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L'éternelle heure du thé

Textes, théâtre et poésie de L.H.C. (Tous droits réservés)

Les sœurs d’Œdipe

Notes à propos de l'oeuvre ci-dessous: Pourquoi utiliser la trame des Mythologies? Parce qu'elle permet une intemporalité et des sens profonds, compréhensibles par tous. Si pour les amateurs de dissections, intellectuels d'universités - que je n'oublie pas au passage, - il faut un peu de culture Antique, le reste est largement interprétable. Le vrai sens, sans dissections aucune, dépend de chacun, et je l'espère, que chacun y trouvera l'ébauche d'une réponse, à priori universelle... Bien sûr, beaucoup d'entre nous, humanité du XXIème siècle, connaissons le mythe d'Œdipe, celui qui pour échapper à la prophétie, tua son père, épousa sa mère, mais aussi répondit au Sphinx. Freud y décela les rapports de force d'avec les parents; moi, je soutiens que ce conflit remonte encore plus haut, au monde, à l'univers, à l'ordre des choses. Pour autant si j'exploite des bases de la mythologie gréco-latine, les personnages, sont tout nouveau, d'inspirations mythiques, absolument tragiques: noms dans le style, émotions et expressions tragiques. Mais elles sont aussi le résultat de notre époque, à savoir l'immense fortune en notre époque d'être l'amalgame de plusieurs siècles de cultures, de diversités, de croyances et d'idées. Aussi pour retranscrire la chance de pouvoir avoir à notre disposition ces richesses, - nous, contemporain de nous-même, - bergers idylliques et chevaliers courtois se rencontrent, pour le meilleur des examens de notre temps et du temps (si étrange invention de l'humanité) intemporel. Ainsi voici de nouvelles sœurs pour Œdipe, comme une autre suggestion, une autre approche d'exploration, mais avant tout, une bonne dose de second degré en prose...

L.H.C.

 

 

Protagonistes:

Athalie, sœur d'Œdipe

Isis, sœur d'Œdipe

Prius, sœur d'Œdipe

Jaspée, sœur d'Œdipe

Prémius, premier acteur

Dimitrius, deuxième acteur

Terius, troisième acteur

 

 
Chapitre I: Prologue
Prémius: (* texte à adapter selon la mise en scène)
	« Sur la scène, sombre et épurée, quatre chaises de plastique, avec assises dessus, quatre femmes.
Elles ont les mains croisées sur les genoux, une blouse fade à motif floral. Dans ce rôle, peu importe la couleur de peau, la physionomie, elles sont le chœur et l'acteur en un seul battement de vie. Juste leur est demandé de faire ressortir toute la peine que la vie leur a laissé jusqu’à l'instant de la représentation. Et c'est leurs yeux, qui joueront le témoin; qu'au plus reculé des spectateurs de la salle, elles insufflent la puissance de leur regard. Elles resteront presque immobiles sur leurs chaises d'écolières, tournant à peine la tête, fixant droit devant elle un horizon infini.
Immobiles statues de femmes pour parler de celui des Hommes. Ainsi commence les étranges confidences des sœurs d'Œdipe. » 		
***

Athalie:
	« J'ai tué mon père et épousé ma mère. (silence)
Oui, il n'y a pas que les hommes qui s'habillent du beau rôle et portent le poids des souffrances. »

Isis:
	« Avouez que l'homme les portent avec un certain contentement,
 il est si commode de se bercer de ses peines plutôt que d'avancer aveuglément vers l'instant libéré.
Pour ma part, j'ai couché avec mon père; et j'ai d'ailleurs fait bien plus que ça, 
puisque je porte en mon ventre les mots des Hommes, comme ma mère avant moi et ma fille après nous. 
Voyez couler de mes yeux le Khôl de nos mères d'Égypte.
Envoyez couler leurs flottes impétueuses, nos larmes et nos fleuves ne sont-ils qu'un?
Que la blonde conquérante triomphe des stratèges sans corps.
S'ils ont détruit des murs, elle, a sut les traverser sans qu'un grain de poussière ne s'en détache.
Poussière, l'univers est poussière et nous en sommes des grains... »

Prius:
	« Comment mon cœur pourrait-il l'accuser, il ne connaît lui-même que les maux de sa pensée.
Chimères incertaines, voilà ce que sont les amants du passé.
Telle une nouvelle ville à conquérir, mon cœur violent s'est emporté pour courir à pleines rames vers cette étrange île.
Je me suis éloigné des côtes tant connues pour plonger, tête baissée, dans ses côtes si menues... »

Athalie:
	« Quel mal y a-t-il?
J'ai plongé du sein de ma mère vers celui-même qui me donnait jadis, le lait et l'amour.
Il est maintenant trop vieux pour donner du lait, mais il sait très bien donner de l'amour.
Parfois même je le mordille, et c'est un autre lait qui en sort, toujours prêt à rendre une terre fertile... »

Jaspée:
	« Mais elle ne tremble pas. »

Athalie:
	« Qui? »

