souvent les fermer.

J’aime quand nos deux mains s’étreignent. Quand nos doigts enlacés se serrent à se briser.

J’aime tes mains, leur beauté, leur douceur, tu sais, tu as de très belles mains d’homme.

J’ai toujours pensé que les mains que je laissais me caresser devaient être très belles, les tiennes le sont.

J’aime l’odeur de ta peau, quand elle respire, quand elle transpire. J’aime écouter les vibrations de ton codeur. J’aime le parfum doux et sucré dont tu t’imprègnes.

J’aime ta bouche qui grimace parfois pour ne paraître que plus belle l’instant d’après, sublime quand elle s’ouvre dans le plaisir. J’aime l’embrasser.

J’aime tes baisers. Ta douceur, ta tendresse.

J’aime ton sexe, l’avoir entre mes lèvres, le respect que tu as de moi quand je le fais. Ce même respect de toi quand tu embrasses mes autres lèvres.

J’aime caresser ton sexe quand tu caresses le mien. Et je m’étonne toujours que tu puisses autant aimer me caresser, t’emportant dans mon égoïsme.

J’aime quand nous nous conduisons au plaisir ultime par ces simples caresses.

J’aime aussi quand tu me pénètres. Même si je n’ai pas la jouissance que l’imaginaire collectif attend, je suis très excitée à la pensée de te sentir en moi. D’être remplie de toi.

J’aime quand, un peu enivré, un soir de la fête de la musique, tu descends ta bouche jusqu’à l’endroit de mon sexe et que tu y mords doucement, malgré les passants, la rue grouillante et les vêtements.

J’aime la manière dont tu aimes mes fesses, et mes seins surtout, tu es le premier à les aimer autant, et si je ne comprends pas pourquoi mes fesses vous plaisent, je trouve que mes seins sont plutôt adorables, du moins je ne les regrette pas…

J’aime cette égalité qui règne entre nous. Cette complicité inédite, incestueuse, entre un frère et une sœur nés de parents différents. Pouvoir tout te dire, te parler de tout, sentir que tu m’écoutes et que tu aimes m’écouter. J’aime t’écouter.

J’aime ton corps liquide, celui de ta jouissance. Ta douceur quand l’extase t’emporte, la noblesse de ton plaisir, on le prendrait pour de la retenue, ce n’est que la grâce qui illumine ton corps.

J’aime quand tu fais couler mon corps, le plaisir que tu as à le faire.

J’aime quand tu fais irrépressiblement monter le désir en moi, quand tu effleures mon mont de vénus.

J’aime quand nous ne faisons pas l’amour, que nous sommes simplement ensemble. Parfaitement accompli par la présence de l’autre.

J’aime caresser ton corps à la peau si douce.

Ton corps semblable aux hommes de la Roue de la fortune que l’on peut voir au musée d’Orsay.

Ton corps préraphaélite. Ton corps symboliste qui me donne envie de te peindre, de faire de toi ma muse…

Je suis éblouie de désirer autant un homme, d’être comblée de toi, par toi.

J’aime tes os iliaques qui me semblaient trop saillant à nos débuts, mais que j’ai fini par adorer ainsi. Ils me conduisent à ton sexe.

J’aime caresser tes tétons si sensibles, les pincer un peu, les embrasser, les lécher.

J’aime la pilosité de ton corps presque imberbe.

J’aime ton âme. Sa douceur.

J’aime ta curiosité, ta sensibilité, la manière dont tu te meus. Ta prévenance.

J’aime quand tu es un chien fou. J’aime quand tu es une tendre marmotte.

J’aime tes sublimes chemises, tes pantalons, tes sous-vêtements, tes chaussures, ton bon goût, le même goût que le mien, jamais je n’ai vu un homme me plaire autant.

J’aime la petite étincelle dans tes yeux quand tu me regardes.

Je t’aime mais je pourrais te quitter s’il faut me protéger. Et parce que je t’aime je suis fragile. Parce que tu me transcendes, tu m’illumines. Parce que, quand tu n’es pas là, trop d’hommes, bien qu’ils ne me plaisent pas, me trouvent du charme; et que ce n’est pas toi ; toi, tu n’es pas là. Parce que tu me rends meilleure, mais que je peux très bien vivre sans toi.

