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L'éternelle heure du thé

Textes, théâtre et poésie de L.H.C. (Tous droits réservés)

Vive la France ! (bis) ou Le festin des p[ê]cheurs

Notes du 3 janvier 2020 : L'actualité rejoint mes petites obsessions. Je ne pensais pas présenter cette pièce tout de suite, mais la sortie du livre de Vanessa Springora, Le consentement, Grasset , 2020, me dit que c'est dans l'air du temps. Je m'intéresse depuis quelques temps à Gabriel Matzneff dont l'écriture lyrique et ampoulée me ravit autant que le personnage me dégoûte moralement - faut-il douter de ses problèmes psychologiques ? Il faut lire l'Archimandrite et d'autres de ses romans, tandis que l'on pourrait regretter que sa biographie ne soit pas une fiction.

J'épingle aussi gentiment une militante écologiste, il me faut préciser aussitôt que je trouve sa médiatisation nécessaire et son combat légitime, quoique un peu trop instrumentalisé.

Enfin, je précise que j'ai écrit cette pièce satirique pour me défouler un peu - cela m'arrive parfois. J'espère qu'elle vous amusera un tout petit peu, vous qui trouvez parfois que mes écrits sont bien sombre pour une personne joyeuse.

Je la retoucherai probablement.

***

Je dédie cette pièce aux Nabis et aux membres du Théâtre des Pantins, à l’auteur de Vive la France !Franc-Nohainet à son compositeur – Claude Terrasse, qui furent pour moi l’objet de nombreuses et passionnantes années d’études. Je dédie également cette pièce à mes amis qui trouve mon théâtre moins drôle que moi, en espérant les voir sourire, même si les marionnettes de cette pièce ne sont pas les plus amusantes.

 

Afin de lever toutes ambiguïtés, je me déclare profondément anarchiste de gauche, athée mais avec la foi, écologiste, végétarienne, féministe-égalitariste adepte du consentement, pansexuelle, provocatrice sous des airs innocents, curieuse et outrée par ce monde que je ne comprends pas souvent.

 

***

 

 

Vive la France ! (bis)

ou

Le festin des p[ê]cheurs

 

 

 

 

 

Ferme les yeux ; murmure doucement « Hapsatou, Aouatife, Tatiana » et conviens avec moi qu’il s’agit là d’une bien délicieuse musique.1

 

 

Prologue

 

Comme la France est devenue laïque, presque athée, mais apparemment catholique quand même parce qu’elle a des origines judéo-chrétienneLe port du voile y est tout de même déconseillé si l’on fait ostensiblement cinq prières par joursenfin sauf pour vous ma sœur, pardon, je ne vous avais pas vue – si l’on ne mange pas de porc. Comment ? Vous êtes végétalien pour sauver la planète de la pollution ?

Greta Iceberg, un ange missionné par [la nature]2 pour voir si les Français sont braves, galants et spirituels, arrive à la frontière de la France puis visite Rouen, la région parisienne, et Saint-Germain-des-Prés, parce qu’on lui a dit qu’il y avait des prés dans Paris.

 

Le garde-Frontière :

— Qui va là ?

 

Greta Iceberg :

— C’est moi, Greta Iceberg, je viens à pied, en barque ou à vélo parce que les paquebots, les avions et les voitures polluent trop !

 

Le garde-Frontière :

— avez-vous des papiers et un visa ?

 

Greta :

— Oui, je suis la porte-parole de la planète, autrement dit [la nature] ! Et je n’ai pas de papiers parce que je suis éco-logique ! Voulez-vous voir mon i-phone ?

 

Le garde-Frontière :

— Non, ça va le faire, j’ai vu votre tête à la télé. Voulez-vous me signer un autographe ?

 

Greta :

— Bien sûr, si vous avez un stylo en liège et du papier recyclé ? Je viens voir si les Français ne sont pas devenus plus bêtes qu’avant (je ne dis pas con, parce que je respecte trop les femmes et je ne veux pas insulter leurs zezettes), s’ils ne sont pas plus incivils (on a vu des voitures brûler à la télé) et plus couards (personne n’a quitté Rouen quand l’Usine a explosé).

 

 

Premier acte, le français est brave


 

A Rouen, dans le musée de Jeanne d’Arc, près du Gros Horloge.

Le gardien :

— Personne n’a quitté Rouen quand l’Usine a explosé.