Jaspée:
	« La main, elle trace inlassablement le crime, répand son sang d'encre, en un trait fin et lié, comme une histoire à l'imparfait. Alors il prend vie ce cauchemar, il vit de sa vie d'après, de sa seconde vie, tel un phénix, il ne mourra jamais, et vibre et s'anime. Jusqu'à hanter les nuits de son ombre sur ma rétine. Même courbe, autres actes d'un seul et unique acte, comme un enfant à qui l'on demande la vérité, il la trace sans qu'il le devine encore. C'est l'ombre de l'adulte, écorné et déchiré qui porte le poids de cet oracle, mais... trop tard. Il ne lui reste plus qu'à le trouver au fond de lui, ce noir dessin, et jusqu'à son dernier souffle essayer de le comprendre. C'est l'ombre qui nous précède quand le soleil est derrière nous. »

Prius:
« Laisse donc ta main, si le feu ne l'a pas emporté, il m'a consumé toute entière.
Chaque jour, l'aigle revient, dévorer au fond de mes entrailles ce qui n'existe plus depuis longtemps.
Mais ils me tourmentent, ces spectres, qui, à la table de mon banquet n'en forme plus qu'un.
Une aile par ici, une queue par là...
Ils forment à eux seuls la bête immonde qui pose l'énigme... »

Jaspée:
	« Il arrivera notre frère, je le vois qui marche déjà.
De l'une d'entre nous il sera le poids. »

Isis: 
	« Tais-toi sorcière, je sens mon ventre se gonfler à chaque mot que tu dis.
Si tu parles trop, il va exploser, et alors se répandront plus de maux sur la Terre.
Non, je préfère le mystère, je ne veux pas savoir; il y a assez de mal, assez de ces parfums musqués. »


Jaspée:
	« Et pourtant il viendra, ils viendront les mots et avec eux, leurs joies.
Allons mes sœurs, après le soir vient le matin. »

Isis:
	« je ne veux pas qu'au matin mon ventre éclate, car à midi, il signera ma vieillesse.
J'ai peur de cette énigme là où tant d'autres y cueillent le contentement.
Non, je ne peux me contenter des tourments qui se prolongent à l'infini.
Nos routes sont celles que nous choisissons d'emprunter.
On les prend pour l'instant; là où d'autres ont marché; là où d'autres marcheront. »
(un temps, soupir ou silence...)
	« Non, non, je ne porterai plus le nom des esclaves.
Sommes-nous de ces chevaux à qui est nécessaire le fer, pour avancer sous la main gantée ? »

Prius:
	« Plus jamais tristes soirées où je vis vos feux diminuer, je ne suis pas des dieux, et en cela, la peine m'est grande. »

Athalie:
	« De voir mourir les gens de peu, ceux dont ils n'ont cure car seul l'hydromel les enivre. » 
( un temps puis montée de colère dans la voix)
	« S'ils m'ont donné une mère, n'est-ce pas pour l'aimer!
 S'ils m'ont apposé le pouvoir d'un père, n'est-ce pas pour le détrôner; à force de luttes, de combats acharnés et de batailles gagnées? »

Prius:
	« Si j'ai eu amants, n'est-ce pas pour élucider l'énigme? »

Isis:
	« si je porte en mon ventre, n'est-ce pas pour les accomplir? »

Jaspée:
	« Si je vois de mon cœur et de mes yeux... »


Athalie, Isis, Prius, Jaspée:
	« Las! Oui, c'est notre destinée, modelée corde à corde, du bout des doigts d'Orphée.
Lui seul sait orner la carapace de notre animale pudeur; d'une corde qu'il effleure...

Prius:
	il fait vibrer mon cœur...

Isis:
			...il fait trembler ma vie...

Athalie:
				...il me balance dans ses vides...

Jaspée:
					et d'un ton sec, il achève d'un son sec;
								d'un son monocorde bien noué.... »

Athalie, Isis, Prius, Jaspée:
	« Ainsi ils nous ont donné la vie, pour qu'à leur place on la découvre; de la plus petite fourmi, du plus petit brin d'herbe, jusqu’aux humbles servants de l'univers?... »

Chapitre II: Acte I

Prémius:
	« Sur la colline était un figuier, jamais personne n'eut vu plus robuste ni plus bel arbre; son tronc virile exaltait des veines solides, une écorce tendre mais vaillante, un feuillage fourni et abondant... Il profitait d'un habitat ensoleillé et d'une douce rivière qui coulait en amont de la colline, et que ses racines allaient puiser. Il résista aux foudres divines, aux tempêtes des côtes marine du divin Poséïdon, aux folies de Bacchus... Sous le regard ému de Cérès. »
***
« Seules trois des sœurs sont là et attendent le retour d'Athalie. »



***

(Athalie les yeux fermés)
Jaspée:
	« Je l'ai revue hier.
		[...Qui?]
		     La beauté sans mystère. »

Prius:
	« Le divin incarné, l'être lumière;
 là, debout, droit et fier comme un cerf,
beauté majestueuse de la tête aux pieds,
faisans naître en tout cœur, sans se tromper,
l'émotion la plus vive, bouleversante,
et l'on sait, qu'il a un peu du secret... »