Je t’aime. Ce sont des mots qu’il ne faut pas trop user. Je ne te les dirais pas souvent. Chaque jour, regarde-moi comme si tu me voyais pour la dernière fois…

 

Nous sommes incroyablement semblables. Tu es mon masculin, je suis ton féminin.

Pourquoi s’effrayer d’une telle évidence ?

Tu es le frère qui était à mes côtés chaque jour où je pleurais, et tu sais combien je pleurais étant petite, j’étais malheureuse, maintenant je connais le bonheur, je ne pleure plus, je n’arrive plus à pleurer même quand tu me fais souffrir. Tu es cet être qui m’a aidé à chaque instant de ma souffrance, et maintenant je sais pourquoi je vis, je ne savais pas que tu étais de chair, déjà je te désirais, avec mon cœur d’enfant, maintenant que je te connais avec mon cœur de femme, je t’aime mieux que personne. Et mon ami, tu le sais, c’est cette force évidente entre nous, cette attraction tranquille, nous savons que nous sommes liés. Tu croyais que je n’existais pas, je croyais que tu étais mort. Mais déjà c’est toi que je désirais, c’est toi que je trouvais à travers toutes ces ébauches de toi, ces êtres que j’aimais dans l’illusion de la projection, ces êtres que je désirais, hommes ou femmes, surtout femme, tu es tous à la fois. Tu es l’autre moitié de moi. Tu es celui à qui je pardonnerais beaucoup. Tu es celui qui pourra me faire souffrir autant que jouir, car tu me connais déjà. Et tu m’aimes et tu as peur tout comme moi, de constater que ce sentiment existe vraiment, qu’il est pur et sincère, sans illusions, juste évident, et qu’il ne fait pas souffrir. Et tu as peur face à cette évidence, tu ne la croyais pas possible tout comme moi, alors tu te réfugies dans tes passés, tu conjugues tes désirs, et tu m’oublies, tu croies qu’en regardant ailleurs je n'hanterai plus ton âme. Et tu reviendras comme un chien malheureux, tu réclameras la gamelle sûre que je t’offrais et que tu as refusé, les chiens restent toujours des chiens, mais je ne serais jamais ta chienne. Je t’aime. À cette heure je doute, parce que je me persuade que tu n’es qu’un nuage dans ma vie, parce qu’il n’y a que l'amitié qui compte vraiment, Cocteau avait raison, je le sais, l’amitié est sûre et douce et ne fais pas souffrir. Toi, tu es mon péril. Je sais que je te résisterais, mais je sais aussi que la cicatrice que tu graveras dans ma peau sera plus profonde qu'aucune autre. S’il le faut, pour moi comme pour toi, je renoncerai à toi, je renoncerai à nous.

Mon ami, voilà deux jours de plus que tu es parti. Ma joie est douce le jour, certes un peu mélancolique, mais mes journées sont douces. La nuit, mes yeux pleurent doucement et mon corps est seul. Je prie chaque jour pour que tu me reviennes, et que tu me reviennes vite. Je prie chaque jour de te pardonner encore et de te désirer…

Je passe des heures en prière à me souvenir de toi, à graver en moi nos instants pour les rendre éternels.

Je t’écris ces mots, ces lettres que tu ne liras sans doute jamais.

Je ne veux pas que tu sois un fantôme dans ma vie, ni hors d’elle.

Je me souviens de ce dernier soir que nous nous sommes offert, ce bonheur sur ton visage. Je ne pensais plus que tu m’embrasserais. Cette douceur qui s’emparait de toi alors que nous faisions comme si tu ne partirais pas. Et je te regardais fermer les yeux, sans doute pour nous immortaliser. Parlant déjà d’un avenir alors que nous n’avons pas de présent… vivant sur les presque ruines de ce qui est déjà notre passé.