 

Greta :

— Bravo, vous êtes très courageux de rester dans une ville irradiée de bonheur. Vous avez bien retenu la leçon après Tchernobyl, et vous avez remporté la victoire sur la peur de la nature. Maintenant, il faut fermer les usine et les centrales nucléaires. Je ne veux plus que des feux causé par des bougies allumées.

 

Le gardien :

— ça, ça va pas être facile, c’est que c’est écologique le nucléaire, et puis l’éclairage à la bougie, c’est démodé. Faut avoir un smart phone et une trottinette électrique maintenant pour chiller devant Netflix. Regardez ce beau musée, il fonctionne à l’énergie thermonucléaire et il est consacré à une femme un peu folle comme vous, elle s’appelait Jeanne, ça ressemble un peu à Greta, non ? À l’époque, c’était les Anglais, maintenant, c’est l’humanité toute entière, et son invisible capitalisme.

 

 

Deuxième acte, le français est galant


 

Près des cendres d’un cirque, en région parisienne


 

Un jeune des cités :

— Ouech, la culture on en veut pas, ça craint. Ça perturbe le taff. Faut leur dire m’dame que l’herbe c’est plus important que la culture. Nous, on préfère la culture de l’herbe, on est un peu comme vous. Tout ce cirque, ça sert à rien. Ils consomment même pas. Ça attire la police et ça fait fuir les clients.

Greta :

— Ah oui, il faut planter de l’herbe, et des arbres aussi, dans des cirques naturels, pas sous des tentes. Excusez-moi, je ne parle pas très bien français, mais je suis d’accord avec vous. Vous avez raison, il faut arrêter avec la médecine non naturelle et se soigner par les plantes, comme Hildegarde de Bingen, une grande femme du nord, comme moi !


 

Le jeune :

— Île de quoi ? Connais pas ? Je connais que celle de la cité. La garde, ici, c’est pas notre truc. C’est pas une cliente à nous, ni une rabatteuse. Pourtant on a mis des petites annonces, on a bien fait le taff et tout comme il faut.


 

Greta :

— C’était une femme naturellement perchée, qui dansait parmi les arbres et se soignait avec l’aide de ses sœurs, Marie, et Jeanne… elle a vécu très longtemps en dépit d’une santé fragile.


 

Le jeune :

— Ah merci m’dame, je vais leur dire ça aux clients, que Marie et Jeanne, ça fait vivre plus longtemps sur l’île de garde ! Ça déchire ! Mais faut pas qu’elle vienne par ici, parce que si elle porte pas le voile, on la sort pas.


 

Greta :

— Ah mais si, elle portait le voile, et elle tenait tête aux hommes quand même. Elle a même inventé son propre langage, comme Tolkien après elle, mais lui, c’est pas pareil, c’était un homme.


 

Le jeune :

— Ah oui, c’est chelou quand même, la meuf, j’dis pas, mais le mec, ça craint. Et il disait quoi ?

Greta :

— Il parlait de monstres et de nains qui devait empêcher le méchant Triumph et le méchant Macro de mettre l’anneau sacré de la nature dans les flammes du Capital.


 

Le jeune :

— Ah ouai, c’est chaud quand même, boloss le mec avec un nom de clopes, et l’autre avec un nom de poisson ou de taulier.


 

Greta :

— Bah oui, le poisson c’est mieux que la cigarette électronique mais ça ne vaut pas le pétard pour allumer la mèche de la révolte.


 

Le jeune :

— Ah ouai, ça la mèche, on connaît, on brûle tout et on va tout péter en ville le samedi, les vitrines des magasins et les gueules des gilets jaunes. La police, elle croit que ce sont les Black-Blocks. Vous v’nez avec nous samedi prochain ? Je vous invite ! Et après, on fait une tournante, j’connais une cave sympa qui va vous plaire !


 

Greta :

— Oh, oui, cassons tous ces symboles du capitalisme ! Venez, on va brûler la culture pour planter des arbres et des buissons de beuh sur cette terre en jachère ! Comme vous êtes galant !
 

 

 

Troisième acte, le français est spirituel (sous la ceinture)

 

Un beau jour à la terrasse de Lipp, Greta s’assoit au hasard à la terrasse d’un café et tente d’écouter la conversation de ses voisins.

 

Gabriel Mazneff à Eric l’Humour :

— Tu n’as pas tout à fait tort, Éric, la tradition veut que l’on francise les prénoms. Ainsi on nomme le pape François, et nom Francesco, au risque de déformer la langue de Dante Aligieri de notre accent charmant. Ferme les yeux ; murmure doucement « Hapsatou, Aouatife, Tatiana » et conviens avec moi qu’il s’agit là d’une bien délicieuse musique.3 Ah, ces corps délicieux, ces Lolitas et ces Lolitos charmants, profite de leur jeunesse, de leur beauté.