Isis:
	« Dieux que cet être peut être ensorcelant,
mais Prius, ma jeune Prius, ma petite sœur, ma tendre ...méfie-toi!
Cet être n'est pas comme nous, cet être est de la race des monstres qui dorment,
c'est à midi qu'il nous effleure en feignant d'être le cueilleur de Morphée,
il vient nous caresser de ses paroles de miel, nous pauvres fleurs,
et avant même qu'on ne le voit envolé, il a laissé en nous de ses graines de souffrances...
qui vont gonfler, gonfler, gonfler, pour enfin nous faire éclater... »

Prius:
	« tais-toi ma sœur, 
celui-ci est d'un autre sang, il est seul sur la colline et a ses racines bien enterrées,
son feuillage, oh, des plus merveilleux, fait de lui un excellant abri contre les pluies divines.
Il a le cœur large, et peut abriter mille brebis égarées, de ses bras protecteurs et enveloppants.... »


Isis:
	« Es-tu mille? Dans le troupeau, il ne te verra même pas.
Remercie les dieux chaque jour qu'il ne te remarque pas,
car alors, tu porterais les fruits pourrissant, les blessures brûlantes et lancinantes,
le supplice chaque jour, comme je porte et que tu me vois peiner,
car j'ai rencontré un matin, un de ces monstres au venin tort. »


Jaspée:
	« Cet être mes sœurs, ce sont les dieux qui l'ont envoyé,
d'un côté, il est le mal, de l'autre il est bien,
il se fait le miroir, l'écho du Narcisse qui est en l'autre...
Il porte... oui... il porte en lui une part du secret,
il se nourrit de toutes les eaux qui coulent à ses pieds,
il en rend aux divins le subtile mélange, la divine alchimie,
l'ambroisie véritable...
Comme nous sommes petites mes sœurs,
que nous ne sommes rien sans l'autre...
Voyez mes sœurs, comme nous  ne sommes encore qu'au matin, et qu'il n'est pas encore midi,
voyez le messie arriver, portant sur lui le fardeau de la vie, 
rayonnant de l'effroi à ceux qui le portent,
aux autres, leurs joies, leurs peines, leurs espoirs...
Voyez mes sœurs, qu'il est sacré, entre le bien et le mal,
qu'il porte le secret. »

 Prius:
	«  Écoute notre Jaspée, entends ces belles vérités,
comme elle sait et ressent les choses comme personne,
comme il est midi à l'ombre de ma vie, ma sœur, mon Isis,
comme à cette heure en le voyant droit et fier j'ai envie de le saisir,
sait, comme au matin, qu'alors il n'était qu'un rameau, frêle et hésitant, emporté par tous vents,
quand tu ouïras au soir, qu'il ne serra plus que l'ombre de lui-même,
qu'il lui faudra une perche rigide pour le soutenir dans ses souvenirs, 
et que les derniers vents l'emporteront...
ne vois-tu pas comme il est fragile, comme il est noble et sensible,
comme au lieu de voir le mal parce qu'il t'a fécondé,
n'oublie pas ma Isis, qu'avant tu savais le bien... » 

Isis:
	« Le secret, balivernes,
qu'avant de le rencontrer, j'étais bien. »

Prius:
	« Mais tu n'es pas mal! »

Isis:
	« Non, j'ai été l'eau à ses pieds, et voilà que je porte ses fruits,
que je pourris de l'intérieur d'un sucre qui n'est pas mien,
qu'avant j'étais pure, j'étais verte comme le Printemps... »

Jaspée:
	« Chut... Écoutez! La voilà... »

(Athalie ouvre soudainement les yeux et déclame fièrement)
Athalie:
	« J'ai détrôné le maître figuier; 
je l'ai renversé pour qu'il ne se relève plus jamais,
	...et qu'il gise là sur le tombeau de sa vie; 
		...je l'ai lacéré, décimé, tronqué, fait de sa chaire des fagots de feu de joie, 
			...et voici, mes sœurs, à vos pieds, les sarments de cet impie des lois, 
...de qui les dieux n'ont rien exigé, 
		mais au contraire, ont tout permis, 
				tout accordé, tout pardonné...
...et c'est à cause de lui, mes sœurs, que nous portons le poids du remords et du pêché;
que le sang de nos veines est gâté bien avant que de pouvoir jouir de cette ingrate vie, 
que celui qui au loin nous aperçoit, sait déjà, que nous sommes ses ennemies,
que le mendiant a peur et s'enfuie, 
que les réponses à nos questions ne viennent pas, 
et que nos demandes restent vaines... »

Isis, Prius:
	«... Quoi? ...Qu'entendons-nous? »

Jaspée:
	« Comment, ma sœur,... qu'as-tu fais là? »

Prius:
	« Je ne pourrai plus profiter de dessous son feuillage avec le tendre pâtre,
là ou nous nous abritions, à l'abri de tout danger, je ne pourrai plus être bercé par le bruit du vent dans ses feuillages...
Aussi le chevalier ne me serrera plus dans ses bras, ni le garçon de ferme, ni le bohémien, ni le curé...
Il n'y aura plus de lieu pour cacher mes clandestines amours?
(hébétude)
...Car au fond, grâce à lui, je les aimai... »