J’ai embrassé tes larmes, celle du remords qui te prenait déjà. Peut-être aussi la conscience de me trahir, celle effrontée de me demander de te pardonner de me trahir, de me trahir avec mon assentiment. Pour que tu puisses explorer ton âme sans moi, que tu ailles dans ces pays où je n’irai jamais. Que tu affrontes tes démons, tes chimères et tes sorcières. Que tu trouves enfin ton Graal.

Je suis heureuse que nous nous soyons quittés avec tant de douceur, je n’aurais pas aimé que l’amertume nuise le dernier souvenir que j’aurais de toi.

Et je t’imagine, lisant avec application le livre que je t’ai confié pour traverser tes épreuves. Si désirable, un livre à la main.

Je t’imagine aussi avec elle, en souhaitant que tu ne m’oublies pas même quand tu lui fais l’amour. Que tu te dises en secret que c’est avec moi que tu devrais être, que c’est ma bouche et mon sexe que tu aimes embrasser. Que c’est mon corps offert à toi que tu aimes pénétrer. Que ce sont ma bouche et mes mains qui t’aiment le mieux, ainsi que mon âme et mon cœur.

Et je l'imagine jouir de t’avoir en elle, et je sais que je ne pourrais pas rendre un homme heureux. Mon corps à moi ne sait que pleurer.

Je songe à toi, si la mélancolie te gagne, ce mélange de regrets et de remords. Et je prie pour que tu te lasses vite d’elle, que sa présence t’essouffle, que ses caresses te laissent affamé… Je prie pour que l'évidence te frappe. L’évidence de nous.

Je prie pour que la lumière te traverse, que la certitude te montre le chemin, ton chemin, qui longe le mien, exactement comme deux parallèles, si proches, que l’œil non averti n’en verra qu’une seule. Mais il y a celle-ci, cette ligne qui vient te couper, s’insinuant comme le doute et la peur du bonheur. Nos routes seront-elles toujours parallèles quand tu auras fini de t’égarer à la parcourir ? Aurais-je marché assez lentement pour que tu puisses me rejoindre ? Seras-tu en paix à ton retour de croisades ?

Le destin nous présentera toujours de ces monstres chimériques, et nous devrons lutter ou succomber.

Reviens-moi vite, mon amant, mon ami, mon amour, mon être chéri, avant que je ne t’oublie.

Reviens-moi à genoux, souffrant dans ta jouissance, jouissant dans ta souffrance.

Jure-moi l'éternel amour qui ne sera séparé que par la mort. Nous sommes jeunes encore mais la vie reprend ce qui lui appartient sans prévenir souvent…

Jure-moi que toutes les autres ne seront que des chimères qui te révéleront à moi.

Aime-moi, ou bien part sur le champ, hors de ma vue à tout jamais.

Puisses-tu être envahi par l’amertume, le regret et le désir jusqu’aux tréfonds de ta vie.

Alors je mourrais sans toi.

Tous ces mots que je t’ai dit ne sont pas des mensonges, chaque mot que tu diras sera pris pour comptant, il ne faudra pas tricher avec moi, tu le sais, je suis l’âme de ta vie. Sans moi, tu erreras dans un éternel oublie, dans une éternelle insatisfaction, tout le reste de ta vie.

Je veux ton corps sur le mien, sous le mien, près du mien, je veux te voir partir avec moi, je veux sentir ta bouche, ta peau, sentir ton corps liquide se répandre sur moi… Je veux que tu ne trouves le bonheur qu’à mes côtés, que tout le reste te semble vide.

Et tout le reste n’est que vide.

Je veux que tu me reviennes l’âme assez forte pour rester à mes côtés jusqu’à la fin de notre éternité, je veux que tu me reviennes aussi solide que je pourrais l’être pour toi… Je veux que le doute te quitte et que la certitude te guide, je veux que tu voies enfin notre chemin, la même direction dans laquelle nous regardons, et je sais combien cela t’effraie.

Tu as peur d’aimer. L’amour t’effraie et c’est pour cela que tu le fuis en cherchant ailleurs, là où il n’est pas.

Je ne sais pas si tu m’aimes aussi fort, malgré la douceur évidente de nos sentiments, mais il faudra que tu m’aimes plus que je t’aime pour ne pas me perdre. J’ai souvent douté de ta sincérité.

