Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
L'éternelle heure du thé

Textes, théâtre et poésie de L.H.C. (Tous droits réservés)

MONOLOGUE AVEC HOMME DANS L'OMBRE

 

 

 

MONOLOGUE AVEC HOMME DANS L'OMBRE

 

 

 

Rien sur la scène. Deux douches en guise de lumière, souvent le noir. Projections vidéos. Dans le vide et le rien résonnent les mots. L'attente. Une pause pour penser…

Se laisser guider. Ne pas avoir peur de partir dans ses pensées.

Comment mieux partir dans ses pensées qu'en ne s'échappant d'autre chose ?

Puis revenir et repartir, ayant vécu son propre spectacle.

 

 

Protagonistes :

 

Un homme

Une femme

(le régisseur)

 

 

 

Un acteur est au milieu de la scène avec une douche sur lui. On ne le voit pas, mais à sa droite est recroquevillée un autre acteur qu'une douche éclairera au moment dit.

 

Je suis né ce matin. Je viens juste de me lever pour la première fois, de respirer, de marcher, de me déplacer, de pleurer. C'est la première fois aussi que mes poumons se sont rempli d'air et que mon cœur a battu. Mais évidemment, toi tu ne le sais pas, puisque tu vivais déjà.

Je suis né ce matin donc.

Je suis né comme ça, tel que vous me voyez. Je suis là debout et je respire. Entendez-vous ma respiration. Attendez, je fais un peu de silence : écoutez bien. (moment de silence) Vous entendez ? Bien sûr si vous êtes un peu loin de moi vous n'entendrez que la vôtre, mais écoutez-la bien, c'est presque pareil. Écoutez bien encore une fois. Même la vôtre.

Pour moi tout est nouveau ici. Je ne me souviens pas d'hier. Je ne sais pas bien s'il y avait un hier. Vous vous souvenez de votre hier ?

J'ai des désirs. J'ai des angoisses. J'ai des peurs. Je suis là sur cette scène pendant que vous me regardez. Vous avez probablement payé. Payé pour ça. Pour moi ? Non, probablement pour vous, qu'est-ce que vous avez acheté ? Qu'est-ce que vous cherchez à acheter ? Qu'est-ce que vous fuyez ? Qu'est-ce que vous oubliez en venant ici ? Moi, je ne sais pas je ne me souviens de rien, je ne suis rien.

C'est aujourd'hui la première fois de ma vie. C'est ma première fois, mon premier instant.

Et vous, c'était quand votre premier instant ? Je ne vous demande pas la date et l'heure de votre naissance, car vous ne vous en souvenez pas. Je vous demande le premier instant ou vous avez pris conscience. Pris conscience d'être vous. C'est très flou tout cela et ça ne se fait pas comme ça, ce sont des fragments de consciences collés les uns à côté des autres, mis bout à bout. Jusqu'au moment où je vous devine là, dans votre fauteuil, confortablement noyé dans la pénombre, à vous oublier. Parce que c'est ça, vous cherchez à vous oublier au moment où je devrais moi-même chercher à m'oublier en jouant le rôle d'un fantôme dont l'âme n'est que mots et le corps n'est qu'encre.

Mais ça ne marche pas comme ça, parce que moi je n'oublierai jamais ce que j'ai appris en demeurant ici devant vous, et vous, vous ajouterez ce fragment de conscience à la masse de votre vie.

 

****

 

Je sais que le spectacle ne fait que commencer, que vous êtes encore tout agité, tout excité par la curiosité… Mais j'ai envie de vous demander une chose particulière. Je voudrais… Je voudrais obtenir de vous un instant de silence… Je voudrais que vous tous, là, qui êtes inconnu dans vos fauteuils, et que j'appelle moi, des spectateurs, mais bien sûr, vous êtes tous convaincu, chacun, d'être un individu, éventuellement, un spectateur… Eh bien je voudrais que toi spectateur-individu, tu t’unisses avec tes semblables, spectateurs-individus, et avec moi acteur, afin de nous offrir en ce début de représentation un instant de silence…

Tu es prêt ? Allons-y !

 

****

 

Après l'instant de silence, quand l'acteur juge la profondeur atteinte, le calme, les émotions traversées…. il reprend la parole….

Maintenant je ne vous embêterais plus avec ça, le silence. Il y en aura, mais je ne vous le demanderai plus. Je vous laisse désormais libre de profiter de ce spectacle ou de laisser votre esprit s'en échapper, et même votre corps si partager ces quelques minutes ensemble vous semble insoutenable, je ne veux pas vous retenir contre vous, mais je vous suggère tout de même de rester jusqu'à bout, rien que pour voir… pour entendre… pour prendre un moment avec vous-même ou tout du moins, si vous vous ennuyez tant que ça, à prendre un plaisir mesuré à vous ennuyer. L'ennui est une chose que l'on connaît si souvent sans l'apprécier…

 

J'ai envie d'être dans une maison perdue en pleine campagne, une maison où je pourrais peindre et écrire à longueur de temps, et aussi flâner de longues heures dans la nature. Une maison avec des jonquilles, plein d'autres fleurs colorées et parfumées, et des cerisiers du japon pour voir tomber les pétales roses avant la fin du printemps. J'ai envie de m'abandonner, d'apprendre à ne rien faire comme tous ces autres… apprendre à rester des heures couchées dans l'herbe, juste à être là, sentir le contact de ma peau contre l'herbe, contre mes vêtements, contre l'air… Une maison où il y aurait une cheminée pour l'hiver avec moult cousins et couverture, pour se blottir des jours entiers un livre à la main. Prendre le temps de vivre, de cuisiner, de laver son linge à la main, et passer le reste du temps, si toute fois l'envie de ne rien faire semble trop pénible, à ne pas faire grand-chose, à broder dans un coin, au bord d'une fenêtre comme ces femmes d'autrefois.

J'ai envie d'être seule où la solitude est une amie, ici, parmi les autres, la solitude est un fardeau qui ne nous quitte jamais, à et que les autres, nous la rappellent, à vouloir combler la leur par de minces artefacts.

Il y aurait cependant des amis qui viendraient de temps à autres, l'espace d'un jour, d'une semaine et peut-être même plus, pour goûter le charme du temps qui passe là où il est arrêté. Des hôtes comme chez eux, en ayant le plaisir de ne pas l'être.

 

J'ai eu du désir pour une femme, pour son corps, parce qu'elle était belle. Et puis quand sa beauté a fané, j'ai découvert qu'elle avait une âme.

 

Qu'est-ce que tu préfères :

avoir de beaux souvenir avec un être et pleurer amèrement sa perte ensuite,

ou rester dans la solitude, et être protégé des douloureuses larmes silencieuses.

Tu sais, parfois, ça vaux mieux! Mais les souvenirs, c'est quand même beau, mais souvent on ne s'en rend pas compte, où bien on est déçu, parce que rien ne vaut mieux que de pouvoir les observer, et quand on les vit, on ne peut pas les observer. Ce sont des illusions, des images, des clichés gravés dans l'inconscient collectif. Mais ce n'est pas notre faute, nous grandissons avec, nous grandissons dedans. Le "kitsch » comme dirait Kundera. Tout ce qui est mièvrerie mais nous émeut quand même, l'illusion du foyer, de la douceur, de la protection ou encore de l'aventure. Car c'est toujours ce que l'on a pas que l'on désire. Quand on est à l'aventure sans attaches paisibles, on les rêve, et quand on est confiné dan la douceur d'un foyer, une part en nous même nous hurle de s'enfuir, partout, n'importe où, ailleurs. Bien sûr toi tu ne peux pas comprendre, tu te dis que tu es heureux comme tu es, mais tu rêves chaque nuit d'être le jour alors que dehors c'est la lune. Trente ans après le temps de Kundera, nous ne pouvons que constater l'invasion grandissante du kitsch, s'insinuant partout, mutilant notre quotidien, notre environnement. C'est que nous sommes désespérément plongés dans « l'ère du kitsch ».