Isis:
	« Ah, non! Je ne veux pas porter ses fruits,
je refuse de m'alourdir de ses fruits de malheur,
je ne porterai pas le poids qui lui-même germera...
putréfiant l'air de ces cellules rongées!
Ah! Ma sœur, quelle nouvelle, 
il est mort celui qui donnait le mal?  Il est donc mort celui qui donnait le mal! »


.Jaspée:
	« Las, il n'est pourtant midi, que déjà l'arbre a été abattu,
et par toi, ma sœur? De tes mains? »

Athalie:
	« Vois, ma sœur, ma Jaspée aux yeux de lumière,
Vois! Comme je porte sur moi le sang d'un autre, comme ma robe est souillée de la sève de cet arbre,
qu'en son nom, il n'y aura plus de processions... »

Jaspée:
	« Ainsi ma sœur, tu as tué le porteur du secret!
Quel est ce rouge sur tes joues? Est-ce de honte, de jouissance ou d'effroi? »

Athalie:
	« Point là, ma sœur, ce n'est que de l'action qui vient d'être. »

Jaspée:
	« Réjouis-toi, ma sœur, plus personne ne portera ses fruits ».

Athalie:
	« Pas même sa mémoire, qu'on lui crache dessus! »

Prius:
	« Comment, alors, me rappellerai-je tous mes amants?
Leurs noms, sur son épaisse écorce, étaient gravés!
Comment dès lors, ferra la rivière pour couler?
Comment trouver le repos à l'ombre du frais? »

Prius, Isis, Jaspée:
	« Oh, malheureuse, pourquoi as-tu levé les yeux?
Pourquoi as-tu levé les yeux sur lui? »

Jaspée:
	« Ainsi s'achèverait l'énigme?
Non, cela ne se peut... »


 
 
Chapitre III: Acte II
[Variante: On peut illustrer cette  scène de dialogue en faisant parler les deux acteurs
 en les asseyant sur une souche dans un sous-bois.]

(entrée de Dimitrius, à pas lents et mesurés, peut-être hésitant...)
Prémius:
	« Il est dit qu'Eschyle fit intervenir le deuxième acteur, dès lors le jeu de la Tragédie se diversifia avec l'infinité de possibilité apportée par l'apparition du dialogue. C'est pourquoi je me permets de vous présenter Dimitrius: »

Dimitrius:
	« Que penses-tu, mon cher Prémius, de cette terrible affaire? »

Prémius:
	«Je pense, mais je me tais. Qui sommes-nous pour juger de pareille affaire. En cela comme en tout autre, nous ne sommes que des spectateurs. »

Dimitrius:
	« Mais ne penses-tu pas que nous avons le pouvoir d'agir? Que nous sommes doués d'un pouvoir, un pouvoir accordé par les dieux pour nous laisser agir selon leurs plans... ou seul? D'un pouvoir, comme Athalie a prit le pouvoir de tuer l'arbre sacré? »

Prémius:
	« Je pense, je ne sais pas l'énigme, je me tais. »

Dimitrius:
	« Tu penses, mais comme tu ne sais pas l'énigme tu te tais. Voilà qui fera bien avancer le dialogue, et ma venue aussi... »

Prémius:
	«Ne le prends pas ainsi, jeune second, tu es jeune, et je croyais que ton sang jeune aiderait le mien à couler plus vite dans mes vieilles veines. Hélas! »

Dimitrius:
	« Puisque c'est ainsi, reprenons les sœurs d'Œdipe là où nous les avions laissés; nous aurons ainsi plus de temps pour réfléchir... »

Prémius:
	« Tu as raison, petit, le soleil est déjà haut. Regardons dehors pour mieux regarder dedans: »

***

Jaspée:
	« Écoutez sonner le glas mes sœurs, il est midi. »

(silence angoissé)
Prius:
	« Oh, non, ce n'est pas possible! »

Isis:
	« Tu dois te tromper, c'est le coq qui annonce le soleil,
ou bien c'est Orphée qui accorde sa lyre... »

Athalie:
	« Ça y est , le soleil est haut dans le ciel!
Je le vois rayonnant sur son char de victoire! »

Jaspée:
	« Faisons vite, mes sœurs, prenons réflexions, tranchons, agissons... »

Isis:
	« Voilà qui est bien parlé, mais, que pouvons nous faire de nos corps sans armes, 
moi, lourde des fruits, 
Athalie, du sang de ses crimes, 
Prius, naïve comme aux premiers jours, 
et toi qui de tes yeux ne vois rien? »

Jaspée:
	« Oui, mais nous savons qu'il y a énigme, et là où il y a matière à penser, il y a matière à se nourrir. »

Prius:
	« Oui, et là où il y a matière à se nourrir, il y a matière à sourire... »

Isis:
	« Cesse là de tes sourires, tu vois bien que personne ne te les rend, 
qu'ils les prennent comme un dû, comme une chose qui vient avec la vie, 
qui part avec la mort, et que sans la valeur qu'ils ne peuvent voir, ils la perdent comme la Fortune,
les semant au hasard d'un chemin, laissant l'offrande au bord d'une rencontre,
les laissant se dessécher et perdre vie comme les rayons du jour sur leurs tumultes,
ils se disent que demain en viendra bien d'autres,
et c'est comme cela que l'on égare les trésors de l'univers.
Songe donc ma bonne, ma trop généreuse Prius, 
toi, qui chaque instant honores hommes et dieux de tes plus belles offrandes, 
que deviennent ces dons de toi, chaque miette de toi-même que tu offres à te perdre, 
qui te les rendra, qui t'honorera quand il n'en restera plus,
plus une miette de toi, ma douce, ma naïve Prius? »

