Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
L'éternelle heure du thé

Textes, théâtre et poésie de L.H.C. (Tous droits réservés)

Au sujet du Néant

La fin du monde est un commencement en soi.

 

 

Charles Filiger, Correspondances chromatiques

 

Sur un air du Boléro de Ravel. Je répète : « Il » est une femme.

C'est inéluctable. Rien ne peut être autrement.

C'est de là que vient le monde.

C'est à lui que tout reviendra.

En l'occurrence, « Il » est une femme.

En réalité, il n'y a pas de réalité,

aussi tout ce que je vais dire en son nom est nul.

Vous aussi, en son nom, n'être pas la réalité.

Vous êtes peut-être quelque chose, mais pas ça.

*

Ils ne m'aiment pas comme je suis.

Ils m'aiment comme je ne suis pas.

Pour ce que je ne suis pas.

Personne ne suit qui je suis.

Personne ne saura qui je suis.

Même pas moi.

En l'occurrence, il n'y a pas de réalité.

Vous êtes peut-être la réalité, mais pas ça.

Vous êtes peut-être quelque chose, mais quoi ?

*

Comme il est vrai qu'il n'y a pas de réalité,

il n'y a pas de vérité. Et ce qui est vrai n'est pas toujours la vérité.

Or donc, il n'y a rien de vérité, et il n'y a rien de vrai.

J'affirme qu'il n'y a pas de vérité ni de choses vraies.

Tout ce que je vais affirmer ici devra être considéré comme nul et non avenu.

Juste une chose : Il est impossible d'affirmer.

*

Il y a des moments où tu n'as pas le choix,

il faut, tu ne peux pas faire autrement,

c'est un devoir, quelque chose ou quelqu'un te l'impose,

tu dois le faire, tu n'as pas le choix,

ou bien c'est un système… du moins ça doit être comme ça.

Tu ne sais pas vraiment, ça te pèse, mais c'est inéluctable.

*

Alors voilà, nous sommes ici pour nous poser des questions sur qui il est,

qu'est-ce qu'il est, ou encore qu'est-ce qu'il n'est pas ?

En règle générale (nous sommes d'accord, il n'y a pas de règle…

vous commencez à comprendre.)…

On considère (idem) qu'il n'existe pas.

On considère également qu'il est vieux et très barbu,

qu'il offre des cadeaux le 8 décembre,

qu'il est à l'image des hommes…

Ou qu'il n'existe pas.

Certain même, indécis, parient leur vie de son existence.

De même que l'on ne sait pas si on le saura un jour.

La majorité d'entre nous préfère se dire que oui.

*

Aussi je ne dirais rien en son nom

car je ne sais comment il se nomme.

Peut-être se nomme-t-il ?

Tout le monde n'est pas sûr de ce fait.

Il subsiste donc un doute, et c'est ce doute qui nous préoccupe.

Peut-être bien plus que l'amour,

peut-être bien plus que la mort,

quoique ces trois choses n'en soient probablement qu'une.

*

J'ai longtemps cru que c'était ça la fin du monde,

mais les douze heures sont passées comme du gâteau au miel.

Certes, un gâteau de miel au goût de guerre, de famine,

de bêtise et de rages incompréhensibles…

Banalité que d'en parler, ils penseront que c'est un topos,

un sujet énervant, surfait…

Mais c'est un malheureux lieu commun que de dire que certains ont faim

et que d'autres sont malheureux.

Qu'importe, tout le monde a faim, tout le monde est malheureux.

Et c'est un malheureux lieu commun que notre terre.

*

Ou bien sont-ce les hommes ?

Ces faiseurs de malheurs…

Et s'il y avait plus d'heures ?

Est-ce qu'on serait plus heureux avec des journées de quarante-huit-heures ?

Nul ne le sait…

Peut-être lui ?

Peut-être est-il « nul » ?

*

Révolution de papier mâché.

Tout est du papier mâché.