 

Qu'est-ce que l'amour ?
Nous marchons sur le même chemin,
Nous mangeons dans les mêmes assiettes,
Nous partageons la même couche,
Nous savons à force et douceur les secrets des corps de chacun,
Mais il me semble surtout, nous brûlons chaque fois de nous voir avec le même émerveillement qu'au premier instant,
Nous nous voyons comme des miroirs imparfaits l'un l'autre,
Et c'est parce que le reflet est beau, pas tout à fait lisse et bien poli,
Qu'il nous plaît sans cesse de le regarder comme une première fois.

Je t’ai donné mon corps comme s'il s'agissait de la première fois,
chacun avant toi étaient une première fois,
et chacun avant toi était un pas de plus vers toi,
chaque fois tentative d'admirer le miroir que tu es jusqu'à te trouver.
Pourtant, il se peut que toi aussi tu ne sois que l'ébauche du miroir,
Comment savoir, le miroir est si flou.
Et pourtant si jamais il était poli comme on peut les observer aujourd'hui,
j'aurais peur et je m'enfuirais…
Mais ton reflet est si confus, si pareil à une brume, et pourtant je m'y retrouve dans tes yeux...
Bien qu'ils n'aient pas la même couleur que les miens,
Ils regardent dans la même direction.
Ainsi nos deux reflets se font face en même temps qu'ils se tournent dans la même direction.

Pourtant nous ne sommes pas deux vierges nées dans l'instant de la rencontre,
un sculpteur aux mains fallacieuses nous a déjà travaillé auparavant,
Nous mélangeant encore à d'autres terres, nous assemblant et nous défaisant,
à ses yeux invisibles nous ne sommes que des ébauches.

L'amour n'est rien où toi tu es trop.
L'amour n'est qu'un mensonge,
Toi, tu es mon illusion;
et j'aime à te croire, à croire en toi,
comme un homme en un dieu.
Je te sais si immatériel, à la fois fait de chair et de sang,
Tandis que mon esprit ne peut s'empêcher d'interpréter avec un zèle déplacé l'écho de ton reflet.
L'amour n'est qu'une illusion, tu es bien réel, mais je te vois amour;
Je te vois, illusion.
Tu es, tandis que tu n'es pas pour moi…

Alors il me faut parcourir d'autres territoires de toi-même pour te croire ou te voir.
Je pars comme un nomade dans ton Sahara, assoiffé de te boire,
croyant à tous tes mirages et tes oasis…
Me heurtant à ton désir, aux étoiles de ta tendresse,
aux dunes de ta douceur, aux épaves de ta vie d'avant et de celle à venir…
D'autres aviateurs t'ont exploré avant moi; d'autres le feront.
Ton sable est chaud sous mes pieds,
Si suave que je m'y brûlerais les pieds sans même m'en rendre compte.
Si doux, que je me réveillerai de ta traversée comme après le plus doux des rêves,
De ceux qui vous transforment une journée en petit paradis ;
Si doux que ma vie n'en sera que meilleurs, sans heurt.
Puis l'oublie peu à peu s'installera dans ma vie, effacera ce doux rêve et le remplacera probablement par un autre.
C'est ainsi, tu le sais, et tu t’effaceras mon reflet, tu t’oublieras toi aussi dans les abîmes d'un autre reflet.
C'est ainsi, nous ne sommes pas tristes, nous le savons déjà.
Et nous courrons avec le même intarissable désir vers ces nouvelles illusions perdues, aussi vierges et heureux que des glaises fraîches.
Nous laisserons nos illusions s'évaporer dans la brume, se rendre au chaos comme il a toujours été promis.
 

J'avais besoin de vivre ce que j'ai vécu. J'avais besoin de faire l'amour puis de ne plus le faire ; j'avais besoin d'apprendre à aimer le sexe des hommes.

La voix de l'être dans le noir :

— Vous ne regrettez pas de ne pas l'avoir vécu plus tôt ?

Non. Il nous fallait vivre ce que nous avions à vivre.

La voix de l'être dans le noir :

— Pourtant il vous a plût dès la première rencontre.

Le destin a voulu que nous attendions la deuxième. Et je ne le regrette pas, s'il l'a fait ainsi, je crois que ça vaut mieux.

 

****

 

Projection vidéo d'une séquence en noir et blanc, un homme est assis sur un banc avec une femme, ou bien ils sont debout dans un couloir quand passe une autre femme.

FEMME

— C'est elle ?

HOMME

— Oui, c'est elle.

FEMME

— Elle est belle.

(HOMME

— Oui, elle est belle.)

 

****

 

Séquence sonore uniquement, la salle est plongée dans le noir, rien d'autre que les voix.

FEMME

— Que faisais-tu ?

HOMME

— Je parlais à un papillon de nuit.

FEMME

— Mais les papillons n'ont pas d'oreilles.

HOMME

— Je sais pourtant, qu'ils n'ont pas d'oreilles.

 

****

 

Il n'y a rien de plus érotique qu'un livre.

 

Il se tait un instant et semble vouloir tourner le dos au public mais avec hésitation.

 

Genève n'est pas une ville très belle, elle ressemble un peu à Paris, on y voit beaucoup d'immeubles haussmanniens de la fin du XIXᵉ qui font penser que l'on se trouve sur le boulevard Saint-Germain. Mais le nom des rues nous surprend en évoquant avec nostalgie un siècle des Lumières, un havre de neutralité où fusent les idées : rue du Contrat Social, rue Voltaire…

Mais ce qui l'éloigne de Paris, c'est ce fantastique croisement entre trois cultures – du moins architecturale, à ce que l'on peut y voir – frontalières. Imaginez qu'au détour de la rue Bonaparte vous tombiez sur une église Romane tout droit emprunté de Florence, ou bien encore une église à la lourde structure allemande coiffée de son chapeau vert et noir comme celle des cartes postales des villages paisibles égarés parmi les vaches et les montagnes…

Genève est tout cela. Trois langues s'y mélangent, le tramway rythme le temps en insufflant la douce mélancolie des romans de Simenon. Il y a même des restaurants italien. Un Paris aux toits de tuiles rouges. Souvenirs de Milan, de Naples, et de Berlin.

Genève, quelque part entre la rue du Jura, rue de Lyon, l'Avenue de France le long du parc mon Repos.

Quelques jeunes dans un parc, chantent autour d'une guitare.

Tu as raison, ce n'est pas si extraordinaire Genève. Je lui préfère de loin Londres.

Lausanne comparé à Genève fait beaucoup plus « Suisse », l'architecture y est lourde, marquée par les montagnes et l'altitude… Les façades tristes sont égayées par des rangées de volets multicolores et ses rues vallonnées me rappellent Andores. Lausanne ressembla davantage à un grand village où aurait poussé presque par hasard une rue centrale peuplée de « C&A » et de « United Color of Beneton » qui affichent des enseignes sur cinq étages. On s'attend à trouver derrière chaque rue un champ de ruminants à collier à cloche. C'est à se demander comment peuvent-ils cacher tant de banques au pays d'Haëdi.

Mais je préfère Hyde Park, aux parcs suisses. Tu dis que ce n'est pas comparable, mais je ne pense pas. Ce sont des villes, des constructions humaines, en définitives des résumés de concepts de vie. L'homme construit son environnement selon son image, une image altérée de sa part animale, issue de la peur de se faire dominer, l'erreur fatale et merveilleuse de dominer en construisant l'inexistant, le non naturel. L'homme s'est fait devenir un être non-naturel. Pour calmer les sursauts animaux qui l'étouffe parfois, il parsème dans ses œuvres de béton, des petits coins de natures apprivoisées, où le moindre petit brin d'herbe a demandé la permission avant de pousser. C'est ça, la suprématie.

 

****

 

Une femme debout dans la pénombre :

— Tu ne l'as plus ce pull vert que tu avais avant ?