Je ne croyais pas que tu puisses être possible.

Mon ami, voici le troisième jour. La nuit a été blanche, la soirée que je me suis accordée solitaire, ne m’a accordé que trois heures de sommeil, le reste de mon insomnie s’est passé à regarder les étoiles jusqu’au petit matin. Ce sont les nuits les plus difficiles, le jour, je suis heureuse, très, malgré un petit manque, une petite mélancolie soudaine qui me prend.

La musique et les amis, car j’ai pris la bonne résolution cette année d’être une amie plus fidèle, m’apportent ce bonheur dont j’ai tant besoin.

J’aimerais que tu sois là pour me voir belle, belle pour toi, presque exclusivement.

Mais je crains que tu ne sois jamais là quand je serai belle, que les compliments que l’on nous ferra seront pour d’autres, que tu ne saches pas à quel point je suis à ton goût, au goût des autres, que tu ne puisses pas être là, fier d’être celui qui partage mon lit et qui me tient la main dans la rue… J’ai peur que tu ne sois un éternel absent, et pour cela, je crois que je serais mélancolique…

Je me souviens de tes mots et rêve de voir à tes côtés toutes ces choses dont tu m’as parlé. Je prie pour que nous les voyions ensemble.

Ta présence me manque, ton corps, tes mots, cette indicible manière que tu as d’être près de moi.

Ce n’est pas le fait que tu sois en croisades qui me chagrine, je rêve doucement qu’elle nous unisse plus fort qu’auparavant. Mais de t’imaginer avec cette fille, pendant que tu m’obsèdes et que ton pull – que je couds et découds infiniment pour garder ton odeur, seul reste de toi avec mes souvenirs, mais hélas qui comme mes souvenirs, prend peu à peu mon odeur tandis que disparaît la tienne… – me sert de toi… Si au moins tu étais avec une personne mieux que moi, mais nous savons tous les deux qu’elle est aux antipodes de toi. Et je ne comprends pas comment tu puisses lui faire l’amour, comment tu peux jouer avec elle où même la désirer. Il faut qu’elle soit une sorcière dans un corps de poissonnière pour t’avoir ensorcelé… Mais de l’Odyssée aux légendes Arthuriennes, on en trouve tant d’exemples.

Pense comme je suis extraordinaire, tu le sais, si on me demandait ce que nous devenons, je serais obligée de dire que tu es en croisades, que tu termines une aventure pour mieux t’offrir à moi par la suite… Le commun des mortels se tromperait en disant que tu me trompes et que je l’accepte, ce n’est pas ainsi, nous ne nous appartenons pas, sur cela comme sur le reste nous sommes d’accord, ainsi nous ne nous tromperons jamais. Non, tu es partie en croisades, il faut bien que les chevaliers-marmottes prouvent leur bravoure pendant qu’une belle les attends au château… Et personne ne dit qu’un chevalier doit être chaste en dehors de sa dulcinée, comme les sorcières sur sa route comme Ulysse en son Odyssée, si son cœur appartient à sa belle, son corps est parfois enflammé par une sorcière… Perceval et les autres, ma marmotte chevaleresque, tu connais leur sort…

Et les souvenirs me reviennent, m’enchantent en même temps qu’ils me peinent… Comme le cadeau que je t’ai offert, la joie sincère qu’il t’a procuré, et tu as même emporté le papier cadeau… C’est beau tu sais. Kundera dira peut-être que c’est « kitch », mais il sait qu’on ne peut l’éviter… et tu es le premier à garder comme moi les emballages cadeaux sans les déchirer…

Tu vois que nous sommes destinés.

Mais si tu ne reviens pas, ce n’est pas grave, je vivrais avec ton souvenir, ça ne suffit pas tout à fait au poète que je suis, mais c’est déjà ça. Tu sais ce que tu perds… Si au moins cela t’apporte la paix dans ta belle âme terrifiée…

Je suis ton amante…

J’ai envie de te plaire, de faire briller tes yeux.

Toi, en as-tu réellement envie ?