Prius:
	« Isis, tout doux, ...ma brave, qui porte la peine que les autres n'ont pas suent ni garder dans les abîmes de leur cœur, ni s'en défaire, ni la détruire; ceux-là qui t'ont fait don pour sourire du poison qu'ils ont insufflé dans tes veines; ceux-là ont gardé pour eux leur part de biens, qu'ils ne savent pas ni posséder, ni qu'ils possèdent, quelque part tout au fond d'eux. Et qu'il suffit de retourner tout au fond d'eux la boue épaisse des marécages qui ont noyé, emprisonné, l'échelle de rameaux et les graines d'un nouveau jardin, ceux-là, sous les croûtes sèches de terres qui étouffent leur cœur, les maintenant en demi-vie, porte les fondations de l'Eden. Si la chaleur de ton sourire, et l'espoir qu'il porte, peut faire fondre au moins un peu la couche terreuse qui les étouffe, alors ton sourire ne sera pas perdu, il se posera quelque part, en attendant un prochain voyage, une nouvelle terre à conquérir, ainsi navigant de flots en flots sans repos. »

Athalie:
	« Il va mourir ton sourire, à force et peine de se blesser à des cœurs de pierre.
Il va se blesser et s'essouffler, et périr. 
Tu peux d'ors et déjà remercier les bourreaux qui creusent ta tombe, ceux-là qui se veulent aveugles, aveugles d'eux-mêmes, de ne pas voir la souffrance qu’ils se plaisent à nourrir, et qui telle la vermine, croissent chaque jour en dévorant les restes de leurs entrailles, le cœur de celui-ci, la foi d'un autre... Et le parasite qui les dévore les aveugle d'eux-mêmes, ils ne voient plus que la femme qui coucha avec sa mère et tua son père, l'autre qui porte en son ventre sa peine, celle qui se perd en s'offrant à tous, ou encore l'aveugle que personne ne veut écouter, oh, comble du malheur, qu'ils voient muette et sourde...
C'est ça, que sous le soleil de midi, au cadran, tu vois, ma pauvre Jaspée? »

Jaspée:
	« Celui qui fait des choix n'est pas aveugle, mais il choisit bien trop souvent de l'être.
Qui a dit qu'on ne voyait bien qu'avec ses yeux? Mes yeux ne voient peut-être pas si bien la lumière du divin soleil qui brûle les ailes, mais ils voient l'univers, ses choses, ses êtres et ses dieux, ce qui avance et ce qui recule, ainsi je vois très bien de mes autres sens la danse qu'il fait. Je suis riche de tout ce que tu ne vois pas, car celui qui remet en doute ce qu'il affirme s'ouvre à toutes les choses. Aussi bien que je ne suis rien, je suis tout.
(instant de silence)
Je suis le cœur et je suis la pierre, je suis le sphinx et le papillon, je suis vivante et je suis dieux...
Alors ma peau est cadran et je sens les rayons me chauffer de leur plus bel éclat! »

Isis:
	« Tu sembles bien présomptueuse, tu n'as que deux jambes hésitantes et tu ne peux t'apercevoir toi-même; nous-même, voyantes, nous ne voyons jamais qui nous sommes; nous sommes et serons toujours dans l'ignorance de nous-même, comment dès lors peux-tu te voir dans notre reflet ? »

Jaspée:
	« Tu doutes, mais tu es convaincue de douter, alors tu suis hébété ce qu'on a voulu que tu sois depuis toujours, et sans même que tu aies eu l'ambition de te vouloir, tu portes le poids des autres... allons:
(un instant de réflexion)
Il est midi mes sœurs, et que pouvons nous faire de nous, debout et droites sur nos deux jambes, ne sachant pas qu'en faire et où courir. Il y a quelque part certains qui écoutent et attendent de nous des réponses à l'énigme. Que sommes-nous, que pouvons-nous faire et où irons-nous? Aussi, il faut faire vite car il est midi, et les rayons du soleil nous pèsent comme l'énigme, et vont nous fatiguer… »

Athalie:
	« J'ai lutté contre lui pour prendre sa place, aussi lutte contre lui la nature, les choses et les animaux, les autres aussi et les dieux tantôt le protègent, tantôt le condamnent. Pourtant, je ne sais qui il est, son ombre est comme deux arbres joignant leurs rameaux. Il avance dans la nuit et se croit mendiant; erreur, de ne pas voir ses propres richesses! »

Isis:
	« Il marche toute la nuit, errant parmi les vivants, touchant tout ce qu'il trouve, pleurant sa perte avant-même de l'avoir abandonné derrière lui, il ne sais même pas s'il tourne le dos aux choses... Il a semé sa peine dans le cœur de quelque muses, qui chantent sa complainte jour et nuit, et qui errent dans la souffrance avec lui en fécondant sa peine... »