L'homme :

— Non. Je ne l'ai plus.

La femme :

— Tu le portais si souvent….

L'homme :

— Je ne l'ai plus.

 

****

 

— J'ai en mémoire les derniers restes d'une histoire d'amour, j'aimerais vous les offrir. Il ne faut pas être trop cruel, vous savez bien vous-même qu'il y a toujours un peu de pathétique à écouter l'amour qui n'est pas des siens. Il s'agit d'une jeune femme dont l'amant est parti sans jamais lui avouer qu'il n'avait plus la force de l'aimer. Elle avait commencé au déclin de leur amour à lui écrire régulièrement. Elle a nommé ce journal : Les lettres de croisades. Je vais vous les citer, car je les connais par cœur. Cela commence ainsi…

 

J'aime ta présence. Être avec toi, te sentir, te toucher… Entendre ta voix. Voir tes yeux lumineux quand nous faisons l'amour, toi qui préfères le plus souvent les fermer.

J'aime quand nos deux mains s'étreignent. Quand nos doigts enlacés se serrent à se briser.

J'aime tes mains, leur beauté, leur douceur, tu sais, tu as de très belles mains d'homme.

J'ai toujours pensé que les mains que je laissais me caresser devaient être très belles, les tiennes le sont.

J'aime l'odeur de ta peau, quand elle respire, quand elle transpire. J'aime écouter les vibrations de ton cœur. J'aime le parfum doux et sucré dont tu t’imprègnes.

J'aime ta bouche qui grimace parfois pour ne paraître que plus belle l'instant d'après, sublime quand elle s'ouvre dans le plaisir. J'aime l'embrasser.

J'aime tes baisers. Ta douceur, ta tendresse.

J'aime ton sexe, l'avoir entre mes lèvres, le respect que tu as de moi quand je le fais. Ce même respect de toi quand tu embrasses mes autres lèvres.

J'aime caresser ton sexe quand tu caresses le mien. Et je m'étonne toujours que tu puisses autant aimer me caresser, t’emportant dans mon égoïsme.

J'aime quand nous nous conduisons au plaisir ultime par ces simples caresses.

J'aime aussi quand tu me pénètres. Même si je n'ai pas la jouissance que l'imaginaire collectif attend, je suis très excitée à la pensée de te sentir en moi. D'être remplie de toi.

J'aime quand, un peu enivré, un soir de la fête de la musique, tu descends ta bouche jusqu'à l'endroit de mon sexe et que tu y mords doucement, malgré les passants, la rue grouillante et les vêtements.

J'aime la manière dont tu aimes mes fesses, et mes seins surtout, tu es le premier à les aimer autant, et si je ne comprends pas pourquoi mes fesses vous plaisent, je trouve que mes seins sont plutôt adorables, du moins je ne les regrette pas….

J'aime cette égalité qui règne entre nous. Cette complicité inédite, incestueuse, entre un frère et une sœur nés de parents différents. Pouvoir tout te dire, te parler de tout, sentir que tu m'écoutes et que tu aimes m'écouter. J'aime t’écouter.

J'aime ton corps liquide, celui de ta jouissance. Ta douceur quand l'extase t’emporte, la noblesse de ton plaisir, on le prendrait pour de la retenue, ce n'est que la grâce qui illumine ton corps.

J'aime quand tu fais couler mon corps, le plaisir que tu as à le faire.

J'aime quand tu fais irrépressiblement monter le désir en moi, quand tu effleures mon mont de vénus.

J'aime quand nous ne faisons pas l'amour, que nous sommes simplement ensemble. Parfaitement accompli par la présence de l'autre.

J'aime caresser ton corps à la peau si douce.

Ton corps semblable aux hommes de la Roue de la fortune que l'on peut voir au musée d'Orsay.

Ton corps préraphaélite. Ton corps symboliste qui me donne envie de te peindre, de faire de toi ma muse….

Je suis éblouie de désirer autant un homme, d'être comblée de toi, par toi.

J'aime tes os iliaques qui me semblaient trop saillant à nos débuts, mais que j'ai fini par adorer ainsi. Ils me conduisent à ton sexe.

J'aime caresser tes tétons si sensibles, les pincer un peu, les embrasser, les lécher.

J'aime la pilosité de ton corps presque imberbe.

J'aime ton âme. Sa douceur.

J'aime ta curiosité, ta sensibilité, la manière dont tu te meus. Ta prévenance.

J'aime quand tu es un chien fou. J'aime quand tu es une tendre marmotte.

J'aime tes sublimes chemises, tes pantalons, tes sous-vêtements, tes chaussures, ton bon goût, le même goût que le mien, jamais je n'ai vu un homme me plaire autant.

J'aime la petite étincelle dans tes yeux quand tu me regardes.

Je t'aime mais je pourrais te quitter s'il faut me protéger. Et parce que je t'aime je suis fragile. Parce que tu me transcendes, tu m'illumines. Parce que, quand tu n'es pas là, trop d'hommes, bien qu'ils ne me plaisent pas, me trouvent du charme ; et que ce n'est pas toi ; toi, tu n'es pas là. Parce que tu me rends meilleure, mais que je peux très bien vivre sans toi.

Je t’aime. Ce sont des mots qu'il ne faut pas trop user. Je ne te les dirais pas souvent. Chaque jour, regarde-moi comme si tu me voyais pour la dernière fois…

 

Nous sommes incroyablement semblables. Tu es mon masculin, je suis ton féminin.

Pourquoi s'effrayer d'une telle évidence ?

Tu es le frère qui était à mes côtés chaque jour où je pleurais, et tu sais combien je pleurais étant petite, j'étais malheureuse, maintenant je connais le bonheur, je ne pleure plus, je n'arrive plus à pleurer même quand tu me fais souffrir. Tu es cet être qui m'a aidé à chaque instant de ma souffrance, et maintenant je sais pourquoi je vis, je ne savais pas que tu étais de chair, déjà je te désirais, avec mon cœur d'enfant, maintenant que je te connais avec mon cœur de femme, je t’aime mieux que personne. Et mon ami, tu le sais, c'est cette force évidente entre nous, cette attraction tranquille, nous savons que nous sommes liés. Tu croyais que je n'existais pas, je croyais que tu étais mort. Mais déjà c'est toi que je désirais, c'est toi que je trouvais à travers toutes ces ébauches de toi, ces êtres que j'aimais dans l'illusion de la projection, ces êtres que je désirais, hommes ou femmes, surtout femme, tu es tous à la fois. Tu es l'autre moitié de moi. Tu es celui à qui je pardonnerais beaucoup. Tu es celui qui pourra me faire souffrir autant que jouir, car tu me connais déjà. Et tu m'aimes et tu as peur tout comme moi, de constater que ce sentiment existe vraiment, qu'il est pur et sincère, sans illusions, juste évident, et qu'il ne fait pas souffrir. Et tu as peur face à cette évidence, tu ne la croyais pas possible tout comme moi, alors tu te réfugies dans tes passés, tu conjugues tes désirs, et tu m'oublies, tu croies qu'en regardant ailleurs je enchanterais plus ton âme. Et tu reviendras comme un chien malheureux, tu réclameras la gamelle sûre que je t’offrais et que tu as refusé, les chiens restent toujours des chiens, mais je ne serais jamais ta chienne. Je t’aime. À cette heure je doute, parce que je me persuade que tu n'es qu'un nuage dans ma vie, parce qu'il n'y a que l'amitié qui compte vraiment, Cocteau avait raison, je le sais, l'amitié est sûre et douce et ne fais pas souffrir. Toi, tu es mon péril. Je sais que je te résisterais, mais je sais aussi que la cicatrice que tu graveras dans ma peau sera plus profonde qu'aucune autre. S'il le faut, pour moi comme pour toi, je renoncerai à toi, je renoncerai à nous.

