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L'éternelle heure du thé

Textes, théâtre et poésie de L.H.C. (Tous droits réservés)

Poème à mon ombre

 

 

Euridice, comment puis-je savoir que c'est toi si je ne me retourne pas ?

Tant pis si le jour...

Tant pis si la nuit...

Le chemin est grand.

Les sens sont hauts.

Plumes sur la cendre et velours.

Toi l'oublie et moi l'ombre.

Moi l'oublie et toi l'ombre.

Ne pas se retourner pour ne pas te perdre.

Sans ton ombre je deviens sourd à tout.

J'en ai fait neuf.

Il y en avait sept.

Sept portes ouvertes vers d'autres mondes.

Qu'importe qu'il y en ait sept ou neuf

Si tu n'y es pas.

 

Moi l'oublie et toi l'ombre.

Comment savoir que tu n'y es pas ?

Comment savoir ?

 

Tant pis si le jour...

Tant pis si la nuit...

Comment avoir ?

Comment t'avoir ?

Comment ta voix me parviendra, elle qui est désormais silence.

Dans mon dos, le silence blême se tait.

Il n'y a plus ni chant d'oiseaux ni cris.

Le monde entier est une extinction de voix.

Le monde entier se blottit au fond de ma gorge.

Ma gorge malade sans toi, sans tes baisers.

 

Ne pas se retourner pour ne pas te perdre.

Il nous faut désormais craindre le soleil, 

notre peau brûlerait tel un brasier.

Notre peau brûlerait tel un baiser.

 

Il nous faut désormais craindre même notre ombre, de peur qu'elle ne soit toi.

Seul, marcher aveuglément, dans le silence des sens.

Plus de mots pour guider, plus de bruits pour vibrer, 

aveugle de toute part...

Un corps comme un œil crevé.

Il me faut, tracer ma voie sans trace de la tienne.

 

Ailleurs ils liront, 

ils pourront lire que celui qui n'en a plus...

Deux dieux sont morts dans un accident de deltaplane.

 

***

 

L'homme-radio écrit ses mots. Il écrit ces mots pour la dernière fois.

Les mots traversés qui annoncent déjà sa propre mort. 

Les ondes sont cruelles quand on y pêche les têtes des poètes.

Et les cadavres de leur lyre.

 

On l'a retrouvé. On a retrouvé son corps mutilé sur la plage d'Ostie... (Le poète Pier Poalo Pasolini a été retrouvé mutilé sur la plage d'Ostie en 1975.)

 

C'était un grand poète, et l'on a retrouvé son corps mutilé.

Quelles bacchantes des temps modernes auraient osé s'attaquer à pareil Orphée?

Et pourtant, plus de deux-mille ans après, il existe toujours de ces monstruosités.

 

***

 

Toi, l'amant-monstre aux mille tête de mafioso, 

le jeune paumé qui ne pouvait être autrement que fasciné par le poète,

 Tu l'aurais tué? 

Sauvagement assassiné, le corps lacéré et le coeur explosé,

 il te fallait bien être un de ces dragons bachiques pour en venir à bout d'un poète. 

Mais on le sait, ce n'est pas toi, pauvre jeune à l'âme mutilée, 

Ce sont les mille têtes de ton corps, toi, tu n'étais que le cœur qui bat. 

Lui, l'homosexuel, le communiste, le poète.

Celui qui dérange, celui qui n'est pas comme les autres.

 

***

 

Euridice était un homme.

Ou bien les bacchantes étaient des femmes.

Euridice était les bacchantes.

Qui sait combien de bras tendres ou rudes, 

il faut pour te constituer toi.

Mille eux pour un toi.

Euridice est un monstre à cent bras, cent têtes et cent cœurs, qui parfois ne battent même pas.

Et le jeu est cruel car on ne peut même pas se retourner.

On laisse ce soin à ceux qui sont déjà dans leur tombe.

 

***

 

J'aimais le ciel, j'aimais la terre. Ils ne sont plus.

Nous ne reverrons plus jamais le ciel.

Nous ne reverrons plus jamais la terre.

 

Adieu le ciel, Adieu la terre.

Adieux.

 

 

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