Prius:
	« Peu importe que je fasse l'amour avec eux ou un autre, c'est comme ne faire l'amour qu'à un!
Je l'ai rencontré sur mon chemin, parmi d'autre et lui ai donné un sourire qu'il n'a sans doute pas vu, lui et ses miettes d'autres, je l'ai aimé, il a passé et s'est enfui, lâchement, laissant sur ma peau encore brûlante, les séquelles de sa souffrance...
Je fonds, je fonds, ma peau de cire s'obscurcit...
Non, non, je n'ai pas mal, je ne souffre pas, ce n'est qu'une blessure parmi d'autre dans ma chair... »

Jaspée:
	« Et si je ne le connais par un seul, c'est qu'il est partout sur cette terre, lui, traçant d'immonde cicatrices qui en font jaillir le sang de feu, lui, le gardien des lumières qui ne l'éclaire pas, il avance dans ses flammes et se consume, inlassablement re-naît et meurt, se brûle de son savoir par son ignorance, se remettant aux dieux qu'il a trahi mille fois et qu'il supplie... mille autres fois. »

Isis:
	« Que je maudis celui qui enlève le tapis de cuivre de la terre en automne...

Athalie:
	...celui qui hôte à la terre son manteau d'hiver, d'un coup de pelle sec...

Prius:
	....celle qui cueille la fleur du printemps...

Jaspée:
	... et ceux qui se cachent des beaux rayons du soleil! »

Athalie, Isis, Prius, Jaspée:
	« Ah! qu'ils soient maudits tous! »

 

 

Chapitre IV: Acte III
(entrée de Terius, calme et léger)
Prémius, Dimitrius:
	« Il est dit que Sophocle fit intervenir le troisième acteur, dès lors le jeu de la Tragédie se diversifia avec l'infinité de possibilités apportées par ce nouvel intervenant. C'est pourquoi nous avons l'immense plaisir de vous présenter Terius: »

Terius:
	« Que de violence et de sagesse dans le cœur de ces muses, elles souffrent toutes et ne sont qu'une, elles jouent contre le temps et le temps se joue d’elles, pauvres créatures... »

Dimitrius:
	« Pauvre Terius, te voilà un être aussi sensible que notre bien aimée Prius, est-ce bien là une qualité pour un poète, qui mêlerait trop de sentiments et d'afflictions dans ses chants, est-ce qu’Homère aurait pu nous raconter la mort d’Hector et les aventures d’Ulysse s'il les avait trop aimés. Ne t'éprends d’aucune d'elle, ce ne sont que des sorcières, des créatures doubles, qui montre faiblesse en emportant la force, elles t'enfoncent leurs griffes à peine parties, regarde ce qu'elles ont fait de notre Orphée… »

Prémius:
	« Calme ta rancœur jeune Dimitrius, elles sont aussi faibles que toi, font de semblables erreurs à nous autres, mais en plus de leur culpabilité, elles portent la nôtre...
Mais elles cherchent, elles cherchent, et faiblissent moins vite que nous quand il s'agit de sauver l'honneur, alors que nous nous effondrons, elles continuent par-delà leurs forces à défendre les restes de leurs vies...
Et nous? Que faisons-nous? Nous les lapidons pour les empêcher de se relever, nous asseyant sur leur dépouille alors que nous sommes déjà morts... »

Terius:
	« Qu'elles sont belles, en luttant, en les aimant tous, en portant leurs fruits, en les guidant, sans rien attendre que de se trouver, de trouver l'énigme! Je suis peut-être le plus jeune, mais il ne me faut pas plus de temps pour savoir qu'elles l'ont trouvé en elles et qu'il ne reste plus qu'à le voir vraiment, à le nommer! Elles vont accoucher de lui en le tuant, en même temps qu'elles lui donneront la vie. Ces quatre muses ne sont qu'une qui n'en cherche qu'un. »

Dimitrius:
	« Mais que dis-tu là? Serrais-tu sous le charme de l'une d'elle? Tu parles comme Jaspée, t'as-t-elle charmée?
Tu te défends comme Athalie, tu es fier et blessé comme Isis, tu les aimes toutes comme Prius; Mais pourquoi les défendre? »
Prémius:
	« Calme-toi, mon enfant, tu es aussi emporté que les chevaux d'Athènes. Je suis maintenant vieux quand je vous vois, et j'en sais trop pour savoir vraiment quelque chose, tout est confus dans mon esprit, je ne sais s'il en faut défendre une ou accuser l'autre; ce que je sais, c'est que le masque tombera et que le caractère apparaîtra.. ». 