 

 

Mon ami, voilà deux jours que tu es parti en croisade. Ma joie est douce le jour, certes un peu mélancolique, mais mes journées sont douces. La nuit, mes yeux pleurent doucement et mon corps est seul. Je prie chaque jour pour que tu me reviennes, et que tu me reviennes vite. Je prie chaque jour de te pardonner encore et de te désirer…

Je passe des heures en prière à me souvenir de toi, à graver en moi nos instants pour les rendre éternels.

Je t’écris ces mots, ces lettres que tu ne liras sans doute jamais.

Je ne veux pas que tu sois un fantôme dans ma vie, ni hors d'elle.

Je me souviens de ce dernier soir que nous nous sommes offert, ce bonheur sur ton visage. Je ne pensais plus que tu m'embrasserais. Cette douceur qui s'emparait de toi alors que nous faisions comme si tu ne partirais pas. Et je te regardais fermer les yeux, sans doute pour nous immortaliser. Parlant déjà d'un avenir alors que nous n'avons pas de présent… vivant sur les presque ruines de ce qui est déjà notre passé.

j'ai embrassé tes larmes, celle du remord qui te prenait déjà. Peut-être aussi la conscience de me trahir, celle effrontée de me demander de te pardonner de me trahir, de me trahir avec mon assentiment. Pour que tu puisses explorer ton âme sans moi, que tu ailles dans ces pays où je n'irai jamais. Que tu affrontes tes démons, tes chimères et tes sorcières. Que tu trouves enfin ton Graal.

Je suis heureuse que nous nous soyons quittés avec tant de douceur, je n'aurais pas aimé que l'amertume nuise le dernier souvenir que j'aurais de toi.

Et je t’imagine, lisant avec application le livre que je t’ai confié pour traverser tes épreuves. Si désirable, un livre à la main.

Je t’imagine aussi avec elle, en souhaitant que tu ne m'oublies pas même quand tu lui fais l'amour. Que tu te dises en secret que c'est avec moi que tu devrais être, que c'est ma bouche et mon sexe que tu aimes embrasser. Que c'est mon corps offert à toi que tu aimes pénétrer. Que ce sont ma bouche et mes mains qui t’aiment le mieux, ainsi que mon âme et mon cœur.

Et je l'imagine jouir de t’avoir en elle, et je sais que je ne pourrais pas rendre un homme heureux. Mon corps à moi ne sait que pleurer.

Je songe à toi, si la mélancolie te gagne, ce mélange de regrets et de remords. Et je prie pour que tu te lasses vite d'elle, que sa présence t’essouffle, que ses caresses te laissent affamé… Je prie pour que l'évidence te frappe. L'évidence de nous.

Je prie pour que la lumière te traverse, que la certitude te montre le chemin, ton chemin, qui longe le mien, exactement comme deux parallèles, si proches, que l’œil non averti n'en verrait qu'une seule. Mais il y a celle-ci, cette ligne qui vient te couper, s'insinuant comme le doute et la peur du bonheur. Nos routes seront-elles toujours parallèles quand tu auras fini de t’égarer à la parcourir ? Aurais-je marché assez lentement pour que tu puisses me rejoindre ? Seras-tu en paix à ton retour de croisades ?

Le destin nous présentera toujours de ces monstres chimériques, et nous devrons lutter ou succomber.

 

Reviens-moi vite, mon amant, mon ami, mon amour, mon être chéri, avant que je ne t’oublie.

 

Reviens-moi à genoux, souffrant dans ta jouissance, jouissant dans ta souffrance.

Jure-moi l'éternel amour qui ne sera séparé que par la mort. Nous sommes jeunes encore mais la vie reprend ce qui lui appartient sans prévenir souvent…

Jure-moi que toutes les autres ne seront que des chimères qui te révéleront à moi.

Aime-moi, ou bien part sur le champ, hors de ma vue à tout jamais.

puisse-ce tu être envahi par l'amertume, le regret et le désir jusqu'aux tréfonds de ta vie.

 

Alors je mourrais sans toi.

 

Tous ces mots que je t’ai dit ne sont pas des mensonges, chaque mot que tu diras sera pris pour comptant, il ne faudra pas tricher avec moi, tu le sais, je suis l'âme de ta vie. Sans moi, tu erreras dans un éternel oublie, dans une éternelle insatisfaction, tout le reste de ta vie.

 

Je veux ton corps sur le mien, sous le mien, près du mien, je veux te voir partir avec moi, je veux sentir ta bouche, ta peau, sentir ton corps liquide se répandre sur moi…. Je veux que tu ne trouves le bonheur qu'à mes côtés, que tout le reste te semble vide.

Et tout le reste n'est que vide.

 

Je veux que tu me reviennes l'âme assez forte pour rester à mes côtés jusqu'à la fin de notre éternité, je veux que tu me reviennes aussi solide que je pourrais l'être pour toi… Je veux que le doute te quitte et que la certitude te guide, je veux que tu voies enfin notre chemin, la même direction dans laquelle nous regardons, et je sais combien cela t’effraie.

 

Tu as peur d'aimer. L'amour t’effraie et c'est pour cela que tu le fuis en cherchant ailleurs, là où il n'est pas.

 

Je ne sais pas si tu m'aimes aussi fort, malgré la douceur évidente de nos sentiments, mais il faudra que tu m'aimes plus que je t’aime pour ne pas me perdre. J'ai souvent douté de ta sincérité.

Je ne croyais pas que tu puisses être possible.

 

 

Mon ami, voici le troisième jour. La nuit a été blanche, la soirée que je me suis accordée solitaire, – un petit repas mis en bouche par la petite Monbazillac, mais finalement suivie d'une de ces fameuses Bordeaux qui se boivent si bien… – ne m'a accordé que trois heures de sommeil, le reste de mon insomnie s'est passé à regarder des films jusqu'au petit matin. Ce sont les nuits les plus difficiles, le jour, je suis heureuse, très, malgré un petit manque, une petite mélancolie soudaine qui me prend.

La musique et les amis, car j'ai pris la bonne résolution cette année d'être une amie plus fidèle, m'apportent ce bonheur dont j'ai tant besoin.

Tu sourirais en me voyant, je suis enfin allée me prendre des chaussures pour marcher, en fait, j'en ai pris cinq, elles sont merveilleuses, je n'en ai même pas eu pour le prix d'une paire de chaussures. Des talons encore, des noires, des « Mary Poppin's » pour remplacer mes fétiches trotteuses, des roses semblables à mes bleues, et des blanches très sport chic… Ce que j'aime chez toi, c'est que ce genre de discussion ne t’ennuie pas, tu m'écoutes poliment, un brin intéressé, les yeux brillants, partageant mon plaisir, imaginant déjà comment je les porterai et t'émerveillerai.

Alors j'ai essayé plein de tenues, de la sage jeune fille à la pin-up, il me tarde de te les faire découvrir ; d'autant que j'ai trouvé une paire de talons noirs en velours pour aller avec ma fameuse robe noire et blanche que j'ai failli porter pour ton anniversaire, j'ai même les bas, mais elle est très bien sans les bas…

J'ai même essayé les adorables talons qui me broyaient les orteils voilà un an, je crois que je pourrais les mettre désormais, je ne peux plus me passer de talons….

J'aimerais que tu sois là pour me voir belle, belle pour toi, presque exclusivement.

Mais je crains que tu ne sois jamais là quand je serai belle, que les compliments que l'on nous ferra seront pour d'autres, que tu ne saches pas à quel point je suis à ton goût, au goût des autres, que tu ne puisses pas être là, fier d'être celui qui partage mon lit et qui me tient la main dans la rue… J'ai peur que tu ne sois un éternel absent, et pour cela, je crois que je serais mélancolique…

Je me souviens de tes mots et rêve de voir à tes côtés toutes ces choses dont tu m'as parlé. Je prie pour que nous les voyions ensemble.

Ta présence me manque, ton corps, tes mots, cet indicible manière que tu as d'être près de moi.

