Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
L'éternelle heure du thé

Textes, théâtre et poésie de L.H.C. (Tous droits réservés)

petit récit d'une Êve

 

Le fruit est symbole de vie, il est une part de nous et un écho à notre appartenance à l'ordre des choses. Qu'il soit grenade de la vie éternelle, bombe éclatante de rubis ; cerise impudique et précieuse, où encore pomme-orange que les dieux se déchirent, qu'à la plus belle des femmes divines, Paris décernera, et qu'à la plus intelligente des femmes, la plus épouse, ou la plus désirable ; succède la première femme chrétienne, enfin une humaine à qui les failles sont reproches. Ève, nommons-là ainsi ; Ève est donc à la fois belle, intelligente, fidèlement jalouse et pour son malheur, elle vit dans un jardin merveilleux où pousse mille fruits, plus beau, plus tentant, plus appétissant les uns que les autres. Là sous ses yeux, à perte de vue, croissent des grenadiers vigoureux, des orangers juteux, des pommiers sereins, des cerisiers délicats et fleuris Cependant que pour Ève le charme s'arrête là, elle ne sait, elle n'ose toucher à l'un de ses fruits. Elle n'en n'a que les délicates images dont ses yeux se repaissent chaque jour que le soleil fait. Sa vie se limite à un merveilleux tableau qu'un peintre indélicat aurait choisi pour orner sa beauté juvénile. Alors elle s'approche des fruits, les caresse, les hume les enveloppe de ses mains, les approche de ses lèvres jusqu'à l'effleurement, c'est mille baisers qu'elle tant à ces prodiges. Une seule idée l'arrête pourtant, si le fruit délicat qu'elle pressait contre son sein était le gardien d'un poison ? Si comme la digitale fleurie qui a perdu Adam, elle succombait au même sortilège ? Mais l'orange est semble si tendre et cependant si ferme Le fruit brille au soleil comme l'astre lui-même, et ses rayons semblent l'appeler comme un chant de sirène. Si en croquant ce fruit elle devenait comme l'innocente paysanne qui quitte sa prairie pour faire la conquête de la ville et se rendre, là-bas, tristement compte qu'il n'y a pas en ville, les fruits si beaux qu'elle a connus dans son jardin.

Nous sommes à la fois le fruit, l'arbre et les racines, nous sommes arbre, descendant de racines et donnant fruits. Choisir entre l'un où l'autre n'a pas à être. Ève est perdue quand elle songe à choisir, et s'est parce qu'elle a choisis que son jardin s'est volatilisé comme un rayon de soleil terrassé par la pluie.

Êve fuira la vérité et se transformera en un arbre raffiné pour échapper aux griffes de son amant. Quand elle donnera fruit, on l'appellera Marie et elle portera toute sa vie un enfant sur ses genoux en le voyant mourir. Comme une fleur fanée, elle le verra retourner à la terre et disparaîtra peu à peu parmi la poussière pour retrouver à son tour l'essence de la terre. Et depuis la haute tour, elle veillera ses enfants les racines, devenir à leur tour arbres et fruits.

 

Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article