Terius:
	« Tous les boucliers cachent derrière leur dos bombés une face creuse, et le guerrier n'en voit bien souvent que le creux alors que l'ennemi ne voit que le bombé. Cependant l'ennemi est un guerrier et le guerrier est l’ennemi d'un autre... »

Prémius:
	« Souvenez-vous, elles nous ont senti, elles savent que nous les écoutons, que nous attendons leurs réponses, alors, oui, en cela, je crois qu'elles perceront le mystère bien que la fatigue ne tarde à se faire sentir, car midi est passé et le jour poursuit sa course vers le soir... »

Prémius, Dimitrius, Terius:
	« Oh! Lumière du soir! »




***

Isis:
	« Mon dos me fait mal, je sens mon ventre tomber de plus en plus, entraîné par le sol, la couche de feuilles mortes, dorée et parfumée... »

Athalie:
	« Je sens mon cœur se draper d'effroi, l'ombre passer et mon cœur se glacer! »

Jaspée:
	« Quelles sont ces fleurs que tu cueilles ? »

Prius:
	« J'arrache leurs pétales avant qu’un autre ne le fasse! »

Jaspée:
	« Mais il fais encore jour, et la fragile lumière nous berce qui décroît! »

Athalie:
	« Mais l'énigme nous hante, qui nous empêche de veiller. »


Jaspée:
	« Mes sœurs, nous allons trouver, bien que le jour nous quitte et que nos forces baissent ! »

Athalie:
	« Peut-être n'y a-t-il point d'énigme, et tout ceci ne serrait qu'un leurre, je serais née sans père et sans mère,... ou peut-être ne serais-je pas née du tout? »

Isis:
	« Peut-être mon ventre serait-il vide et je ne souffrirais pas? »

Prius:
	« Peut-être d'amants il n'y aurait point eu, mais des songes, des souffles d'Apollon ou de Dyonisos? »

Jaspée:
	« Peut-être n'y a-t-il rien? Mais nous sommes là sur cette scène, devant ce public qui attend de nous la réponse...
Spectateurs, si vous savez l'énigme, dites-là nous!
(instant de silence angoissé)
Vous n'entendez rien?

Athalie, Isis, Prius:
	Non, ma sœur, nous n'entendons rien...(soupir) »

Jaspée:
	« Alors mes sœurs, c'est à nous qu'incombe la tâche de trouver! Soyons fortes et décidées. Toi ma sœur, Athalie, qu'as-tu à proposer, dis-nous tout ce que tu sais, tout peut nous sauver!

Athalie:
	« La femme, être qui commence et fini par une seule bouche...
que sais-je encore,... nul n'a de pouvoir en cette terre mais tous peuvent tuer...
ou bien encore... au soir, tu verras tes racines qui te porteront comme ton passé...
Non, non, non, tout cela n'a aucun sens! »

Jaspée:
	« Et toi ma brave Isis qui porte le monde? »

Isis:
	« Non, non, je n'en sais pas plus, mais je veux bien essayer...
Mhhh... voyons... La femme, être qui commence et fini par une bouche, non...
Le mâle, celui dont le cou se fait sexe et dont le sexe se fait cou... non... »

Jaspée:
	« Essaye encore! »

Isis:
	« D'entre tous les mots, ceux que je choisis sont les tiens!... non,
D'entre toute les terres, celle que je préfère est l'univers, non...
Il n'y a pas de fruits, il n'y a que la mort...
oh, non, je ne peux pas, mon ventre me fait trop mal... »

Jaspée:
	« Alors à toi ma douce Prius! »

Prius:
	« La femme qui n'a fait l'amour qu'avec un seul homme l'a fait avec tous...
En lui révélant la vérité, elle lui crève les yeux...
Et la péripatéticienne dit : Peu importe que je fasse l'amour avec toi ou un autre, car à vous tous, vous n'êtes qu'un!
Oh, que sais-je, moi qui ne sais rien, qu'il faut parler d'amour, car le geste est le symbole...
Que l'on naît ignorant et qu'il nous faut apprendre même à mourir...
Qu'il est un être différent de nous...
Qu'il viendra celui dont on parle, qu'il est choses, qu'il est tout?
Que la bête avait raison et qui nous mangera?
... Mes sœurs, mon cœur se meurt, c'est la clarté du jour qui l'a aveuglé!
J'ai peur! »

Jaspée:
	« Mes sœurs, le jour s'affaiblit et nous entraîne avec lui, 
essayons encore, dans un dernier effort, eux non plus ne savent pas, et comment dès lors, nous, nous saurions ce qu'ils ne savent pas? Est-ce dans un tourment de nous-même, dans les profondeurs ignorées que se cache la vérité, mes sœurs, je commence à douter, car moi aussi j'ai peur. 
Ils ont tous leurs regards posés sur nous, je le sens; je les sens impatients, prêt à nous dévorer si nous faiblissons, si nous esquissons la moindre valse, si nous chancelons, ils sont comme des bêtes furieuses qui se taisent pour mieux nous saisir, n'entends-tu pas ces petits grognements, ces toux, ces raclements de gorges, tous ces signes qui trahissent la bête aux aguets?
Et vois-tu, je les envie, car il me font honte d'être ici, à savoir sans pouvoir le dire, à chercher sans oser trouver, dire que je peux prédire, oui, que la fille de notre frère défendra le sien avec autant de courage qu'un lionne. Qu'entre deux, il y a toujours l'un qui péri, quand l'un perd la vie, l'autre la prend... »

Prius:
	« Mais qui? »

Jaspée:
	« Enfin, tu dois bien le savoir, il s'appelle... il s'appelle... il s'appelle... »

Isis:
	« Mais comment veux-tu qu'il puisse s'appeler si nous même nous ne savons où il est, ni qui il est, et encore moins comment il se nomme? »

Jaspée:
	« Ce n'est pas ça, lui, il sait mais ne vient pas. Allons mes sœurs, continuons de chercher!
Vite, le temps joue contre nous et la nuit nous gagne qui va nous dévorer! »
[chacune vide de ses poches d'objets insolites durant la recherche: montres, 
 peignes, canards en plastics jaune, gants, brosse à dents, ou selon l'imagination du metteur en scène,
 bien sûr, il est possible que ces objets soient invisibles ou qu'elles ne vident pas leurs poches....]