Ce n'est pas le fait que tu sois en croisades qui me chagrine, je rêve doucement qu'elle nous unisse plus fort qu'auparavant. Mais de t'imaginer avec cette fille, pendant que tu m'obsèdes et que ton pull – que je couds et découds infiniment pour garder ton odeur, seul reste de toi avec mes souvenirs, mais hélas qui comme mes souvenirs, prend peu à peu mon odeur tandis que disparaît la tienne… - me sert de toi… Si au moins tu étais avec une personne mieux que moi, mais nous savons tous les deux qu'elle est aux antipodes de toi. Et je ne comprends pas comment tu puisses lui faire l'amour, comment tu peux jouer avec elle où même la désirer. Il faut qu'elle soit une sorcière dans un corps de poissonnière pour t’avoir ensorcelé… Mais de l'Odyssée aux légendes Arthuriennes, on en trouve tant d'exemples.

Pense comme je suis extraordinaire, tu le sais, si on me demandait ce que nous devenons, je serais obligée de dire que tu es en croisades, que tu termines une aventure pour mieux t'offrir à moi par la suite… Le commun des mortels se tromperait en disant que tu me trompes et que je l'accepte, ce n'est pas ainsi, nous ne nous appartenons pas, sur cela comme sur le reste nous sommes d'accord, ainsi nous ne nous tromperons jamais. Non, tu es partie en croisades, il faut bien que les chevaliers-marmottes prouvent leur bravoure pendant qu'une belle les attends au château… Et personne ne dit qu'un chevalier doit être chaste en dehors de sa dulcinée, comme les sorcières sur sa route comme Ulysse en son Odyssée, si son cœur appartient à sa belle, son corps est parfois enflammé par une sorcière… Perceval et les autres, ma marmotte chevaleresque, tu connais leur sort…

Et les souvenirs me reviennent, m'enchantent en même temps qu'ils me peinent… Comme le cadeau que je t’ai offert, la joie sincère qu'il t’a procuré, et tu as même emporté le papier cadeau… C'est beau tu sais. Kundera dira peut-être que c'est « kitsch », mais il sait qu'on ne peut l'éviter… et tu es le premier à garder comme moi les emballages cadeaux sans les déchirer…

Tu vois que nous sommes destinés.

Mais si tu ne reviens pas, ce n'est pas grave, je vivrais avec ton souvenir, ça ne suffit pas tout à fait au poète que je suis, mais c'est déjà ça. Tu sais ce que tu perds… Si au moins cela t’apporte la paix dans ta belle âme terrifiée…

Je suis ton amante….

 

J'ai envie de te plaire, de faire briller tes yeux.

Toi, en as-tu réellement envie ?

 

Oh, tu me manques….

Viens vite avant que je ne me résigne à t’oublier….

 

Oh, comme j'ai envie de te parler, t’entendre ta voix. J'ai envie de t’appeler mais tu dois être avec elle et je ne veux pas vous déranger.

 

Est-ce que j'ai tort de croire en toi ?

De croire en nous ?

 

Les meilleurs moments ont toujours une fin, j'ai passé de très beaux moments avec toi, les plus beaux que je n'ai jamais passé avec un amant. Mais c'est comme toute chose, il faut une fin, et le plus dur est d'accepter qu'une belle après-midi d'été se finisse…

D'ailleurs, tu ne dois pas penser à moi, je sais que tu ne penses pas à moi. Tu as dit de belles paroles et ça m'a fait rêver. Les hommes sont ainsi, je ne t’en veux pas. D'ailleurs, c'est aussi ma faute, je n'aurais pas dû jouer. Je sais très bien qu'il ne faut pas revoir un amant deux fois de suite…

Mais je ne regrette pas, même s'ils sont déjà oubliés pour toi, je les garde dans l'écrin de mon corps comme un trésor.

 

Si tu ne me reviens pas, je ne veux plus retomber amoureuse. L'amour est un sentiment qui ne me va pas. Je passe des rires aux larmes, je sonne faux, je n'arrive plus à me concentrer…

Et je pense à toi qui ne penses pas à moi. Malgré moi.

 

Cela me fait du bien de t’écrire ainsi, j'ai l'impression de te parler, que tu es près de moi et que tu m'entends avec ces yeux qui pétillent… Encore mon babillage, que tu aimes pourtant écouter, et quand tu te moques si gentiment de lui.

 

Tu disais que je te manquais, tu l'écrivais, mais tu ne venais pas. Je me suis faite une raison en pensant que le doute s'installait en toi, j'espère que tu étais sincère avec moi, et je t’ai crue quand j'ai vu tes larmes. Je te crois sincère avec moi, mais quand je suis loin de toi, je n'existe pas à tes yeux...

Toi tu ne penses plus à moi, déjà tu m'auras oublié. Moi, je me retrouverai seule sur le banc avec un cœur qui déborde à n'en savoir que faire…

J'ai l'impression d'avoir un voile en moi qui masque toutes mes autres potentialités, je n'arrive plus à rien faire profondément. J'aurai dû faire attention, ne pas tomber amoureuse, je le savais, mais ils ne font pas de préservatif pour le cœur…

 

Je n'en peux parler à personne, ils ont tous peur de me ramasser à la petite cuillère, pourtant c'est différent, les autres ne comprendraient pas ou te jugeraient mal.

 

J'ai envie de faire l'amour avec toi…. cela fait si longtemps.

J'ai l'impression de passer mes journées à attendre, à t’attendre, et je n'aime pas ça. Pourtant les activités ne manquent pas mais tu es là comme un spectre qui m'empêche de vivre tout à fait pour moi comme j'avais appris à le faire auparavant.

Je n'ai même pas d'amants ni de maîtresses avec qui je pourrais passer une soirée comme ça, tendrement, pour t’oublier. Ou bien ils ne m'intéressent pas.

Les jours sont si longs, moi qui d'habitude milite pour avoir le double d'heure…. Aujourd'hui je voudrais qu'il y en ai le double de moins.

Et si dans ce mois de juillet, tu n'es pas revenu de croisade, je fermerai mon cœur à double tour.

L'Angleterre, je t’attends pour y aller, irons-nous ensemble ?

 

Oui, je suis malheureuse d'être amoureuse, ce n'est pas de ta faute, c'est ce sentiment qui me rend comme ça... Pourtant je chante, je danse, je rie, je dessine, j'écris et je lis… Mais la plupart du temps cela me semble une mascarade.

Oh, reviens-moi vite ou ne me reviens pas. Si tu tardes trop, je ne sais pas si j'aurais la force de vouloir de toi.

 

Hélas, il me faut admettre que notre beau voyage puisse se terminer ici, c'est dommage, les routes que j'apercevais au loin me faisaient bien envie.

 

Je redoute le soir qui tombe, c'est à cette heure que mon amie la solitude devient une ennemie. C'est à cette heure que me manque le plus, un mot de toi, le son de ta voix, peut-être ta présence, tes caresses, l'amant merveilleux et accomplie que tu fais.

 

Dis-moi que tu reviendras, non, mieux, fais-le.

 

Retour de croisades….

Depuis hier soir, je le savais, elles me l'ont dit. Elles m'ont dit que nous construirions un amour avec intelligence, mais qu'un doute se saisirait de toi. Elles m'ont dit qu'après un moment de stagnation, tu reviendrais construire le foyer de notre amour, enfin sûr d'avoir trouvé la femme absolue... Elles m'ont dit aussi que je vivrais de mon art, elles ont vu au quatrième cycle mon épanouissement artistique, qui ne peut être que merveilleux à tes côtés… Car tu es ma muse, mon saint décapité, je serais ta princesse amazone.

 

Hélas mon ami, que se passe-t-il ? Nos retrouvailles se sont pourtant si bien passées… Peut-être m'avez-vous seulement rendue folle d'impatience… Ce dîner à la chandelle, et comme nous avons fait l'amour, puis dormir près de vous… c'était merveilleux.