Oh, tu me manques…

Viens vite avant que je ne me résigne à t’oublier…

Est-ce que j’ai tort de croire en toi ?

De croire en nous ?

Les meilleurs moments ont toujours une fin, j’ai passé de très beaux moments avec toi, les plus beaux que je n’ai jamais passé avec un amant. Mais c’est comme toute chose, il faut une fin, et le plus dur est d’accepter qu’une belle après-midi d’été se finisse…

D’ailleurs, tu ne dois pas penser à moi, je sais que tu ne penses pas à moi. Tu as dit de belles paroles et ça m’a fait rêver. Les hommes sont ainsi, je ne t’en veux pas. D’ailleurs, c’est aussi ma faute, je n’aurais pas dû jouer. Je sais très bien qu’il ne faut pas revoir un amant deux fois de suite…

Mais je ne regrette pas, même s’ils sont déjà oubliés pour toi, je les garde dans l’écrin de mon corps comme un trésor.

Si tu ne me reviens pas, je ne veux plus retomber amoureuse. L’amour est un sentiment qui ne me va pas. Je passe des rires aux larmes, je sonne faux, je n’arrive plus à me concentrer…

Et je pense à toi qui ne penses pas à moi. Malgré moi.

Cela me fait du bien de t’écrire ainsi, j’ai l’impression de te parler, que tu es près de moi et que tu m’entends avec ces yeux qui pétillent… Encore mon babillage, que tu aimes pourtant écouter, et quand tu te moques si gentiment de lui.

Tu disais que je te manquais, tu l’écrivais, mais tu ne venais pas. Je me suis faite une raison en pensant que le doute s’installait en toi, j’espère que tu étais sincère avec moi, et je t’ai crue quand j’ai vu tes larmes. Je te crois sincère avec moi, mais quand je suis loin de toi, je n’existe pas à tes yeux…

Toi tu ne penses plus à moi, déjà tu m’auras oublié. Moi, je me retrouverai seule sur le banc avec un cœur qui déborde à n’en savoir que faire…

J’ai l’impression d’avoir un voile en moi qui masque toutes mes autres potentialités, je n’arrive plus à rien faire profondément. J’aurai dû faire attention, ne pas tomber amoureuse, je le savais, mais ils ne font pas de préservatif pour le cœur…

Je n’en peux parler à personne, ils ont tous peur de me ramasser à la petite cuillère, pourtant c’est différent, les autres ne comprendraient pas ou te jugeraient mal.

J’ai envie de faire l’amour avec toi… cela fait si longtemps.

J’ai l’impression de passer mes journées à attendre, à t’attendre, et je n’aime pas ça. Pourtant les activités ne manquent pas, mais tu es là comme un spectre qui m’empêche de vivre tout à fait pour moi comme j’avais appris à le faire auparavant.

Je n’ai même pas d’amants ni de maîtresses avec qui je pourrais passer une soirée comme ça, tendrement, pour t’oublier. Ou bien ils ne m’intéressent pas.

Les jours sont si longs, moi qui d’habitude milite pour avoir le double d’heure… Aujourd’hui je voudrais qu’il y en ai le double de moins.

Et si dans ce mois de juillet, tu n’es pas revenu de croisade, je fermerai mon cœur à double tour.

L’Angleterre, je t’attends pour y aller, irons-nous ensemble ?

Oui, je suis malheureuse d’être amoureuse, ce n’est pas de ta faute, c’est ce sentiment qui me rend comme ça… Pourtant je chante, je danse, je rie, je dessine, j’écris et je lis… Mais la plupart du temps cela me semble une mascarade.

Oh, reviens-moi vite ou ne me reviens pas. Si tu tardes trop, je ne sais pas si j’aurais la force de vouloir de toi.

Hélas, il me faut admettre que notre beau voyage puisse se terminer ici, c’est dommage, les routes que j'apercevais au loin me faisaient bien envie.

Je redoute le soir qui tombe, c’est à cette heure que mon amie la solitude devient une ennemie. C’est à cette heure que me manque le plus, un mot de toi, le son de ta voix, peut-être ta présence, tes caresses, l’amant merveilleux et accomplie que tu fais.