Prius:
	« Ceux qui m'aiment m'aimeront toujours, même quand je délire... »

Athalie:
	« tais-toi, ma sœur, je crois que je délire! »

Isis:
	« Quelle créature nous a envoûté? »

Prius:
	« Appelons-le! »

Athalie:
	« Qui donc? »

Isis:
	« Mais lui, celui qui causa tout nos maux! »

Jaspée:
	« Celui qui fit naître son langage dans la cire... »

Prius:
	« Et qui tomba de sans ses ailes! »

Athalie:
	« Celui qui prit le figuier pour marcher encore quand ses jambes faiblissent. »

Isis:
	« Et qui montra au monstre qu'en faire, 
qui frappa, gagna, et enseigna à ses bâtards comment le rendre plus fort,
et il s'assit sur la souche, et cependant qu'il dominait la colline, 
le rameau ne quitta plus sa vieille main... »

Jaspée:
	« allons, mes sœurs, appelons-le! »

Prius:
	« J'ai peur! »

Isis:
	« Es-tu lâche? »

Prius:
	«  Je suis tendue comme la corde de l'arc! »

Athalie:
	« Alors lance ta flèche! »

Prius:
	« Il est comme la demeure, et pourtant, 
comme la Terre, il peut se retourner pour ne plus jamais revenir... »

Athalie:
	« Il est comme la mère et l'épouse... »

Isis:
	« Il est le monstre des temps passés et de ceux à venir... »
	/ 	« Il est le monstre des temps passés et est de ceux à venir... » (?)

Jaspée:
	« Mais de quel métal est-il fait? »

Athalie:
	« Or? »

Isis:
	« Argent? »
Prius:
	« Bronze? »

Athalie, Isis, Prius, Jaspée:
	« Homme! »
(attente)

Athalie:
	« Pourquoi ne vient-il pas, le traître? »

Isis:
	« Il est peut-être trop faible? »

Prius:
	« Et de celui qui ne voit? »

Isis:
	« Que ses rameaux lui servent de chemin! »

Prius:
 « Et de celui qui s'oublie? »

Athalie:
	« Alors il s'est perdu... »

(...)

Jaspée:
	« Mes sœurs! Il est le soir! »

 
Chapitre V: Exode

Terius:
	« Croyez-vous qu'il est trop tard? Que l'eau à la clepsydre s'est tarie ?
Et d'ailleurs, qu'arrive-il quand un soir fini? »

Dimitrius:
	« Oui, dis nous Prémius, ce qu'il arrive après la fin? »

Prémius:
	« De quelle fin parlez-vous, il n'y a jamais de fin,
après qu'une clepsydre se soit vidée, une autre est remplie,
il en est de même pour les choses, celui que vous attendez,
si vraiment vous attendez, viendra dans un autre alliage, 
qu'avec le cuivre, on fait l'érain et le bronze... »

Dimitrius, Terius:
	« Alors il arrivera? »

Prémius:
	« Il arrive toujours quelque chose à qui veut savoir! »



***


Jaspée:
	« Mes sœurs, voilà passée les douze heures, maintenant viendra le treizième à la table du temps. »

Isis, Prius, Athalie:
	« Sous l'aqueduc, mes agneaux, coule la Cène! »

(...)

Prius:
	« Jaspée, est-ce trop tard? Que vois-tu ma sœur, dis-nous?  
Nous avons froid et nous sommes fatiguées de cette longue journée 
qui sera notre dernière lumière... »


Athalie:
	« Que t'arrive-il ma sœur? »

Isis:
	« Ah! Mes sœurs! Ah! Mon ventre, il me fait mal! Je sens mon sein qui va exploser! Ah! 
Venez à mon aide! Courez à mon secours!!! »

Prius:
	« Que pouvons-nous faire ma pauvre sœur, nous n'avons plus de force. »

Athalie:
	« Et nous allons bientôt nous éteindre... »

Isis: (elle accouche)
	« Ah! Me voilà vide, mes sœurs, adieu... »

Athalie, Prius:
	« Ma sœur, ne nous quitte pas!
Ne pars pas avant nous, nous te supplions à genou,
de mille lamentations nous t'implorons! »

Jaspée:
	« Mes sœurs, regardez! Il est là... »

***

Terius:
	« Regardez, mes amis, elles sont endormies...
Oh, et cette façon étrange de dormir... »

Prémius:
	« Oui, leurs yeux brillent et leurs bouches sont du gâteau de miel...
Elles voyages  désormais sur la barque d'un autre Morphée. »

Dimitrius:
	« Maintenant elles savent, l'énigme est-elle résolue? »

Prémius:
	« Le sort est à tous.
C'est à chacun d'en décider... »								FIN	

 

 

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