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L'éternelle heure du thé

Textes, théâtre et poésie de L.H.C. (Tous droits réservés)

L'autre nom

L’autre nom. Il m’arrache la bouche. Il est mon syndrome de l’imposteur. Et pourtant, il figure sur ma carte d’identité, mon passeport, ma boîte aux lettres. C’est une part du passé que je ne peux pas tout à fait oublier, qu’il est impossible de renier. Il n’est pas moi.

C’est le nom que m’a donné mon père, comme on appelle un objet. Sait-on si une chaise a envie de s’appeler chaise, si un livre se reconnaît quand on le nomme livre ? Je ne me reconnais pas, je suis l’image d’un autre.

L’autre nom. C’est cet(te) étudiant(e) à l’université, celle (celui) qui obtient des diplômes pour éblouir le souvenir du père. Celle (celui) qui enseigne dans les amphithéâtres devant des étudiants, se fait tout-e petit-e pendant les réunions, caché(e) sous un prête-nom comme une actrice (un acteur) sur scène.

L’autre nom. Il me revient parfois en mémoire et me donne la nausée, l’envie de sauter par la première fenêtre venue, de dormir pour toujours sur le lit, comme avant.

Il est l’insulte blessante des amis qui me connaissent depuis trop longtemps et qui ne peuvent pas faire d’effort.

L’autre nom est déchéance, angoisse, échec et détestation.

L’autre nom effacé, c’est le gage d’être enfin, un peu soi-même, libre et heureux (heureuse), de faire de l’ambiguïté un gage de liberté.

L’autre nom ne s’effacera jamais tout à fait, aucune loi, aucune joie, ne peuvent effacer la cicatrice qui restera à jamais – plus qu’au fond de soi – soi-même, une plaie béante qui aspire au bonheur.

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