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L'éternelle heure du thé

Textes, théâtre et poésie de L.H.C. (Tous droits réservés)

Les oiseaux de papier mâché

 

Deux oiseaux sur un banc :

- Il y a des chemins qui ne mènent nulle part...

- Tu les vois, toi, dans le noir ?

- Ces choses-là, il n'y a pas besoin de les voir. Les chemins dont tu parles, on les emprunte, on les quitte, on les traverse, mais il vaut mieux ne pas savoir qu'ils sont là. Et surtout ne pas savoir où ils s'arrêtent...

- Mais s'ils s'arrêtent trop tôt ?

- C'est toujours trop tôt pour qui a envie de vivre...

- Et toi ? Tu as envie de vivre ?

- Ça se pourrait bien...

 

*****

 

- J'avais comme une envie de ré-apprendre à vivre.

- Tu crois que cela peut s'oublier?

- Oui, je crois qu'il y a des gens qui oublie ce genre de choses...

- Ce n'est pourtant pas rien.

- C'est justement pour cela qu'il arrive qu'on oublie, on se concentre sur les petits détails, et oublie les autres...

- Et l'amour, tu crois que ça sert à quoi ?

- Je crois que ça sert à devenir meilleur.

- Même si ça fait mal, et qu'on en a plusieurs?

- Surtout ! Surtout parce que ça fait mal et qu'on en a plusieurs...

Comme si on se réincarnait dans une seule vie.

- L'oiseau du phénix...

- On serait des oiseaux sans ailes et sans plumes qui passeraient leurs temps à renaître de ne pas savoir voler ?

- En quelque sorte...

 

*****

 

- Ça fait longtemps qu'on vit, non?

- Je ne sais pas, je ne me souviens plus. Enfin plus vraiment, je sais qu'il y a eu un commencement, mais je ne sais plus quand. C'est comme si c'était très loin. Je sais que ça a eu lieu. Je me souviens un peu du reste, j'ignore maintenant, je me doute que demain sera dans le prolongement d'aujourd'hui...

- Il me semble que le commencement était une fin.

- C'est probable, il faut croire que les fins sont le début de quelque chose. Et d'ailleurs, est-ce la fin ou le commencement qui fut à l'origine de l'état des choses ?

- Je ne sais pas, je ne me souviens plus, mais peut-être... la fin du monde en paquet.

- Vous reprendrez bien un peu de ces graines de maïs ?

- Très volontiers !

 

*****

 

- J'ai une devinette pour toi : il y a deux oiseaux, le premier est aveugle, le second est sourd, que fait le troisième ?

- C'est très simple : il n'y a pas de troisième oiseaux, de plus il n'y a pas de devinette puisque le premier est aveugle, et ne sait donc pas qu'un autre oiseau la lui pose, tandis que le second oiseau et muet et ne peut poser cette supposée devinette...

- Tu sembles oublier que je suis aveugle et que tu es muet.

- Cela n'a aucune importance, la devinette n'existe pas.

 

*****

 

L'OISEAU AVEUGLE :

- Je voulais te dire un mot.

 

L'OISEAU MUET :

- Ah oui, lequel ?

 

L'OISEAU AVEUGLE :

- Absurde.

 

*****

 

L'OISEAU MUET :

- Tu crois que dans une autre vie je parlais et tu voyais ?

 

L'OISEAU AVEUGLE :

- Peut-être pouvais-tu parler et ne le faisais-tu pas. Peut-être voyais-je et ne le faisais pas.

Mais nous aurions pu tout aussi bien ne pas parler ni voir, non pas parce que nous ne le pouvions pas, mais parce que nous ne le savions pas. C'est dommage, n'est-ce pas, de pouvoir sans savoir. Imagine que nous puissions entendre, mais que nous ne le sachions pas, les bruits autour de nous se seraient-ils comportés différemment ?

 

L'OISEAU MUET :

- Et s'il n'y avait pas de bruits ?

 

L'OISEAU AVEUGLE :

- Absurde.

 

*****

 

L'OISEAU MUET :

- Tu crois que dans une autre vie je parlais et tu voyais ?

 

L'OISEAU AVEUGLE :

- Peut-être pouvais-tu parler et ne le faisais-tu pas. Peut-être voyais-je et ne le faisais pas.

Mais nous aurions pu tout aussi bien ne pas parler ni voir, non pas parce que nous ne le pouvions pas, mais parce que nous ne le savions pas. C'est dommage, n'est-ce pas, de pouvoir sans savoir. Imagine que nous puissions entendre, mais que nous ne le sachions pas, les bruits autour de nous se seraient-ils comportés différemment ?

 

L'OISEAU MUET :

- Et s'il n'y avait pas de bruits ?

 

L'OISEAU AVEUGLE :

- Et si nous n'étions pas.