 

Eric :

- Vieux vampire, tu les jettes comme des paquets vides après avoir bu le sang de leur jeunesse. C’est vrai que tu es bien conservé mais au risque d’avoir des rides, et plus de cheveux que toi, je ne touche pas à ce qui n’est pas fabriqué en France. Et puis tu sais, Marine Le stylo sera toujours pour moi le symbole de l’éternelle jeunesse de la France.

 

Gabriel :

— Ils ont eu DSK, ils ne nous auront pas. Allons, viens avec moi à Manille, je te présenterai les fantômes de mon ami Edward4. L’avenir est aux catacombes5.

 

Eric :

— Ah, ah, je te prends sur le fait, ne faut-il pas l’appeler Édouard ?

 

Soudain, arrive une charmante jeune femme, célèbre pour sa lingerie signée d’un Z, comme Zorro (mais frappé d’une autre épée).

 

Eric :

— Madame, permettez que je vous appelle Belle ? C’est un plaisir de vous voir ici.

 

Gabriel :

— Madame Desarts, permettez que je vous appelle Zahia ? Vous êtes aussi belle6 que votre prénom. N’ayez crainte, sans vouloir offenser votre protecteur, vous êtes déjà trop mûre pour moi. Vous êtes un exemple des courtisanes comme on n’en voit plus, vous feriez rougir de honte la belle Otero. Toutes ces Nabila pervertissent la langue de Molière. Au moins, quand vous ouvrez la bouche, cela ne produit que de charmants sons sans danger pour notre langue. Et vous mademoiselle Greta Iceberg, quel âge avez-vous ?7 Avez-vous déjà été initié aux plaisirs des sens par un expert millesimé ? Seize ans ! Mais vite ! Hâtons-nous, l’année suivante vous perdrez de votre charme ! Vous a-t-on déjà dit que vous étiez digne de figurer sur une photo de David Hamilton ou d’un portrait de Baltus ? J’en ai justement un chez moi qui pourrait beaucoup vous plaire. On ne soupçonne pas l’intérêt que portait Balthus à la nature

 

Eric :

— Oh, mais qui voilà ! La plus célèbre des helvètes, permettez que je vous rebaptise Clémence ? Nabila, ça fait un peu basané… Bon, si l’on vous retire votre vulgarité, vous êtes une bonne femme d’affaire. Vous feriez mieux de rester au foyer et de faire des enfants, ah, oui, non, finalement, ne faites pas d’enfants, poignardez votre compagnon tranquillement, c’est bien… c’est bien… quand on a pas les moyens, on ne divorce pas. Vous avez les moyens ? Alors tuez-vous ensemble ! Ça fera les choux gras de Voilà !

 

Gabriel :

— Ah mais toutes les femelles sont de sortie aujourd’hui, ne serait-ce pas madame Angot qui vient là ? Il ne faut pas que je sois trop dur avec vous, vous avez mis en évidence que les gens s’attaquaient aux écrivains plutôt qu’aux pédophiles, de la part d’une femme violée, c’est très charitable. Vous connaissez bien Stockholm ? Ça ne m’étonne pas. Enfin tout de même, une page entière pour mettre les paroles d’une chanson de Dalida, c’est un peu prendre vos lecteurs pour de bonnes poires. Ah, ah, ah, des poires… J’en ai vu des tas quand j’allais à la piscine ! D’ailleurs, avez-vous les fesses en poires ? À votre âge, ça doit déjà être de la compote !

 

Christine Agneau :

— Vous vous casseriez les dents sur ma poire, plus ferme encore que la Colombe pour Moix et que l’amitié pour Marc-Edouard Nab. Quand partez-vous en maison de retraite ? J’ai défendu le pédophile, mais je ne cautionne pas l’écrivain, d’ailleurs, je ne cautionne aucun écrivain, c’est comme les artistes, ce sont des ratés qui font ça parce qu’ils ne savent rien faire d’autre. Ah tien, je vais écrire un livre sur les artistes ratés parce qu’ils ont été violés par leur père ! Excusez-moi une heure ou deux, je dois aller aux toilettes écrire la prochaine rentrée littéraire…

 

Gabriel :

— Je vous fais grâce des royalties !