Peut-être seulement dans vos adieux, cette manière particulière de me remercier pour tout ceci, cette émotion que vous aviez, présagèrent d'une fin non avouée.

Pourtant je ne crois pas. Vous aviez ce désir brûlant de me revoir.

Puis-je vous aider, quoi que ce soit, parlez-m’en.

En honneur de notre tendre amitié, dites-le-moi.

N'ayez pas peur, ne me craignez pas, ne nous craignez pas.

Pourtant ce jour de quatorze juillet, fête illuminée en pays de Barback, vous m'aviez laissé entendre que nous pourrions la passer ensemble, tout semblait si clair.

Et me voilà seule, ce soir, à vous écrire.

Pourquoi agissez-vous ainsi, je vous ai demandé de ne pas me laisser dans l'ignorance de vous-même. Vous souffrez, j'en suis certaine, et ce lien unique qui nous lie me plonge dans une souffrance plus cruelle que la vôtre. La mélancolie me ronge comme un poison. Je sais qu'il me faudra être patiente. Et si je peux tout vous pardonner, je ne peux vous pardonner de me laisser choir à l'un de nos rendez-vous, je ne peux supporter qu'on ne me respecte pas. Hélas, vous rompez le contrat, je suis en droit de le rompre également. Seulement dites-le-moi.

Que peut-il se passer pour que vous me quittiez si heureux puis que je ne semble plus exister dans votre vie ?

Je ne vous en veux pas, car vous ne pouvez que souffrir pour agir ainsi.

Je pris chaque jour afin que vous puissiez trouver la paix en vous-même, avec ou sans moi.

Que puis-je ajouter d'autre, sinon que je ne suis pas tout à fait moi quand vous n'êtes pas là…. que votre être tout entier me manque.

L'on croirait des croisades non déclarées. serait-ce des croisades souterraines? Cachées ? En reviendrez-vous seulement? Me reviendrez-vous?

Vous le savez, nous marchons sur la même route et regardons dans la même direction. Notre destin est incommensurablement lié. Pourquoi vous en effrayer? Toutes ces envies que vous avez à me faire partager, ne seraient-ce que de belles paroles ? Mon ami, j'aime les beaux mots, mais je leur préfère davantage les belles actions.

Un mot de vous, un seul, quelques banalités échangées avec vous aurait fait de ma journée un puits de lumières, au lieu de cela, des nuages amers couvrent mes cieux. Le pays de Barback est en deuil de vous, la princesse se meurt.

Soyez en paix avec vous-même.

Je prierai pour vous le destin…

 

Nous avons fait l'amour sur Norma.

 

Nous avons fait l'amour dans un champ de blé.

 

Ma lune, mon amour ;

toi que je prie chaque jour,

exauce ma prière,

fait qu'il me revienne.

 

Serre-moi fort,

Broie-moi,

Fait que nos os ne soient plus qu'un.

 

Ton absence me rendra plus belle et plus cruelle.

 

Combien de jours, combien de mois, combien de saisons…

me faudra-t-il t’attendre.

 

Comme tout est si simple entre nous.

Vous me reviendrez, car vous savez que vous êtes ma muse.

Vous me chercherez dans toutes les femmes, mais vous ne trouverez pas plus tendre, plus douce et plus à votre goût que moi…

Jamais je n'ai aimé autant vos odeurs, même les plus acres me semblaient venues du paradis.

Jamais je n'ai aimé autant des odeurs.

Votre sexe dans mon anus est ce qu'il y a de plus pur.

 

Il faudra qu'il soit bien doux et qu'il fasse l'amour mieux que vous celui qui vous remplacera.

 

Je me suis dit « je sais pourquoi je t’ai rencontré ». De notre liaison naîtra un recueil, c'est là, la méditation, le deuil que je te porte. Après quelques jours d'égarement, je suis rentrée sans toi, et j'ai su, j'ai écrit ces mots pour toi, et comme une évidence, un ordre divin de la lune, m'est apparu les visions insistantes de ces mots, de ce fils de nous. Et je sais que tu me reviendras, mais c'est une chienne féroce que tu auras en face de toi. Et il te faudra être un chien rampant, toi, le chien de Sodome. Je t’ai rencontré pour que naisse le « pénétré ». c'est ce fils que tu laisses germer en moi, dans mon corps vide, mon cœur dégoulinant et ma tête pleine de ce « pénétré ». Et je le sais, moi, la prophétesse, qu'il m'apportera la fortune. Laquelle, je ne sais pas encore.

Alors comme tu le mérites, bien ou mal, j'irai un jour de promenade, le déposer chez toi. Et je n'attendrais rien de toi. Je sais que tu pleureras.

 

J'aurais aimé que tu m'accordes ton amitié comme tu l'as accordé aux autres. Mais tu aimes finir tes histoires, alors tu me reviendras. Tu sais que si tu me revois, tu ne voudras plus me quitter. Mais ce n'est pas les chaînes que je te mets au cou, au contraire, c'est la liberté épanouie. Et c'est cela ! C'est cela qui t’effraye ! J'aurais été une chienne qui te passe la laisse, tu m'aurais suivie pour mieux m'abandonner… Mais je ne suis pas une chienne, tu le sais, je suis mieux que ça, je suis ton idéal, ce que tu chercheras toute ta vie.

Pourtant rien n'aurait présagé à ce retour de croisades que nous ne nous reverrions pas, que nous ne nous parlerions plus. Cette journée de lundi fut pour moi un rayon de lumière, la paix incarnée, la sérénité… Ce n'est que le lendemain, que j'ai compris. Et mon âme et mon cœur et mon corps étaient déchirés de le savoir. Tu m'avais quitté comme si nous nous reverrions… Tu m'as dit que nous nous appellerions… Mais à ce moment-là, le pensais-tu vraiment ? Tu es monté dans ta voiture, comme tous ces autres matins où tu venais honorer ma couche. Nous nous sommes étreint auparavant, traînant à se quitter. Tu m'envoyais des baisers tandis que j'ouvrais mes volets, et tes yeux brillaient… Ils ne mentaient pas.

Si je n'avais d'autres projets ce jour-là, je serais partie avec toi.

Il est vrai pourtant que tu m'avais fait attendre, je ne devais pas te revoir si tôt, ce jour-là, ce n'est que par hasard, que j'ai vue ce mot de toi que tu m'avais posté d'où tu étais, depuis ce lendemain de fête, celle de ton anniversaire avec tes amis et ta maîtresse. Pour cela il fallait que tu leur dises à tous que nous deux étions du passé, mais ce n'était, j'en suis sûre, que pour ne pas les choquer parce que tu devais en finir avec elle. Alors quand je me suis remise de ton message – nous aurions appelé ça autrefois, un pneumatique – je t’ai appelé, et entendre ma voix t'a réjouie. Peut-être n'était-ce que l'alcool qui t’a fait écrire ces mots, mais ne dit-on pas que l'alcool ne ment jamais? Encore une fois, tu m'a dit que tu arriverais vite après avoir mis de l'ordre chez toi, dans ta garçonnière, tu as estimé trois heures de l'après-midi… Tu n'es arrivé qu'à onze heures quand la nuit était déjà tombée. J'avais eu le temps de te répudier mile fois, et je ne t'attendais plus. J'étais furieuse que tu arrives si tard. Tu m'as pris dans tes bras et nous sommes restés enlacé comme cela, enfin réunis, pendant d'éternelles minutes, jusqu'à ce qu'un plat brûlé nous sépare, et que j'avais mis à réchauffer pour que nous le dégustions en terrasse.

Puis nous nous sommes installé en terrasse, j'avais préparé la table, une bouteille de vin et un chandelier. C'était sublime. Nous n'avons même pas eu le temps de passer au désert. J'ai pris ta main pour l'embrasser, et cela à fait monté en toi le désir immédiatement.