 

L'OISEAU MUET :

- Et si nous étions ce troisième oiseau sourd ?

 

*****

 

L'OISEAU AVEUGLE :

- Je me présente, je suis un oiseau sourd.

 

L'OISEAU MUET :

- Je me présente, je suis un oiseau sourd.

L'OISEAU AVEUGLE :

- Est-ce que tu as constaté une différence ?

 

*****

 

L'OISEAU MUET :

- Il y a des chemins qui ne mènent nulle part...

 

L'OISEAU AVEUGLE :

- Tu les vois, toi, dans le noir ?

 

L'OISEAU MUET :

- Ces choses-là, il n'y a pas besoin de les voir. Les chemins dont tu parles, on les emprunte, on les quitte, on les traverse, mais il vaut mieux ne pas savoir qu'ils sont là. Et surtout ne pas savoir où ils s'arrêtent...

 

L'OISEAU AVEUGLE :

- Mais s'ils s'arrêtent trop tôt ?

 

L'OISEAU MUET :

- C'est toujours trop tôt pour qui a envie de vivre...

 

L'OISEAU AVEUGLE :

- Et toi ? Tu as envie de vivre ?

 

L'OISEAU MUET :

- Ça se pourrait bien...

 

L'OISEAU AVEUGLE :

- Moi ces chemins, j'aimerai bien les voir !

 

L'OISEAU MUET :

- Tu aimerais tout voir pourvu que tu puisses voir.

 

L'OISEAU AVEUGLE :

- Je n'en suis pas sûr. Je suis sûr qu'il y a des tas de choses laides que tu ne peux pas nommer parce que tu n'as pas les mots. D'ailleurs n'es-tu pas sûr de n'être muet que parce que tu n'as pas les mots ?

 

L'OISEAU MUET :

- Si je n'ai pas les mots c'est qu'il n'y en a pas. Et s'il y en a, ils doivent êtres aussi laid que ce qu'ils désignent. Pour ça, je peux bien m'en passer.

 

 

L'OISEAU AVEUGLE :

- Et si tu me passais tes yeux ?

 

L'OISEAU MUET :

- Ils sont mes mots !

 

L'OISEAU AVEUGLE :

- Mais si tu me passais tes yeux, je pourrais mettre des mots sur ce que je ne vois pas. Je pourrais ainsi comprendre mieux. Nommer sans voir est-il utile, ma vie est une succession de mot tandis que la tienne n'est qu'image. Imagine ce que serait le monde si nous ne faisions qu'un !

 

L'OISEAU MUET :

- Il serait un oiseau sourd !

 

*****

 

L'OISEAU MUET :

- Je vois et pourtant, moi aussi ces chemins, j'aimerai bien les voir !

 

L'OISEAU AVEUGLE :

- Tu aimerais tout voir pourvu que tu puisses voir.

 

L'OISEAU MUET :

- Je n'en suis pas sûr. Je suis sûr qu'il y a des tas de choses laides que tu ne peux pas nommer parce que tu n'as pas les mots. D'ailleurs n'es-tu pas sûr de n'être muet que parce que tu n'as pas les mots ?

 

L'OISEAU AVEUGLE :

- Si je n'ai pas les mots c'est qu'il n'y en a pas. Et s'il y en a, ils doivent êtres aussi laid que ce qu'ils désignent. Pour ça, je peux bien m'en passer.

 

L'OISEAU MUET :

- Et si tu me passais tes yeux ?

 

L'OISEAU AVEUGLE :

- Ils sont mes mots !

 

L'OISEAU MUET :

- Mais si tu me passais tes yeux, je pourrais mettre des mots sur ce que je ne vois pas. Je pourrais ainsi comprendre mieux. Nommer sans voir est-il utile, ma vie est une succession de mot tandis que la tienne n'est qu'image. Imagine ce que serait le monde si nous ne faisions qu'un !

 

L'OISEAU AVEUGLE :

- Il serait un oiseau sourd !

 

*****

 

L'OISEAU MUET :

- Il y a des chemins qui ne mènent nulle part...

 

L'OISEAU AVEUGLE :

- Tu les vois, toi, dans le noir ? Moi, je ne vois que le noir, et il n'y a pas de chemins.

 

L'OISEAU MUET :

- Il n'y a peut-être pas de chemins, après tout.

 

L'OISEAU AVEUGLE :

- Alors il y a peut-être tout ; tout à voir, tout à dire, tout à entendre...

 

L'OISEAU MUET :

- Tout, c'est rien.

 

L'OISEAU AVEUGLE :

- Rien ? Ça doit déjà être quelque chose. Du non-chose. Du vide, par exemple, c'est quelque chose ! C'est le contraire de la matière, c'est un mot, c'est nous, c'est la fin du monde en paquet !

