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L'éternelle heure du thé

Textes, théâtre et poésie de L.H.C. (Tous droits réservés)

Hérinye(s)

William Bouguereau, Les Remords d'Oreste, 1862

 

Je suis le néant d’après votre mort.

Je suis le néant qui suit votre mort.

***

Le monde avance masqué.

Je suis en toi.

Je suis la couleur que tu ne vois pas.

Le parfum que tu ne sens plus.

Je suis un peu les autres qui te rappellent toi.

Je suis celui qui te sert dans ses bras et qui te fait jouir.

Je suis celui qui t’abandonne au bord du chemin et puis te laisse mourir.

Je suis ton ombre quand tu te retournes, qui te suis et que tu ne vois pas.

Je suis au bord du néant et je te vois.

Ne me fuis pas.

Ce n’est plus la peine, je suis là.

Je suis le souvenir des choses qui te semblaient meilleurs, les mêmes aujourd’hui encore, mais qui ne le sont plus et tu ne sais pas pourquoi.

Je suis la trace qui marque ton corps sans que tu le veuilles.

Je suis l’odeur de brûlé qui sort de ta gazinière.

Je suis ton passé qui te revient en pleine face, toutes ces photos déchirées.

Je suis l’objectif subjectif en permanence braqué sur toi.

Je suis le double, le négatif des choses que tu voulais oublier.

Je suis amour pour toi, et haine, et passion, et désir, et folie pour toi.

Je suis ton reflet quand tu te regardes dans la glace.

Je suis ce que tu détestes et ce que tu aimes le mieux.

J’étais ailleurs, je suis revenu.

Tu me croyais ailleurs, je suis ici.

Je suis le meurtre au fond de toi.

La violente douceur.

Je suis tes rêves dans la nuit.

J’essuie la pluie sur ton visage.

Jésus la fatigue de ton corps, je l'ai porté comme une croix.

Et je m’en suis fait religion.

Je me suis fait religion de toi.

***

Dans un instant je saute dans le vide.

Je n’y suis pas.

Tu peux attendre.

Je sais que tu n’attendras pas.

C’est déjà trop tard.

***

Il faut couper les veines, couper le fils, briser les miroirs.

Il faut tout achever.

Ne plus jamais avoir à recommencer.

C’est bientôt la dernière fois.

Après nous prendrons le train.

Pour ailleurs. Et ailleurs c’est nulle part.

***

Ça tombe bien, je n’aime pas ça.

Ça tombe bien, je tombe mal.

***

Non je n’ai pas mal merci.

Nous vivons et c’est le prix à payer quand nous vivons.

Les yeux fermés nous avançons, sans cesse nous trébuchons,

nous glissons sur des tessons de verre.

Nous éraflons nos joues, nos coudes, nos cœurs.

Mon cœur est en feu.

Mon cœur est un brasier qui brûle.

Un bûché sans limite qu’aucune glace ne vient apaiser de ses bras.

Glace qui n’est pas, viens serrer dans tes bras, tout contre toi, contre ton cœur qui bat, mon cœur embrasé.

***

il est tombé cassé brisé plus de cœur le cœur en miettes

crumbles

à déguster à la petite cuillère uniquement

érafler giroflée muguet

les poings serrés dans le dos la main tenant son propre couteau

***

tombé

la main qui répand son sang

la main qui ne peut plus décrocher le téléphone

la main qui pleurerait si elle avait des yeux

une main muette qui dit tant de choses dans la langue des signes

aussi gracieuse que ces oiseaux au plumage blanc étincelant

la main qui serre la main

la main qui caresse le corps

la main qui lave la peau

la main qui gratte la tête

la main qui tient ce qu’on lui donne

la main qui sert jusqu’à ne plus lâcher

la main abandonnée quand le reste du corps l’est aussi

la main qui continue de pousser

les ongles

à l’infini du limité

la main pousse et repousse les cuticules et les peaux mortes des souvenirs

***

Adieu la main

***

Maintenant est ailleurs

***

L’écume des climats du corps.

***

Loin loin perdu au loin il y a la mer

après je ne sais pas

il y a toi

alors il n’y a plus rien

il faut que tu t’en ailles

car quand tu es là ton ombre dévore tout

il faut que tu t’en ailles pour que ton ombre disparaisse

et que les choses puissent réapparaître

Et je te grifferai doucement, encore et encore...

Me voilà, abîmé dans les soirs stellaires.

Aussi profondément ouvert qu'un trou noir de mes pensées.

 

Tandis que je pleure les larmes molles de ma bouche ensanglantée.

Une étoile sur ta peau, murmure comme un ruisseau.

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