 

Catherine Mullet :

— Attendez-moi ! Je vais vous aidez à écrire ce livre à quatre mains, ça ira plus vite, et en échange, je vous bouffe l’abricot, ça va vous changer des toilettes de votre papa et ça me donne une idée pour un nouveau livre : Journal de Catherine M. Et Christine A.

 

Greta :

— Ah oui, je vois bien que l’élite de la littérature est bien décidée à défendre la littérature. Avec toutes ces actions et cette entraide, aucun doute, la planète est sauvée.

 

Apothéose

 

Près du petit palais, sous la sculpture Tulipe de Jeff Koons.

 

Tous :

— Oh oui, comme le Français est toujours Brave, Galant et Spirituel depuis l’ouverture du Théâtre des Pantins8 ouvert en 1897 dans la rue Ballu près de la SACD ! Saviez-vous que les Nabis étaient amis avec Jarry et qu’ensemble, ils ont ouvert chez leur ami le compositeur Claude Terrasse un théâtre de marionnettes ?

 

 

1Cette phrase n’est-elle pas cruellement sublime ? J’ai à peine reformulé les propos de Mazneff, la sonorité de la proposition est aussi charmante que ce qu’elle suppose donne le frison. Par sincérité, voici la phase originale de la conclusion de l’article : « Sur le fond, Éric Zemmour a donc raison. Toutefois, je lui demande de fermer les yeux, de murmurer doucement « Hapsatou, Aouatife, Tatiana » et de convenir avec moi qu’il s’agit là d’une bien délicieuse musique. » Les noms cités associent la polémique de Zemmour demandant à une charmante jeune femme de franciser son très beau prénom – révélant ses origines africaines – aux noms de deux épouses de Gabriel Matzneff, qui dans la lignée du plus célèbre roman de Nabokov, ne cache pas l’érotisme que provoque chez lui la jeunesse des enfants de dix à dix-sept ans.

2Selon le critique d’art et essayiste Laurent Danchin (1946-2017) , la nomination de Dieu compte moins que la foi. Nous remplacerons donc toutes les évocations des éternels par la nature ou l’écologie, mais le lecteur doit se sentir libre d’y mettre le nom qu’il emploie le plus.

3Matzneff - Plaidoyer pour Zemmour, Modifié le 25/09/2018 à 08:14 - Publié le 25/09/2018 à 06:08 | Le Point.fr, https://www.lepoint.fr/invites-du-point/gabriel-matzneff/matzneff-plaidoyer-pour-zemmour-25-09-2018-2253981_1885.php

4Edward Brongersma (1911-1998), était un juriste et homme politique néerlandais, et un grand amoureux des enfants, pas toujours du consentement.

5Croisade morale : Matzneff agressé au quartier latin, Chronique de la bêtise ordinaire à l’ère de #Metoo par, Roland Jaccard, 19 octobre 2019, https://www.causeur.fr/gabriel-matzneff-metoo-epstein-167621 L’article évoque un lynchage médiatique de Matzeff par les deux bouts (faut-il craindre la tempérance des partis centristes ? Ah, c’est vrai, il n’y en a plus). Jaccard se lamente qu’un journaliste du Monde ne veuille pas acheter le Causeur (à ne pas confondre avec Osons causer), en même temps, la version numérique est déjà assez délicieuse comme ça. Jaccard affirme aussi que « Matzneff ne ferait pas de mal à une mouche », c’est vrai que les petits enfants sont consentants et il ne leur fait que du bien, promis, juré… Mais ne blamons pas entièrement le Cuseur, il y a parfois des articl censés comme celui de Constance Pélaprat. :Affaire Matzneff: nous condamnons le « philopède », pas l’écrivain ! , La pédophilie reste une réalité aussi abominable qu’inexcusable. 21 octobre 2019. https://www.causeur.fr/affaire-matzneff-philopede-ecrivain-polemique-167685

6Zahia signifie « la belle » en arabe.

7Greta Thunberg est née en 2003, si nous ne jouons pas cette pièce rapidement, Gabriel Matzoff perdra tout intérêt pour son jeune âge, elle sera alors sauvée de lui mais pas du désastre écologique qui menace l’humanité.

8Léna h. Coms a passé de nombreuses année à étudier la passion dévorante des Nabis pour les marionnettes aux dépens de leur pratique picturale. L’une de leur pièce, dont s’inspire largement celle-ci, s’appelle Vive la France ! L’auteure reconnaît éhontément avoir plagié le titre et la structure de la pièce de la trilogie à grand spectacle mise en musique par Claude Terrasse et fait savoir que cela s’appelle une réécriture ou, quand cela est tinté d’humour, une parodie.

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