Dis-moi que tu reviendras, non, mieux, fais-le.

Soyez en paix avec vous-même.

Je prierai pour vous le destin…

Nous avons fait l’amour dans un champ de blé.

Serre-moi fort,

Broie-moi,

Fait que nos os ne soient plus qu’un.

Ton absence me rendra plus belle et plus cruelle.

Combien de jours, combien de mois, combien de saisons…

me faudra-t-il t’attendre.

Comme tout est si simple entre nous.

Vous me reviendrez car vous savez que vous êtes ma muse.

Vous me chercherez dans toutes les femmes, mais vous ne trouverez pas plus tendre, plus douce et plus à votre goût que moi…

Jamais je n’ai aimé autant vos odeurs, même les plus acres me semblaient venues du paradis.

Jamais je n’ai aimé autant des odeurs.

Votre sexe dans mon anus est ce qu’il y a de plus pur.

Il faudra qu’il soit bien doux et qu’il fasse l’amour mieux que vous celui qui vous remplacera.

Je me souviens le champ de blé. Je me souviens ton corps, ton âme…

Me reviendras-tu de ces croisades sans nom ?

Pourtant, je suis plus belle encore, plus rayonnante, plus douce, plus sorcière que quand tu m’as laissé.

Désire-moi. Baise-moi.

Embrasse mon sexe enflammé,

lèche-le jusqu’à me pâmer.

Laisse-moi en retour faire glisser le tien entre mes lèvres,

sentir sa douceur aller jusqu’au fond de mon corps.

Viens te blottir à l’intérieur de mon corps,

pénètre-moi. Rentre par la grande porte, puis par la porte secrète…

Viens me faire jouir de ta présence en moi, près de moi.

Puis endormons-nous, lassés de plaisir

enlacés l’un contre l’autre comme deux amants prodiges.

Mon sexe est une conque dont le clitoris serait la perle.

 

Tous ces moments que nous pourrions passer ensemble. Dans le bonheur. Faire l’amour aussi. Encore.

Nous aurions fait tout cela encore…

J’aurais vu tes yeux briller, ta bouche m’embrasser…

Si tu reviens, promets que tu seras tout à moi.

Je suis déjà à toi, je n’ai pas envie d’autre chose que toi.

Je suis heureuse, tu sais. Avec ou sans toi. Mais sans toi, il manque quelque chose.

Ma vie est comme avant de te rencontrer… C’est l’après t’avoir rencontré, et c’est comme avant.

Au milieu de ces deux bulles spatiales, il y a eu toi. Tout ce que tu m’as offert, ou comment tu t’es laissé offrir à moi.

Je laisserai pousser mes cheveux jusqu’aux reins,

si d’ici là tu n’es pas revenu, tu auras perdu la femme de ta vie.

En te perdant, je perds un amant,

mais aussi mon ami, mon frère.

Mon lit, ma machine à rêve de toi, à te désirer.

Ma bouche est belle pour toi.

Mes yeux sont beaux pour toi.

Mon corps rayonne de désir et personne ne sait que c’est pour toi.

Je te garde en secret dans mon corps.

J’aurais aimé que l’on s’aime à s’en lacer, mon amant.

J’aurais aimé que nous nous aimions à nous enlacer.

J’aurais aimé que notre amour meurt à n’en plus avoir de regrets.

Mais tu me laisses là, avec ce cœur plein, tant de choses à vivre,

et cet amour qui vit encore comme un membre dont je ne sais que faire…

Comme une chose qui pousse en moi, bat et vit encore.

Toute chose doit mourir mais il n’est pas mort.

J'aurais aimé que nous le tuions ensemble.

 

C’est si bon ton retour. Je te voulais à mes pieds, je crois que le plus à plaindre, c’est toi. Tu as failli me perdre…

Mon amant…

Mon chevalier…

Mon bourreau…

J’avais oublié la sensation de toi.

Est-ce que j’ai rêvé ?

Non, il y a pourtant cette sensation entre mes cuisses de t’avoir fait l’amour. Des mois sans toi et mon éros est plus hardant qu’un feu brûlant.

