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L'éternelle heure du thé

Textes, théâtre et poésie de L.H.C. (Tous droits réservés)

Cheveu(x)

Il y a quelque chose de jouissif et de douloureux à la fois dans le fait de couper ses cheveux.

À la fois douce liberté – ils repousseront – et séparation d’une image de soi. Le mal n’est pas si grand, le temps travail avec le cheveu.

C’est une action facile sur le corps. Il est plaisant d’empoigner un ciseau et de tailler d’abord à grands coups puis à petit feu, avec mesure, le plus exactement possible. Il en va de son image. Il en va de l’amour de soi et de l’amour des autres. Le cheveu selon son ordonnancement peut troubler la perception qu’à l’autre de notre visage. Le cheveu glisse et se loge contre la poitrine, au creux du cou. Picote, démange, comme un rappel de ce que l’on a perdu.

C’est pour une femme – cela n’a pas toujours été si genré – le sacrifice d’une féminité facile, évidente, sociale et érotique. Renoncer à ses cheveux demande plus d’effort dans l’artifice. Il faut rivaliser de maquillage, de bijoux et de talons hauts, sous peine d’être rangé dans l’autre genre. À moins que ce ne soit un affront. Regardez ! J’ai les cheveux court, plus court, encore plus court, et je suis toujours une femme. Oui, toi, tu peux encore passer ta main dans mes cheveux, ils ne m’enlèvent pas ce que je suis.

Et pourtant, en les coupant, espère-t-on avoir une petite action sur soi. Tailler dans la masse capillaire à défaut de tailler dans l’adiposité des hanches, dans la haine de soi, dans les défauts, dans les scrupules.

Après la bataille, l’euphorie du risque, du combat contre soi-même. La déception est là, on est toujours soi. Avec ce petit décalage d’un reflet qui n’est pas tout à fait celui de l’heure précédente. On se déplaît. Non, couper ses cheveux ne nous changent pas vraiment. On retaille une mèche, on vérifie le dégradé de la nuque. On ajuste la frange. On l’étoffe. On sauve l’honneur et les meubles. C’est toujours la même personne. Et le « il faudrait que je me recoupe cinq centimètres » devient un « pourquoi l’ai-je fait ? C’était pas mal avant… ». On rusera autrement pour se séduire, avant de recommencer, un soir comme ça, sur une impulsion folle, dans six mois. Et l’on se répétera « ne coupe pas trop, tu serais déçu(e) ». Il est plus facile de couper, comme il est plus facile de détruire.

Peut-être que ce que l’on voulait, au fond, c’était créer.

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