Tu m'as déshabillé sur la terrasse et tu m'as caressé. Puis nous sommes rentrés, on ne sait comment, pour mieux nous aimer, je t’ai déshabillé. C'est là que je t’ai fait la fellation qui m'a le plus excité de ma vie, toi debout, serrant ma main à la broyer, moi à genoux, t’embrassant et te caressant à la fois, te griffant même. Puis tu as débarrassé la table avec mon aide, rapidement dans le désir. Tu m'as mise sur la table comme je le devinais, et ça m'a excité. J'étais là plaquée, accroché au marbre, te sentant jouer avec moi. Déclenchant des sensations que je n'avais jamais sentie auparavant. Et comme mon corps était en sang, et que je pensais que tu l'avais remarqué sans que j'ai à te le dire, je t’ai proposé que nous nous rincions. Nous rentrions parfaitement tous les deux dans l'étroit espace du bac de douche. Tu nous as rincé, craignant que je ne m'échaude où que je ne me glace… tu m'as caressé encore, et j'ai encore embrassé ton sexe, cette fois au repos… J'avais encore envie de toi. Nous nous sommes couchés, blotti l'un contre l'autre, comme à chaque fois. Nous ne pourrions dormir l'un contre l'autre sans nous toucher.

Au matin, il te fallait partir, nous ne voulions pas nous quitter, tu t’émerveillerais à chaque petit réveil de me trouver près de toi, et tu replongeais dans ce demi-sommeil pour nous faire durer… Encore… et encore.

Alors comme je te connais, j'ai pris mon corps en main, je nous ai réveillé sur les Quatre Saisons, et j'ai mis la table du petit déjeuner, au grand regret de te quitter un peu. Et comme tu ne te levais pas, hélas, tu devais aller dans cette vie normale où l'on travaille à des heures précises, et que tu allais être en retard, j'ai fait venir la table sur le lit, et nous avons pris notre petit déjeuner sur le lit. Et c'était si bon, si simple. Tes yeux brillaient et tu soupirais d'émerveillement en me pensant. Et puis il a fallu que tu t’habilles et que tu partes. Tu m’as remercié pour ce repas et ce déjeuner. Tu étais sincèrement ému.

Et puis tu es parti comme si nous devions nous revoir.

 

Je me souviens, nous deux, sur le quai d'une gare. Pendant que nous accompagnons une de tes amies… À ne savoir qui de nous deux partirait. Nous enlaçant comme si nous allions nous perdre. Chantonnant du Ginsbourg. Émus comme si nous allions réellement nous quitter, puis heureux de nous retrouver tous les deux sur ce quai une fois le train parti.

 

Je me souviens ton canapé où nous avions fait l'amour.

Je me souviens mon lit.

Je me souviens ta baignoire.

 

Je me souviens le champ de blé. Je me souviens ton corps, ton âme…

 

Je me souviens nous deux déambulant dans les allées du marché, main dans la main, alors que je ne savais pas encore que je t’aimerai. …Que je t’aimai.

 

Me reviendras-tu de ces croisades sans nom ?

Pourtant, je suis plus belle encore, plus rayonnante, plus douce, plus sorcière que quand tu m'as laissé.

Tu es revenu pour mieux me quitter. Cette fois lâchement… ignoblement, déshonorant ta race. Celle des hommes.

Manquant à tes promesses envers moi.

Mais tu m'as fécondé du pénétré, et je sais que je te le dois.

 

Mais je sais que depuis que nous avons vu Copie Conforme, de Kiarostami, ensemble, tu ne te raseras plus sans penser à moi.

 

Je sais que tu me reviendras, car tu n'aimes pas laisser une histoire inachevée. Je suis tout ce que tu désires, tout ce que tu recherches, je suis tout ce que tu aimes. Tu passeras ta vie à me chercher dans une autre.

Nos destins sont irrémédiablement liés.

 

Ma lune,

fais qu'il me revienne,

sa tête,

son cœur,

son corps,

sur un plateau d'argent.

Pour Saint Jean-Baptiste, je serais Salomé.

 

Viens. Reviens.

Désire-moi. Baise-moi.

Embrasse mon sexe enflammé,

lèche-le jusqu'à me pâmer.

Laisse-moi en retour faire glisser le tien entre mes lèvres,

sentir sa douceur aller jusqu'au fond de mon corps.

Viens te blottir à l'intérieur de mon corps,

pénètre-moi. Rentre par la grande porte, puis par la porte secrète…

Viens me faire jouir de ta présence en moi, près de moi.

Puis endormons-nous, lassés de plaisir ;

enlacés l'un contre l'autre comme deux amants prodiges.

 

Mon sexe est une conque dont le clitoris serait la perle.

 

Mon roi des tartines… je me souviens de ses après-midi en terrasse à se composer des tartines de pains, de fruits, de légumes et de fromages… Nous avons extraordinairement les mêmes goûts. Nous aimons les mêmes choses, passer les mêmes moments ensemble.

 

Tous ces moments que nous pourrions passer ensemble. Dans le bonheur.

Nous avions envie d'aller chez Dolly's dévorer la carte entière à toutes les heures de la journée…

Nous avions des films à découvrir, à se faire partager, des lectures aussi…

Ta famille à rencontrer. Des bouteilles à déguster. Des musiques à écouter. Des endroits à parcourir.

Faire l'amour aussi. Encore.

 

Te souviens-tu de ton pari ? Nous devions aller ensemble en Angleterre ?

Tu l'as perdu.

C'est dommage, cela aurait été bien.

Nous aurions partagé une même chambre, fait l'amour la nuit, épuisés. Fait les musées la journée, marché dans les rues londoniennes, les squares, les parcs, traîné le soir dans les pubs, visité des squats, assistés à des concerts…

 

Nous aurions fait tout cela encore…

J'aurais vu tes yeux briller, ta bouche m'embrasser…

 

Si tu reviens, promet que tu seras tout à moi.

Je suis déjà à toi, je n'ai pas envie d'autre chose que toi.

 

Je suis heureuse, tu sais. Avec ou sans toi. Mais sans toi, il manque quelque chose.

 

Ma vie est comme avant de te rencontrer… C'est l'après t’avoir rencontré, et c'est comme avant.

Au milieu de ces deux bulles spatiales, il y a eu toi. Tout ce que tu m'as offert, ou comment tu t’es laissé offrir à moi.

 

Je laisserai pousser mes cheveux jusqu'aux reins,

si d'ici là tu n'es pas revenu, tu auras perdu la femme de ta vie.

 

Voilà. Je m'excuse de vous avoir ennuyé avec cela, ces lettres, mais il me tenait à cœur de vous les dire. Je ne sais pas si l'amant est revenu. Je ne sais pas ce qu'elle a fait de ses cheveux après qu'ils ont atteint ses reins. Je crois qu'elle a écrit un recueil, et que vous pourriez le lire. Je ne sais pas ce qu'elle a fait d'elle. Mais, vous ? Peut-être savez-vous ?

 

****

 

Séquence vidéo : noir. On fait craquer une allumette. L'allumette éclaire une pièce vide. C'est une maison en mauvais état. Dehors par les fenêtres, on voit qu'il fait nuit. L'allumette s'éteint peu à peu. Son craquement et le bruit de sa mort lente sont amplifiés.

 

****

 

La femme est debout, un spot l'éclaire enfin. Elle regarde longuement le spectateur, sans expressions apparentes.

Puis elle parle.

 

Je t’aime toute entière à en épouser chaque partie de ton corps,

je demanderai ta main,

ton pied, leurs jumeaux,

ton cœur, ton cerveau, tes seins,

et jusqu'à ta valvule mitrale.

Je te les demanderai, mais pas sur un plateau d'argent,

je te les laisserai à ta garde, toi le meilleur coffre-fort pour tout cela,

et je me contenterai de les admirer,

et je m'émerveillerai d'en avoir de semblable

et que tu les aimes en retour autant que je t’aime multiple.