*

Et déjà le désordre, déjà le dés-ordre, de ce qui a commencé, continu, s'achève…

Non pas le désordre au sens du chaos. Mais le dés-ordre, celui du refus à l'obéissance, de la rébellion, de celui qui ne se plie à rien. Pas même un roseau pensant. Voilà, Maud, il n'est rien. Il n'est rien qui ne puisse être. Ni absent ni présent, rien que le mot, le fantasme de la pensée. Parions là-dessus, c'est déjà ça de gagné puisque nous ne saurons jamais ensemble qui de l'une ou l'autre a gagné. Mais c'est probablement Pascal. Qui sait ? Au fond est-il nécessaire de savoir ? Le plaisir ne viendrait-il pas [du plaisir] que l'on ne sache jamais.

C'est ainsi que Tout ne commence jamais. Mais si tu le veux parlons d'autre chose, mais quoique l'on dise, cela reviendra à ça, où bien nous ne parlerons de rien et cela reviendra à ne pas parler de ça. Ne pas en parler est différent de ne pas parler, tu en conviens. Bien alors sur ces faits, quittons-nous. J'aime encore mieux que cela se fasse comme ça. Viens embrassons-nous, il est déjà la fin.

*

Veuillez-bien rédiger s'il vous plaît, un chèque, à l'ordre de la fin du monde !

Nous l'encaisserons, toute suite, maintenant, car c'est déjà la fin du monde, pour tous, pour nous, pour vous aussi.

C'est déjà notre fin du monde, il va falloir recommencer, tel l'arcane sans nom, l'arc-âne treize, bête fantasme qui avance sans savoir, décroché, accroché à la lune, bref, il va valoir payer pour tout ça ; et recommencer, surtout recommencer, sans les fautes, sans les erreurs, sans les errances…

Payons pour le désordre !

Oui, payons de notre personne !

De personne, personne ne doit payer !

Soulève-toi la mer, il y a un mode à refaire !

Cesse de gronder, de détruire, de crier, nous ne t’entendons plus,

ou plutôt si, nous ne t’entendons que trop bien, nous somme toi la mer,

nous somme toi le ventre d'où tout pris forme et vie.

Nous t’obéirons dans le néant et tu feras ce que bon nous semble

puisque c'est bon pour toi, et que nous ne sommes qu'un,

toi la mer, et nous l'amer.

Nous prendrons goût à toi et nous nous transformerons en ta bonne volonté,

plus de tempête pour nous gronder, nous sommes toi la mer,

nous sommes sortis de tes eaux et nous te respectons

nous buvons et mangeons à ton sein, de tes céréales au goût salé,

de tes liqueurs aux couleurs ambrées.

De la robe de toi, de vert, de brun, d'embruns…

Nous nous vêtirons de toi et te revêtirons.

Élève-toi la mer, il y a un monde à défaire!

Un monde qui s'est gâté comme le fruit sur l'arbre qui ne serait pas tombé

Et qui aurait continué là de pourrir. Las peut-être.

Alors il faut se lever, s'emporter, dans un élan tout défaire

Et faire place à ce qui sera neuf, ce qui sera amour de toi,

une vie toute belle et si douce dont le mal est naturel

Défait de ce mal que les hommes ont placé sur un trône d'argent

en équilibre sur le vide…

Rampe placée. Ramper au sol comme des rats, des larves, des raz-de-marée…

Comme toi la mer, nous sommes toi, né de toi, de tes entres-trailles,

de tes volcans, de tes séismes, de tes passions, de tes fougues, de tes désirs.

Nous nous transformerons en amour pour toi, et nous partirons comme toi

eaux de ton corps, vers d'autres rives, peuple vivant et fluide

intégrante patrie de toi.

Et déjà le néant, déjà le recommencement…

*

« Pour la préparation du vermillon, on sublime un mélange de mercure et de soufre. » C'est ainsi que la synthèse du vermillon a été rapportée par Geber au VIIIe siècle en Perse.

*

Je mets les pieds dans le plat, ou seulement les doigts, un doigt de campagne. Dans une autre vie je serai pain d'épicier, et je monterai ma propre confrérie, composée de ma seule personne et de mon si délicieux pain d'épice fait de farine de seigle, de miel, d'un peu de cannelle et de poivre. Je serai alors très estimé. Et je m'en rincerai les doigts, par saint Rémy ! Mais un instant, cela sent un peu la moutarde…

Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article