 

L'OISEAU MUET :

- Ça se pourrait bien... mais là, je ne vois pas.

 

*****

 

L'OISEAU AVEUGLE :

- C'est un juste équilibre entre le tout et le rien ? (Qu'est-ce que c'est ?)

 

L'OISEAU MUET :

- C'est un juste équilibre entre le tout et le rien, qu'est-ce que c'est ?

 

L'OISEAU AVEUGLE :

- Oui, c'est ce que je viens de te demander, je le sais, c'est moi qui l'ai énoncé. Je suis aveugle, pas sourd.

 

L'OISEAU MUET :

- Il me semble parfois qu'en étant aveugle, tu vois bien mieux que moi.

 

L'OISEAU AVEUGLE :

- Non, ce n'est pas ça la réponse.

 

L'OISEAU MUET :

- Il me semble parfois qu'en étant aveugle, tu vois bien mieux que moi.

 

L'OISEAU MUET :

- Je ne sais pas, quelque chose ou quelqu'un d'équilibré, un funambule peut-être ?

 

L'OISEAU AVEUGLE :

- Ah, oui, c'est pas mal, mais ce n'est pas ça.

 

L'OISEAU MUET :

- Est-ce que tu connais la réponse au moins ?

 

L'OISEAU AVEUGLE :

- Si je le savais, je ne te le demanderais pas. Non, c'est quelque chose qui m'est venu comme ça, j'ai le sentiment que c'est très important.

Et puis si l'on savait toutes les réponses, à quoi cela servirait-il de vivre, je te le demande ?

 

L'OISEAU MUET :

- Encore une autre question. Assez, il me faudra plus d'une vie pour répondre à la première, ne crois pas que j'occuperais la suivante à écouter tes sornettes !

 

L'OISEAU AVEUGLE :

- Qui sais ?

 

*****

 

L'OISEAU MUET :

- Ah, le bon vieux temps où passait quantité d'hommes par ici.

 

L'OISEAU AVEUGLE :

- Oui, maintenant nous sommes dans un coin paumé, je le vois bien. Plus un seul petit être humain, plus un chat pour nous sentir omniscients. Et dire qu'il nous prenait pour des sphinges !

 

L'OISEAU MUET :

- Hélas,nous ne sommes que des phénix...

 

L'OISEAU AVEUGLE :

- Qui naissons et renaissons.

 

L'OISEAU MUET :

- Les hommes parfois croient naître et renaître... N'ont-ils pas eu une Renaissance ?

 

L'OISEAU AVEUGLE :

- Il leur a fallu être à plusieurs pour renaître, combien s'en sont souvenu. Sont-ils seulement les mêmes ? Il leur faut pour s'en souvenir, une race toute entière.

 

L'OISEAU MUET :

- Alors que nous sommes toujours le même ? N'ont-ils pas la même illusion ?

 

L'OISEAU AVEUGLE :

- Mais nous ne sommes pas une illusion !

 

L'OISEAU MUET :

- En es-tu si certain ?

 

L'OISEAU AVEUGLE :

- Nous ne sommes pas sourds ?

 

L'OISEAU MUET :

- J'en douterais à ta place. Après tout, tu n'as pas d'yeux pour voir, et comme je suis muet, sais-tu vraiment que je te parle ? Tu es peut-être sourd et je n'existe peut-être pas ? Mieux, je ne suis peut-être qu'une partie de toi même, et alors nous serions cet oiseau aveugle, muet et sourd, presque le néant ; autant dire, rien.

 

*****

 

L'OISEAU AVEUGLE :

- Les oiseaux doutent-ils ?

 

L'OISEAU MUET :

- Les oiseaux doutent. Non seulement ils le peuvent, mais ils le font. Surtout... Surtout quand ils sont de papier mâché.

 

L'OISEAU AVEUGLE :

- Alors tu penses que nous sommes des oiseaux de papier mâché ?

 

L'OISEAU MUET :

- Oui, mon ami, il est fini le temps des phénix. Nous ne nous éteignons plus et nous ne nous allumons plus. Mais naturellement, comme je suis muet, tu n'as rien entendu.

 

*****

L'OISEAU AVEUGLE :

- Je vois des plumes de toutes les couleurs, je vois des feux ardent, rouge, jaune, vert, bleu, et il y en a encore mille qui brillent ! Non, je ne rêve pas, c'est toute une armé de phénix qui est là à prendre notre pas !

 

L'OISEAU MUET :

- Nous sommes seuls, nous sommes seuls et nous sommes sourds. Cette armée que tu vois n'est autre que toi-même, que ton reflet dans la glace. Tu t'enflammes à la moindre lueur, au moindre rayon de chaleur. Le soleil te joue des tours et tu as des visions. Tu crois même m'entendre. Mais je te le répète, nous sommes seuls. Désespérément, ou plein d'espoir, seul.