Je rêvais chaque nuit que tu dormais à mes côtés. Cette nuit tu y étais.

Je te regardais, je t’écoutais, je te respirais…

Je vibrais au son de ta respiration, de ton souffle. J’étais ton souffle.

J’étais dans tes bras. Tes bras m’enlaçaient dans ton sommeil.

Nos mains se cherchaient.

Nos corps dans le sommeil formaient une ronde silencieuse.

Une danse immobile de tendresse.

Nous est évidence.

Sais-tu seulement le plaisir que j’ai eu à retrouver ton odeur ?

Elle est tienne. Elle est douce…

Celle dont tu te voiles, celle que tu choisis pour être tienne ; et la tienne, celle qui vient de ton corps…

Celle que tu transpires.

Aucun autre homme ne l’a aussi douce, aussi sucrée, aussi suave.

Celle des autres est aigre comme le poison tandis que la tienne n’est que douceur et ivresse.

Et je suis faite à l’idée de ne plus te revoir avant longtemps, de ne plus te revoir même…

Je te vis désormais comme la dernière fois. C’est pourtant ce que je faisais auparavant, mais mon esprit n’était pas prêt. Désormais, il sait le faire. Il le fait.

Dernier thé bu avec toi. Dernier coucher de soleil. Dernière sensation de la plage. De te plaire. De ton désir. De te désirer. Dernière bouchée de pain. Dernier mot échangé. Dernière sensation de ta bouche sur la mienne…

 

********************

Viens encore une fois près de moi

L’entité nue de mes désirs

Pour que j’aille soupirer sur ta terre de promesses

Embrasse-moi mon ombre

Avant de disparaître à tout jamais

Ne me laisse pas seule dans le noir

Guide-moi par la main sans trop me presser

Je déteste comme toi l’oppression

Je ne suis qu’un passage dans ta vie

Déjà devant toi s’ouvrent d’autres rue, d’autres autoroutes, d’autres ports…

Va, prends la mer, elle est bien assez grande pour toi

 

********************

 

J’attends, j’attends, je n’attends plus, c’est comme si tu étais là ; si bien que tu es là et que je ne te vois pas. Tu pourrais très bien être ailleurs, être ici depuis toujours, c’est pareil. Les murs sont emplis de toi, les murs ne sont que toi. Pourtant tu es fantôme de chair. Tu es le néant que je chéris, doucement absent, et c’est ainsi que je t’aime depuis que tu es parti, que je sais que tu ne reviendras pas malgré ta présence maintenant pour me mentir, faire mentir mon sens féminin, le sixième bien-nommé. Au fond, je ne suis pas sûre de me réjouir que tu sois là. Je ne suis pas sûre que je t’aimerai comme ça, présent. C’est absent que tu m’as appris à aimer. Va-t'en, ne reviens jamais…

 

********************

 

Ulysse, était-ce toi ?

 

********************

 

Mes poudres et mes fards ne serviront à rien, je ne t’ai pas fait rester, je ne te ferai pas rester. Va, tu peux t’en aller maintenant, tu es libre, c’est un autre que toi que j’aime désormais, l’être de ton passé, et rien ne le fera revenir.

 

********************

 

Nous sommes au bord du néant, rien n’est plus possible pour nous désormais, le sol est rougi par le sang de tes ennemis, tes flèches sont partout, jusqu’aux profondeurs de mon cœur. Il ne nous reste plus qu’à faire semblant de faire l’amour comme si nous nous aimions encore, comme avant, faire semblant de nous aimer comme avant en attendant que plus rien ne nous emporte, que la mort à laquelle nous sommes promis plus que l’amour. Il est des choses qui nous sont prêté, et d’autres, des instants infimes que nous paierons de notre vie… viens encore, unissons nos vies le temps de nos derniers instants, pour faire semblant encore un peu.

 

Il n’y en a qu’une qui ne fait pas semblant… c’est encore elle qui nous aimera le mieux.

Viens un instant mon amour avant qu’elle ne nous arrache comme une maîtresse jalouse, notre dernière maîtresse…

Viens à moi mon amour…

 

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