Et je me ferrai une peau pour envelopper chaque partie de ton corps comme un long et doux baiser,

comme un voile,

aussi léger que la paupière quand elle recouvre tes yeux,

je serrai une mousseline qui te drapera de tendresse.

Et tu me porteras sans même t’en rendre compte,

légère comme une sylphide déesse.

Et tu m'emporteras partout où ton cœur ira,

sans colère, sans peine,

et parfois aussi tu m'oublieras comme je te serai si léger.

Nos deux âmes légères comme un souffle de vent

s'envoleront devant

et nous laisseront seuls sur Terre

tous les deux à nous aimer,

même après la mort de nos chairs,

notre amour demeurera immortel.

 

****

 

L'homme dans le noir.

— Vivez ce spectacle. Vivez ce spectacle comme le vôtre.

N'oubliez pas de vivre.

 

****

 

La femme d'une voix neutre. L'homme marche sur la scène comme s'il cherchait quelque chose, ou à retenir quelque chose, lentement, comme dépassé. La poursuite le suit.

 

Rien sur la scène. Deux douches en guise de lumière, souvent le noir. Projections vidéos. Dans le vide et le rien résonnent les mots. L'attente. Une pause pour penser…

Se laisser guider. Ne pas avoir peur de partir dans ses pensées.

Comment mieux partir dans ses pensées qu'en ne s'échappant d'autre chose ?

Puis revenir et repartir, ayant vécu son propre spectacle.

 

****

 

L'HOMME :

— Qu'est-ce que l'on fait ?

LA FEMME :

— On attend.

 

****

Projection vidéo. L'homme et la femme sont à la terrasse d'un café, à une table. Elle le regarde longtemps, puis lui pose la question.

 

La femme :

— Ce pull vert, c'est elle qui l'a gardé ?

L'homme :

— Oui.

La femme.

— Tu n'as jamais cherché à le récupérer ?

L'homme :

— Non.

 

****

 

L'homme, au public, il crie, il est furieux.

 

Vous avez bien compris que ce n'est pas un monologue ?

C'est un mensonge tout ça !

Tout est mensonge.

Seul le théâtre est vérité parce qu'il est un mensonge qui ne se maquille pas.

 

La femme. Elle est assise au sol est regarde le public avec calme.

 

Il y a pourtant la vie et la mort ! Ils ne trichent pas, eux !

Ils sont vrais.

Mais il faut douter…

C'est bien, de douter.

Continuez de douter.

Il faut l'apprécier. Le doute.

 

Laissez-le s'installer.

 

L'homme, au public toujours.

 

Partez ! Fuyez ! Ne laissez pas le doute s'installer !

Vous voyez bien que tout ceci n'est qu'un mensonge !

C'est un texte que nous récitons, nous n'improvisons pas, ou peu…

Il y a un auteur qui a écrit cela pour nous, pour vous, et avant tout pour lui-même…

Il y a un régisseur au fond qui contrôle les lumières, les vidéos…

Qui allumera quand ce sera fini…

Remarquez ! Ce qui se passe est dans le noir !

 

Allez-y, partez madame ! Allons, quittez votre siège, prenez votre manteau est partez, les portes de sorties sont par là !

Allez-y monsieur, suivez-la, n'ayez pas peur, je vois bien que vous vous ennuyez, vous ne me vexerez pas, je suis payé pour ça ! Ça fait partie de mon texte, on me demande de le dire, de le faire. Allez régisseur, fais la lumière sur le public, que cette dame et ce monsieur puisse quitter la salle…

 

La femme.

Ne l'écouter pas, d'ailleurs, je sais que vous ne le faites pas vraiment. Vous hésitez si vous vous ennuyez à le faire, mais comme vous vous étiez échappé dans vos pensés, vous n'avez pas vraiment suivi ce qui s'est passé, seule la lumière vous a un peu réveillée. Eh bien je vais vous dire ce qui s'est passé… Mon collègue a demandé à ses messieurs-dames qui s'ennuyaient comme vous, de partir.

Qu'en pensez-vous ?

Mais restez, bien sûr ! Vous êtes si bien dans vos fauteuils à vous ennuyer…

Régisseur ? Tu peux éteindre la lumière publique et remettre les douches et les poursuites…

Je suis pas sûre que la gélatine jaune soit une bonne idée, on pourrait pas mettre la blanche la prochaine fois ?

Régisseur ? Tu peux lancer la vidéo ?

 

****

 

Séquence vidéo. La même pièce que tout à l'heure. Vide. Puis la femme rentre depuis la caméra. Elle se place au milieu de la pièce face à la caméra, attend un instant que l'attention soit bien sur elle puis dit :

 

Je suis la femme. Je suis née ce soir. Je viens juste de me lever pour la première fois, de respirer, de marcher, de me déplacer, de pleurer. C'est la première fois aussi que mes poumons se sont rempli d'air et que mon cœur a battu. Mais évidemment, toi tu ne le sais pas, puisque tu vivais déjà.

Je suis né ce soir donc.

Je suis né comme ça, telle que vous me voyez. Telle que tu me vois. Je suis là debout et je respire. Entends-tu ma respiration. Attends, je fais un peu de silence : écoute bien. (moment de silence) Tu entends? Si la stéréo n'est pas trop forte et si le régisseur se débrouille bien, tu l'entendras en même temps que la tienne, écoute bien, c'est presque pareil. Écoute bien encore une fois. Tu prends la mienne pour la tienne.

Pour moi tout est nouveau ici. Je ne me souviens pas d'hier. Je ne sais pas bien s'il y avait un hier. Tu te souviens de ton hier ?

J'ai des désirs. J'ai des angoisses. J'ai des peurs. Je suis là dans cette pièce, devant cette caméra, pendant que tu me regardes. Tu as probablement payé. Payé pour ça. Pour moi ? Non, probablement pour toi, qu'est-ce que tu as acheté ? Qu'est-ce que tu cherches à acheter ? Qu'est-ce que tu fuis ? Qu'est-ce que tu oublies en venant ici ? Moi, je ne sais pas, je ne me souviens de rien, je ne suis rien.

C'est ce soir la première fois de ma vie. C'est ma première fois, mon premier instant.

Et toi, c'était quand ton premier instant ? Je ne te demande pas la date et l'heure de ta naissance, car tu ne t'en souviens pas. Je te demande le premier instant ou tu as pris conscience. Pris conscience d'être toi. C'est très flou tout cela et ça ne se fait pas comme ça, ce sont des fragments de consciences collés les uns à côté des autres, mis bout à bout. Jusqu'au moment où je te devine là, dans ton fauteuil, confortablement noyé dans la pénombre, à t'oublier. Parce que c'est ça, tu cherches à t’oublier au moment où je devrais moi-même chercher à m'oublier en jouant le rôle d'un fantôme dont l'âme n'est qu'images et le corps n'est qu'illusions.

Mais ça ne marche pas comme ça, parce que moi je n'oublierai jamais ce que j'ai appris en demeurant ici devant toi, et toi, tu ajouteras ce fragment de conscience à la masse de ta vie…

Le film se dégrade, écran noir, plus de batteries.

 

****

 

La femme :

— Tu as un jeu de cartes ?

L'homme :

— Non.

La femme :

— Alors, qu'allons-nous faire ?

L'homme :

— Je ne sais pas. Attendre peut-être.

 

Noir.

La femme (dans le noir) aux spectateurs :

— Quelqu'un a un jeu de cartes ?

Je veux dire… Sur lui ?

 

Après un moment de silence…

 

La femme :

— Régisseur ?

Régisseur ? Réponds !

Tu veux pas mettre un peu de musique ?

Je sais pas moi, n'importe quoi… tiens, le truc que t’écoutais tout à l'heure pendant la répète….

Ou autre chose…

Ou la lumière, tiens, tu veux pas nous mettre la lumière ?

Tu veux pas ?

C'est pas dans le texte ?

Partager cet article

Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article