 

*****

 

L'OISEAU MUET :

- Sais-tu que l'activité préférée des phénix est de poser des énigmes ?

 

L'OISEAU AVEUGLE :

- Ah bon, comme les sphinges.

 

L'OISEAU MUET :

- Oui, ça les occupent durant leurs nombreuses vies. Ils n'en ont pas assez pour tout résoudre. Alors, en plus, ils en posent aux hommes, et c'est pour cela que les sphinges, les oiseaux et les hommes se posent tant de questions.

 

*****

 

L'OISEAU AVEUGLE :

- Prochain arrêt : la fin du monde.

 

L'OISEAU MUET :

- Il y a tellement de gens qui manquent de confiance en eux... Qu'est-ce que c'est la confiance ?

 

L'OISEAU AVEUGLE :

- Qu'est-ce que c'est la confiance en soi ?

 

L'OISEAU MUET :

- Qu'est-ce que c'est, soi ?

 

L'OISEAU AVEUGLE :

- Soi ? C'est rien, ça n'existe pas. La confiance aussi, ça n'existe pas.

 

L'OISEAU MUET :

- Mais alors, si ni la confiance en soi, ni soi n'existe, la confiance en soi existe-t-elle ? Les opposés s'annulent. Moins plus moins est égale à plus.

 

L'OISEAU AVEUGLE :

- La non confiance en soi plus le non-soi, ça fait toujours rien...

 

L'OISEAU MUET :

- Rien, c'est presque tout.

 

L'OISEAU AVEUGLE :

- Tout ?

 

L'OISEAU MUET :

- Le pire qu'on puisse faire, c'est exister.

 

*****

 

L'OISEAU MUET :

- Cocteau nous appelle la phénixologie.

 

L'OISEAU AVEUGLE :

- La phénixologie, c'est l'art de faire renaître les fleurs mortes.

 

L'OISEAU MUET :

- Mais cela peut nous coûter la vie, car les déesses n'aiment pas cela ; elles n'aiment pas que l'on se mesure à elles.

 

L'OISEAU AVEUGLE :

- donc la phénixologie, c'est l'art de se mesurer aux déesses.

 

L'OISEAU MUET :

- Est-ce que les déesses sont des sphinges, des phénix ou des fleurs ?

 

*****

 

L'OISEAU MUET :

- Les nuits sont plus belles que vous jours, franchement, vous le croyez ? (on entend à ce moment-là monter le son de A new error de Moderat)

 

L'OISEAU AVEUGLE :

- Mes nuits, vos nuits, toutes les nuits... les jours ne sont que des nuits. Que sont les jours sinon des nuits sans étoiles ?

 

L'OISEAU MUET :

- (avec effroi) Mon coeur est plein de vide...

 

L'OISEAU AVEUGLE :

- vingt-six mètres de larmes.

 

L'OISEAU MUET :

- Remplissons-le d'étoiles!

 

L'OISEAU AVEUGLE :

- Dans la légèreté de la fin du monde.

 

*****

 

L'OISEAU AVEUGLE :

- Quelque part, j'ai su que la fin du monde en paquet.

 

L'OISEAU MUET :

- L'amour, c'est de la connerie sauf pour mon chat1.

 

L'OISEAU AVEUGLE :

- Isti Stella Marant.

 

*****

 

L'OISEAU AVEUGLE :

- Les avions la nuit à la lumière de la lune se prennent pour des étoiles.

 

*****

 

L'OISEAU MUET :

- Je fais des choses qui ont encore plus l'air de choses.

 

L'OISEAU AVEUGLE :

- Mais quand sait-on qu'une chose ressemble enfin à une chose ?

 

*****

 

L'OISEAU MUET :

- La menthe athée dit à son amant :

chute sur mes reins

je suis ta reine !

 

*****

 

(Peut-être en voix off, vu sur les oiseaux dans la pénombre, la douche s'éteint progressivement pour faire place au noir, les oiseaux disparaissent tel des effigies de cire)

 

- Il y avait un jour des oiseaux, des reines et des étoiles...

 

- Il y avait ce qui existe, et il y avait ce qui n'existe pas. Ou bien c'était l'inverse...

 

- Il y avait peut-être les deux à la fois, ou encore un indiscernable milieu... Toujours est-il que cela était ou n'était pas.

 

- Ou bien un peu au milieu...

 

- Enfin, voici l'histoire de deux oiseaux (qui n'existent pas) qui tente de répondre à une devinette (qui n'existe pas).

 

- Détendez-vous, nous allons vous raconter une très belle histoire...

 

 

FIN le 07 août 2012

1l’auteur a un chat.

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